«Balaq fils de Tsippor, ayant vu tout ce qu'Israël avait fait à l'Èmori, Moab eut grand peur de ce
peuple, parce qu'il était nombreux, et Moab trembla à cause des enfants d'Israël. Moab dit aux
anciens de Midyane : Bientôt cette multitude aura fourragé tous nos alentours, comme le boeuf
fourrage l'herbe des champs! Or, Balaq, fils de Tsippor, régnait sur Moab à cette époque. Il
envoya des messagers à Bil'âm, fils de Béôr, à Pétor qui est sur le Fleuve, dans le pays de ses
concitoyens, pour le mander, en ces termes : Un peuple est sorti de Mitsrayim; déjà il couvre la
face du pays, et il campe vis-à-vis de moi. Viens donc, je te prie, et maudis-moi ce peuple, car il
est plus puissant que moi : peut-être parviendrai-je à le vaincre et le repousserai-je du pays.
Car, je le sais, celui que tu bénis est béni, et celui que tu maudis est maudit(1).»
La sidra
Balaq, est unique car elle montre le degré élevé
des liens affectifs particuliers entre D'ieu et Israël. Ces
liens sont mis en exergue de manière que l'humanité
dans son ensemble se rende compte du traitement exceptionnel que
réserve D'ieu au peuple d'Israël durant toutes les étapes
précédant la conquête de Kénaâne.
Deux batailles
importantes viennent en effet d'être remportées l'une
sur Sione roi de Hèchebone, roi dont la puissance
suffit à faire trembler les plus grands guerriers et ce,
bien qu'étant dans un pays non fortifié. Défendant
une ville aussi fortifiée que Hèchebone, Sihone
est assuré de son fait. Malgré tout, Israël annexe
Hèchebone.
Par ailleurs,
Ôg, en plus de sa force et de sa puissance en tant que roi
de Bachane, fut l'allié de Abraham en lui annonçant
la captivité de Lote. Avant de l'attaquer, Mochè hésite,
craignant que ce mérite, venant à son aide, ne mette
Israël en péril. Mais Ôg fut également
battu et son territoire conquis. Toutes ces conquêtes surviennent
d'une manière prodigieuse et miraculeuse.
Cette avance
foudroyante pour la conquête de Kénaâne fait
trembler d'appréhension Balaq, roi de Moab.
Le Midrache(2)
citant(3) :
«Balaq,
fils de Tsippor ayant vu...» rapporte le texte(4) :
«[D'ieu]
notre rocher, Son oeuvre est parfaite, toutes Ses voies sont la
justice même.»
Le Saint
béni soit-Il ne permet point aux Nations d'invoquer lors
du jugement dernier, l'excuse : Tu nous avais bien éloignés!
Que fit le Saint béni soit-Il? Il attribue des rois et des
Sages à Israël, Il les attribue également aux
Nations. Il fait régner Chélomo sur Israël et
sur toute la terre, Il le fait également pour Néboukhad'nétsar.
L'un construit Bèt ha-Miqdache et entonne des louanges et
des supplications à D'ieu, l'autre le détruit injuriant
et invectivant [D'ieu]. Il dit(5) :
«Je
monterai sur les hauteurs des nuées, je serai l'égal
du Très haut.»
Il accorde
à David la richesse, c'est pour acquérir une maison
pour Son nom. En revanche, la richesse de Hamane sert pour mener
à l'abattoir tout un peuple. Toute considération consentie
à Israël l'est aussi aux Nations. Il désigne
Mochè [prophète] pour Israël, Bil'âm l'est
également pour les Nations. Quelle est la différence
entre les prophètes d'Israël et les prophètes
des Nations? Les prophètes recommandent à Israël
de ne point commettre des transgressions tel qu'il est dit(6) :
«Fils
de l'homme, Je t'ai placé en sentinelle sur la maison d'Israël,
tu écouteras ce que Ma bouche dira, et tu les admonesteras
de Ma part.» En revanche, le prophète des nations
creuse une brèche pour faire disparaître des créatures
du monde. De plus, tous les prophètes d'Israël invoquent
la clémence aussi bien pour Israël que pour les Nations
tel qu'il est dit(7) :
«Aussi
mon coeur gémit-il au sujet de Moab comme des flûtes
funèbres.» Il est par ailleurs dit(8) :
«Toi,
fils de l'homme, entonne une complainte sur Tyr.»
