«L'Ét'ernel parla à Mochè en ces termes : «Prends les Léwiim du milieu des enfants d'Israël, et
purifie-les. Voici ce que tu leur feras pour les purifier : tu les aspergeras d'eau expiatoire. Ils
passeront le rasoir sur tout leur corps, laveront leurs vêtements et se purifieront. Puis ils
prendront un jeune taureau, avec son oblation : de la fleur de farine pétrie à l'huile; et un autre
jeune taureau, que tu recevras comme expiatoire. Tu feras avancer les Léwiim devant la Tente
d'assignation, et tu assembleras toute la communauté des enfants d'Israël. Tu feras avancer les
Léwiim en présence du Seigneur, et les enfants d'Israël imposeront leurs mains sur les Léwiim.
Et Aharone fera le balancement des Léwiim devant le Seigneur, de la part des enfants d'Israël,
pour qu'ils soient consacrés au service du Seigneur. Et les Léwiim appuieront leurs mains sur la
tête des taureaux; fais alors offrir l'un comme expiatoire et l'autre comme holocauste au
Seigneur, pour faire propitiation sur les Léwiim. Puis tu placeras les Léwiim en présence
d'Aharone et de ses fils, et tu opèreras leur balancement à l'intention du Seigneur. Tu
distingueras ainsi les Léwiim entre les enfants d'Israël, de sorte que les Léwiim soient à Moi(1).»
Le premier Nissane,
le Michekane fut érigé. Les phylarques d'Israël,
princes des tribus, décident de procéder à
l'inauguration, présentant leurs offrandes, pendant les douze
premiers jours de Nissane.
La sidra
Nasso, réserve, bien qu'étant pareil pour tous,
un passage de la Tora, honorant ainsi chaque phylarque. C'est dire
l'importance et la valeur que D'ieu accorde à un tel geste
dicté par l'élan généreux du coeur.
Toutefois, la
joie et la fierté ressenties par tous les chefs des tribus
ne sont pas tout à fait partagées par Aharone et sa
tribu. Aharone conçoit un découragement tel qu'il
se sent diminué et amoindri par rapport à tous les
chefs de tribus. D'ieu le console. Il lui ordonne d'allumer le candélabre.
L'allumage de chaque jour dépasse de beaucoup l'offrande
des phylarques. La participation d'Aharone étant ainsi appréciée,
le voici donc récompensé.
La tribu de
Léwi fut également absente de l'inauguration du Michekane.
Aussi la prescription d'investir les Léwiim, de
les distinguer d'entre tous les enfants d'Israël, pour servir
dans le Michekane, constitue-t-elle également une
reconnaissance de fait pour leur fidélité à
D'ieu et à la Tora.
Le Midrache(2)
citant(3) :
«Prends
les Léwiim du milieu des enfants d'Israël et purifie-les»
rapporte : ceci confirme le texte(4) :
«L'Ét'ernel
éprouve le juste, mais le méchant et le partisan de
la violence, il les hait de toute son âme.»
L'Ét'ernel
éprouve le juste : le Saint béni soit-Il
n'élève l'homme à un pouvoir qu'après
l'avoir éprouvé et examiné. Si l'épreuve
est concluante, il l'élève. Ainsi constatons-nous
à propos de notre père Abraham : Mis à
l'épreuve à dix reprises et les ayant surmontées,
le Saint béni soit-Il, bénit Abraham tel qu'il est
dit(5) :
«Et
l'Ét'ernel avait béni Abraham en toutes choses.»
Ce fut le
cas de Yitshaq. Ayant surmonté l'épreuve [divine]
au temps d'Abimèlèkh, Il le bénit tel qu'il
est dit(6) :
«Yitshaq
sema dans ce pays-là et recueillit, cette même année,
au centuple tant le Seigneur le bénissait.»
Yaâqov,
notre père, fut également éprouvé par
toutes les souffrances à propos de Êssaw, de Rahèl,
de Dina et de Yossèf. Comment est-il sorti de la maison paternelle?
Il est dit(7) :
«Avec
mon bâton, j'avais passé ce Yardène».
Ensuite, D'ieu le bénit(8) :
«D'ieu
apparut de nouveau à Yaâqov, à son retour du
territoire d'Aram, et Il le bénit.
Yossèf,
ayant subi l'épreuve de la femme de Potifar, fut jeté
en prison, douze années durant. À sa sortie, il fut
nommé roi parce qu'il avait surmonté ces épreuves.
C'est là la signification de «l'Ét'ernel
éprouve le juste.»
La tribu
de Léwi avait assumé le sacrifice de soi pour sanctifier
le Nom du Saint béni soit-Il. Israël en Égypte
avait délaissé la Tora et la mila,
, circoncision, puisque Yéhèzqèl
le leur reproche(9) :
«Ainsi
parle le Seigneur D'ieu : le jour où J'ai fait choix
d'Israël, où J'ai levé la main pour la postérité
de la maison de Yaâqov, où Je me suis révélé
à eux au pays d'Égypte...»