Cependant [Bil'âm], ce cruel, s'apprête à détruire
un peuple entier pour rien. Aussi cet événement est-il
relaté pour préciser que le Saint béni soit-Il
eut raison de priver les Nations de l'Esprit Saint. Bien qu'étant
choisi, Bil'âm ne s'est point abstenu d'agir comme il l'a
fait.»
Ce texte rapporté
également par le Tanhouma et le Yalqout,
rend bien compte du souci de D'ieu d'échapper à l'accusation
d'injustice et de traitement de faveur envers les Bénè
Yisraèl.
Certes Israël
mérite d'être l'élu de D'ieu.
Toutes les raisons invoquées justifient cette élection.
En premier, l'usage fait des dons divins, usage utile et constructif
qui vise surtout l'existence harmonieuse de la société.
Le rôle des rois et des prophètes s'inscrit dans la
poursuite de cet objectif.
Les nations
utilisent, en revanche, les dons de D'ieu pour avilir ou détruire
le monde. L'homme a le devoir d'obéir à la volonté
de D'ieu. Néboukhad'nétsar la conteste. Il s'érige
au contraire en divinité.
Les prophètes
reprochent aux Bénè Yisraèl leur mauvaise
conduite; ils les admonestent au nom de D'ieu. Ceux des Nations
expriment sentiments cruels tant leur objectif est d'anéantir.
Ainsi apparaît Bil'âm dont le comportement conforte
le Saint béni soit-Il dans le choix du peuple d'Israël.
De toute évidence,
la personnalité de Bil'âm laisse transparaître
sa cupidité, son ambition démesurée ainsi que
son orgueil. Ces défauts augmentés de la haine qu'il
voue aux Bénè Yisraèlpoussent Bil'âm
à accepter une mission malgré l'opposition et la réprobation
des nations quant à l'utilisation des moyens pour la mener
à son terme.
Le midrache(9)
poursuit(10) :
«[Balaq]
envoya des messagers.»
Le Saint
béni soit-Il, réalisant toujours des miracles, dit :
Je vous délivre en produisant des miracles et vous désobéissez!
Vous ayant délivré à sept reprises, [J'attends]
sept louanges pour sept délivrances.
C'est ce
que dit le texte(11) :
«Le
Seigneur répondit aux enfants d'Israël, «ne vous
ai-Je pas sauvés de l'Égypte et de l'Èmori,
des enfants d'Ammone et des Philistins? Molestés par les
Sidoniens, par Amalèq, par Maône, vous vous êtes
plaints à Moi et Je vous ai délivrés de leur
main.» En tout sept délivrances! Pourtant,
vous désobéissez, adorant sept divinités tel
qu'il est dit(12) :
«Or,
les enfants d'Israël recommencèrent à faire ce
qui déplaît au Seigneur, ils servirent les Béâlim
et les Âchetarot, les dieux d'Aram, ceux de Sidone, ceux de
Moab, ceux des Âmmonim, ceux des Philistins et ils abandonnèrent
l'Ét'ernel au lieu de Le servir.»
Il leur
reproche également(13) :
«Ô
mon peuple! Que t'ai-Je fait? Comment te suis-Je devenu à
charge»? Ai-je exigé de toi de M'offrir des holocaustes
des bêtes de montagne?» Trois animaux sont à
ta disposition : boeuf agneau et chevreau et sept ne sont point
à ta disposition : le cerf, le chevreuil, le daim, le
bouquetin, l'antilope, le zèmèr. Peut-être t'ai-Je
contraint de M'offrir des animaux qui ne sont pas à ta disposition?
Je ne t'ai ordonné que d'apporter ceux qui sont disponibles
tel qu'il est dit(14) :
«Lorsqu'un
veau, un agneau ou un chevreau viennent de naître.»
Aussi est-il recommandé seulement du bétail :
gros ou menu. Et lorsque Sihone et Ôg t'ont attaqué
pour te combattre, ne les ai-Je pas livrés entre tes mains?
Qu'ai-Je demandé en retour? Peut-être ai-Je réclamé
l'offrande de sacrifice?
Balaq fils
de Tsippor vit tous les prodiges réalisés pour vous :
cela ne l'avait pas empêché de payer les services de
Bil'âm [pour te maudire] mais J'ai transformé ses malédictions
en bénédictions.»
De toute évidence,
ce midrache constitue un véritable réquisitoire
contre les Bénè Yisraèl qui n'apprécient
pas tous les bienfaits de D'ieu en leur faveur et, par conséquent,
se montrent réfractaires à la volonté divine!
Aux délivrances,
Israël répond par l'infidélité.
D'ieu est en droit de s'attendre à des actions de grâce
ou, tout au moins, à des louanges. Même pour l'offrande
des holocaustes et autres sacrifices, D'ieu n'entend point compliquer
la tâche aux Bénè Yisraèl. Il
suffit d'offrir des animaux domestiques, menu ou gros bétail,
tous à leur portée.
Les conquêtes
de Sihone et Ôg constituent des symboles pour l'histoire
des peuples tant elles sont parfaitement prodigieuses. Pourtant,
D'ieu ne réclame aucune reconnaissance particulière.
Bil'âm
dont l'unique but consiste à détruire Israël
est un cas d'espèces. Ses bénédictions forcées
laissent transparaître toutes les malédictions qu'il
réserve aux Bénè Yisraèl. Pourtant
toutes les tentatives de Balaq et de Bil'âm sont réduites
à néant devant la volonté divine de maintenir
ses liens privilégiés avec Israël.
Le midrache
invite Israël à se ressaisir et à témoigner
en retour un amour particulier à D'ieu. Les liens privilégiés
existant entre D'ieu et Son peuple incitent justement Balaq à
faire appel à Bil'âm pour rétablir l'équilibre
au profit des Nations.
Le Zohar(15)
rapporte :
«Balaq
vit. Rabbi Chimône s'interroge : Que vit-il?
Il constate [à l'aide] de la sagesse comme il est dit(16) :
«Abimèlèkh,
roi des Philistins, regardant par la fenêtre vit Yitshaq
caresser Rivqa sa femme.» Par la fenêtre,
c'est l'ouverture de la sagesse.»
Ainsi faut-il
comprendre les textes suivants(17) :
«Balaq
lui dit: «Viens, je te prie avec moi dans un autre lieu, d'où
tu pourras voir ce peuple, tu n'en verras
que les derniers rangs, tu ne le verras pas tout
entier. Et maudis-le moi de là.» Il le conduit au plateau
de Tsofim(18),
sur la crête du Pisga.»
Rachi explique :
«Tsofim
est une hauteur où la sentinelle, tsofè, ,
montait la garde pour le cas où une armée viendrait
attaquer la ville. Sur la crête du Pisga,
Bil'âm n'était pas si grand devin que Balaq. Celui-ci
avait prévu que dans ce lieu une brèche se produirait
en Israël, car c'est là que Mochè mourut. Il
pensait donc : là, la malédiction tombera sur
Israël, c'est la brèche que je vois.»
Balaq était
un grand devin. Par sa science, il parvient à mieux
voir que Bil'âm. Cette vision engendre un grand malheur
pour le monde. Tenter de voir au-delà de ce qui est permis
de connaître conduit non seulement à sa propre perte
mais également à celle de toute personne épousant
son point de vue.
Le midrache(19) rapporte :
«C'eût
été mieux pour les impies d'être aveugles car
leurs yeux entraînent le malheur pour le monde. A propos de
la génération du déluge il est dit(20) :
«Les
fils de la race divine virent que les filles de l'homme étaient
belles.»
Par ailleurs(21) :
«Ham,
père de Kénaâne, vit la nudité de son
père». Il est écrit également(22) :
«Puis
les officiers de Parô la virent [Sara] et la vantèrent
à Parô.»
Là
aussi il est dit: «Balaq ayant vu» D'ieu
donne de bonnes dispositions à l'homme, mais les impies s'arrangent
à transformer le bien en mal. Ainsi, la génération
du déluge, les habitants de Sédom ne furent-ils amenés
à fauter que parce que D'ieu leur a prodigué ses bienfaits.
Ce fut la cause de leur perte(23).»
Le midrache
souligne la faculté que les impies ont de transformer le
bien que D'ieu met à la disposition de l'homme en mal. La
Création est bonne. D'ieu veut le bien de l'homme. Cependant,
au lieu de retenir l'aspect positif de toute chose, il n'y voit
que mal et négation. La fausse perception qu'a l'homme le
condamne à dénigrer et à déprécier
tous les bienfaits divins. Tout regard impie porté sur le
monde mène droit à la ruine.
Balaq fils
de Tsippor, ayant vu tout ce qu'Israël avait fait à
l'Èmori, Moab eut grand peur de ce peuple, parce qu'il était
nombreux, et Moab trembla à cause des enfants d'Israël.
Balaq
fils de Tsippor, ayant vu tout ce qu'Israël avait fait à
l'Èmori.
Il est surprenant
que Balaq apparaisse d'abord comme le fils de Tsippor et
nom comme le roi de Moab. Le texte précise par la suite que
«Balaq régnait sur Moab à cette époque.»
S'agit-il d'une omission?
Balaq
ayant vu,
S'agit-il d'une
perception visuelle ou bien de l'annonce des conquêtes d'Israël?
La peur, pour agir aussi fortement sur Balaq, est sûrement
inspirée par le spectacle de la déconfiture de Sione
et Ôg.
Le verbe voir,
a souvent le sens d'entendre, tel qu'il est dit(24) :
«Yaâqov a vu qu'il y a du blé
en Mitsrayim» au lieu de Yaâqov a entendu.
Hatam
Sofèr explique que Balaq, ayant des dons de voyance,
eut par voyance, par pratiques occultes, ou à l'aide de sortilèges,
la vision exacte de ce qu'Israël allait faire à Sione
et Ôg. Et comme ses prévisions se sont avérées
exactes, Balaq prit grand peur devant la puissance d'Israël.
Cette vision
fit une forte impression sur Balaq qui perd aussitôt confiance
en ses moyens.
Or ha-Hayim
approuve une telle approche car, pour lui, Tsippor, ayant
pour signification oiseau, était le médium
servant de support à son don de voyance. Ainsi Balaq est-il
avant tout fils de Tsippor puisque tous ses faits et gestes
se conforment aux indications de l'oiseau. C'est
donc par l'intermédiaire du Tsippor que Balaq
a vu.
Moab dit
aux anciens de Midyane : Bientôt cette multitude aura
fourragé tous nos alentours, comme le boeuf fourrage l'herbe
des champs! Or, Balaq, fils de Tsippor, régnait sur Moab
à cette époque.
Balaq ayant
vu la défaite de rois aussi puissants que Sione et Ôg,
n'ose pas s'arroger le titre de roi car il est
conscient de sa force et de ses limites.
Quelle est en
fait la cause de la grande appréhension de Balaq? Que craint-il
en somme? Les prodiges de D'ieu «ce qu'Israël avait
fait à l'Èmori» ou bien son nombre «parce
qu'il était nombreux»?
Moab
dit aux anciens de Midyane : Bientôt cette multitude
aura fourragé tous nos alentours,
Le midrache(25),
soulignant la grande appréhension de Balaq, rapporte que
Moab et Midyane furent des ennemis jurés. La peur qu'inspire
Israël à ces deux peuples constitue la raison essentielle
de l'établissement de la paix entre eux. Elle est à
l'origine de la nomination d'un prince de Midyane comme roi. Cela
fait penser à deux chiens qui se haïssent. Attaqués
par un loup, ils se sont dit : «Tant que nous demeurons
ennemis, le loup s'attaquera séparément à chacun
de nous pour nous dévorer.» Ils s'unissent donc
pour venir à bout du loup.
Or,
Balaq, fils de Tsippor, régnait sur Moab à cette époque.
Aussi la Tora
précise-t-elle que Balaq régnait «à
cette époque» pour indiquer que la peur
est la cause de son règne sur Moab, peur
qui provoque le rapprochement et l'union entre Moab et Midyane.
Si Balaq fut
le premier roi de cette coalition c'est en raison de la connaissance
qu'il a, en tant que Midyani, de la puissance de Mochè
qui fut élevé justement à Midyane.
Il envoya
des messagers à Bil'âm, fils de Béôr,
à Pétor qui est sur le Fleuve, dans le pays de ses
concitoyens, pour le mander, en ces termes : Un peuple est
sorti de Mitsrayim; déjà il couvre la face du pays,
et il campe vis-à-vis de moi.
Il
envoya des messagers à Bil'âm, fils de Béôr,
à Pétor,
Balaq demande
l'intervention de Bil'âm. Est-il si sûr, malgré
le pouvoir de Bil'âm de bénir ou de maudire, que, pour
Israël, elle serait efficace? Il faut que Balaq ait des raisons
pour croire à l'efficacité de l'intervention de Bil'âm
face à Israël!
Les prodiges
et miracles de D'ieu, réalisés lors de ces deux batailles,
associés à ses prévisions font que la peur
de Balaq se transforme en panique, ce qui oblige Moab et Midyane
à faire appel aux services de Bil'âm.
Pourquoi Bil'âm?
Parce que, affirme Rachi, Bil'âm prédit la royauté
à Balaq.
Le Midrache(26)
souligne à ce propos que Moab, saisi de peur devant
l'avance fulgurante des Bénè Yisraèl,
consulte Midyane où grandit Mochè, leur libérateur,
sur la cause de sa puissance. Apprenant donc qu'il tire sa force
de sa parole, de ses prières,
Moab et Midyane sollicitent l'aide de Bil'âm qui tire sa force
également de sa parole, de sa bouche.
Néanmoins
l'intervention de Bil'âm qui possède la capacité
et le don de prophétie nous étonne. Le Midrache
montre justement que D'ieu tente d'établir un équilibre
entre Israël et les Nations. De plus, Il entend éviter
le reproche d'injustice à l'égard des Nations.
Ainsi s'exprime-t-il(27) :
«Pourquoi
le Saint béni soit-Il fait-Il reposer Son Esprit majestueux,
, la Chékhina, sur un païen pervers? C'est afin
que les Nations n'aient point l'excuse de dire : Avec des prophètes,
nous aurions retrouvé le bon chemin. D'ieu leur accorde des
prophètes mais ceux-ci s'emploient à briser les barrières
morales du monde...»
Balaq, bien
que compétent dans les sciences occultes, eut recours à
Bil'âm pour maudire Israël car le pouvoir de
Bil'âm, selon le Talmoud(28),
réside dans le fait qu'il sait déterminer le moment
de la colère de D'ieu. Quoique cet instant soit de très
courte durée, Bil'âm arrive à faire coïncider
sa malédiction à ce moment précis.
Pour
le mander,
Balaq cherche,
selon Or ha-Hayim, à convaincre Bil'âm de l'intérêt
qu'il a d'accepter sa proposition. En effet, lo, pour
lui, précise que Balaq vise surtout l'intérêt
de Bil'âm qui, de ce fait, ne fera aucune difficulté
à remplir la mission qu'il lui assigne.
Un
peuple est sorti de Mitsrayim; déjà il couvre la face
du pays, et il campe vis-à-vis de moi.
Mais Bil'âm,
connaissant les liens d'affection unissant D'ieu à Israël,
hésiterait à répondre à l'invitation
de Balaq. En effet, étant un des trois conseillers de Parô,
a-t-il pu se rendre compte du châtiment infligé aux
Égyptiens et à Parô.
Balaq le rassure :
«Voici un peuple sorti de Mitsrayim»; ce peuple
n'a rien de commun avec ses Ancêtres qui, étant saints,
ne sauraient être l'objet de malédiction. Ne dépendant
pas des astres comme Abraham qui «était
au dessus des astres du ciel», les Ancêtres échappaient
aux phénomènes naturels; ils jouissaient d'une protection
providentielle.
Ce peuple, en
revanche, du fait qu'il est nombreux et cache la face de la
terre se trouve détenteur de la sainteté de ses
ancêtres en petite parcelle.
En outre, en
signalant il campe vis-à-vis de moi, Balaq signifie
le désavantage qu'il a d'être hors du pays d'Israël
où justement il pourrait prétendre à une sainteté
plus grande.
Pour ces trois
raisons, Bil'âm, selon Balaq, n'aura pas de difficulté
à les maudire.
Or ha-Hayim
remarque, à juste raison, le double emploi du terme hinnè,
voici, indiquant l'existence d'une situation inattendue
et nouvelle. En vérité, il est surprenant que Balaq
trouve nécessaire de donner ces deux informations à
Bil'âm : Voici un peuple sorti d'Égypte
et voici qu'il cache la face de la terre.
Informant Bil'âm
de ces deux réalités, Balaq tente de le contraindre
à se déplacer et non se contenter de maudire
Israël à partir de son pays. Pour ce faire, Balaq lui
rappelle qu'Israël est sorti d'Égypte contrairement
à sa prédiction et aux assurances qu'il donne à
Parô, en tant que conseiller(29).
De plus, Or
ha-Hayim souligne, s'appuyant sur l'enseignement du Midrache(30),
que Bil'âm fut à l'origine, par ses pratiques occultes,
de la fermeture des portes de l'Égypte pour tout esclave.
Israël était donc condamné à mener, en
Égypte, une existence d'esclave. Mais contre toute attente,
le voici libéré de ses chaînes.
Balaq signale,
par ailleurs, que tous les conseils prodigués à Parô
pour réduire la progression démographique d'Israël,
les durs labeurs et la mort des enfants mâles jetés
dans le Nil, eurent l'effet contraire. En effet, les Bénè
Yisraèl sont si nombreux qu'ils cachent la face
de la terre.
Et
il campe vis-à-vis de moi.
Balaq insiste
sur le danger que représente Israël pour lui. Il constate
à longueur de journée, dans l'attitude d'Israël,
des intentions belliqueuses. Le Midrache(31)
souligne qu'Israël paradait, devant les frontières de
Moab, armé et prêt à l'attaque.
Balaq tient
donc à rappeler ces faits à Bil'âm pour bien
lui indiquer, semble-t-il, qu'il ne dispose pour l'occasion que
de son pouvoir de maudire. C'est à cet effet
qu'il lui demande de se déplacer et non d'utiliser ses dons
et facultés à distance.
Viens donc,
je te prie, et maudis-moi ce peuple, car il est plus puissant que
moi : peut-être parviendrai-je à le vaincre et
le repousserai-je du pays. Car, je le sais, celui que tu bénis
est béni, et celui que tu maudis est maudit.
Viens
donc, je te prie.
Balaq se fait
suppliant. Il implore Bil'âm de le secourir tant le danger
est imminent. Lékha, signifie déjà
viens s'il te plaît. Na, signifie également
s'il te plaît. Pour Or ha-Hayim, ce terme
exprime non la supplication mais l'urgence. Il
le prie d'intervenir sans attendre.
Et
maudis-moi ce peuple,
Balaq, par l'adjonction
de li, pour moi, prie Bil'âm de maudire
Israël afin que soient sauvegardés son royaume
et ses intérêts personnels. Il souhaite
une intervention précise consistant à maudire
explicitement Israël.
Balaq insiste,
cependant, pour que Bil'âm exprime activement son appui et
non pas se limiter à la bénédiction qu'il lui
avait adressée par le passé. Bil'âm ne saurait
demeurer indifférent face à l'appel pressant de Balaq
car, dit-il, ce peuple est plus puissant que moi.
La seule bénédiction
ne suffirait pas tant qu'elle ne s'accompagne pas de malédiction
à Israël. Les deux opérations sont, certes, nécessaires
mais à peine suffisantes pour parvenir à vaincre
Israël et à le repousser hors du pays.
Mais c'est compter
sans la volonté de D'ieu qui justement tient à exprimer
d'une manière manifeste à Bil'âm, en premier,
que, pendant toute cette période, Il entend éviter,
par amour pour Israël, de se mettre en colère.
Bil'âm
l'avoue bien malgré lui(32) :
«Comment maudirais-je celui que D'ieu n'a point maudit?
Comment menacerais-je, quand l'Ét'ernel est sans colère»?
1. Bé-midbar 22, 26.
2. Bé-midbar Rabba chap.20, paragr.1.
3. Bé-midbar 22, 2.
4. Dévarim 32, 4.
5. Yéchâya 14, 14.
6. Yéhèzqèl 3, 17.
7. Yirmiya 48, 36.
8. Yéhèzqèl 27, 2.
9. Bé-midbar Rabba chap. 20, paragr.5.
10. Bé-midbar 22, 5.
11. Chofétim 10, 11 et 12.
12. Id. 6.
13. Mikha 6, 3.
14. Wayi-qra 22, 27.
15. Début de la sidra Zohar III p.368b.
16. Bérèchit 26, 8.
17. Bé-midbar 23, 13 et 14.
18. N.B. Tsofim, dérive de tsafo,
contempler.
19. Bé-midbar Rabba 20, 2.
20. Bérèchit 6, 2.
21. Id. 9, 22.
22. Ibid 12, 15.
23. cf. Sanhèdrine 108a et 109a.
24. Bérèchit 42, 1.
25. Bé-midbar Rabba chap. 20, paragr. 4.
26. Yalqout paragr. 765.
27. Tanhouma sur la sidra paragr.
1.
28. Bérakhot 7a.
29. cf. Sota 11a.
30. cf. Mékhil'ta sur la Sidra de
Yitro.
31. Bé-midbar Rabba chap. 20, paragr. 3.
32. Bé-midbar 23, 8.