Qu'est-il
rapporté par la suite(10)?
«Mais
ils se sont mutinés contre moi, ils n'ont pas consenti à
écouter, ils n'ont pas abandonné les idoles de l'Égypte,
et Je songeais à épancher Mon courroux sur eux, à
assouvir sur eux Ma colère au milieu du pays d'Égypte.»
Que fit
le Saint béni soit-Il? Il frappa l'Égypte de ténèbres
pendant trois jours afin de faire périr tous les impies d'Israël
ainsi qu'il est dit(11) :
«Et
je trierai parmi vous ceux qui se révoltent et pèchent
contre moi...» ; et il est dit(12) :
«Le
figuier embaume par ses jeunes pousses», ce sont les
impies d'Israël,
«les
vignes en fleur répandent leur parfum», il
s'agit de ceux qui, s'étant repentis, furent réintégrés;
«Debout
mon amie, ma toute belle et viens-t'en!», car le temps
de la délivrance a sonné!
Mais la
tribu de Léwi était composée de justes pratiquant
la Tora ainsi qu'il est dit(13) :
«Uniquement
fidèle à ta parole, gardien de Ton Alliance»,
autrement dit, la mila, la circoncision. Bien plus! Au
moment où Israël avait fait le veau [d'or], la tribu
de Léwi n'avait pas pris part, ainsi qu'il est dit(14) :
«Et
Mochè se posta à la porte du camp... et tous les Léwiim
se groupèrent autour de lui.»
Comme Mochè
leur demande :
«Que
chacun de vous s'arme de son glaive!», ils s'y conformèrent
sans réserve. Mochè les bénit(15) :
«Qui
dit de son père et de sa mère : «je ne les
considère point...» Et le Saint béni
soit-Il, constatant qu'ils étaient tous des justes, les mit
à l'épreuve. L'ayant subie avec succès, tel
qu'il est dit(16) :
«Que
tu as éprouvé à Massa», [D'ieu]
dit aussitôt :
«Que
les Léwiim soient à moi» afin que s'accomplisse
le texte : «L'Ét'ernel éprouve le
juste.»
En revanche,
il est écrit à propos des impies «mais
le méchant et le partisan de la violence, il les hait de
toute son âme.» Et c'est ce qu'exprime David(17) :
«Heureux
celui qui craint l'Ét'ernel, qui marche dans Ses voies!»
Pour ce midrache,
l'épreuve élève le tsaddiq. Le nissayone,
épreuve, dérive de nès, élever
sur un étendard.
Cependant, il
est surprenant que D'ieu ait à éprouver un tsaddiq.
En effet, n'a-t-il pas justement montré assez son attachement
à D'ieu pour qu'il soit nécessaire de l'éprouver
davantage?
Le tsaddiq
pourrait être fidèle à D'ieu par convenance
ou par crainte. L'amour de D'ieu s'exprime surtout lorsque le tsaddiq
affronte des peines et des souffrances et, malgré tout, reste
attaché à son Créateur.
C'est le cas
d'Abraham. Les dix épreuves suivant une courbe ascendante :
du départ commandé de son pays jusqu'au sacrifice
de son fils, en passant par toutes les souffrances subies auprès
de Parô et d'Abimèlèkh à propos de Sara
ainsi que la circoncision à l'âge de 99 ans, mettent
en évidence l'amour d'Abraham pour D'ieu. Son attachement
à D'ieu justifie également la bénédiction
divine accordée à Abraham. La bénédiction
est, en retour, l'expression de l'attachement de D'ieu à
Abraham.
Yitshaq
est l'héritier de son père. Il poursuit et maintient
son enseignement. Faut-il l'éprouver également? Oui,
car D'ieu pense lui donner l'occasion de s'élever par son
mérite personnel. La bénédiction réservée
à Yitshaq est celle qu'il aura méritée.
Abimèlèkh
renvoie Yitshaq. Tout puits qu'il creuse est contesté.
Sa réussite devient une source de jalousie et de haine. Mais
son attachement à D'ieu lui donne le courage nécessaire
de surmonter toutes ces épreuves, ce qui lui procure la bénédiction
divine.
Les épreuves
de Yaâqov sont d'une tout autre nature. Elles se rattachent
toutes à sa propre famille.
Êssaw
le poursuit de sa haine, il veut le tuer. En fuite, Yaâqov
perd toutes ses possessions à tel point qu'il traverse le
Yardène avec son seul bâton. La mort de Rahèl,
son épouse bien-aimée, après avoir frôlé
l'extermination par son beau-père Labane, n'a pas entamé
son amour pour D'ieu. Plus tard, la disparition de Yossèf
n'altère pas non plus son attachement pour D'ieu.
Ces épreuves
sont encore plus dramatiques car elles visent, en plus de Yaâqov,
son entourage immédiat, des êtres particulièrement
chers. Aussi Yaâqov reçoit-il en retour les bénédictions
divines.
Yossèf
fera l'objet d'une épreuve singulière. Elle s'adresse
à l'être même de Yossèf, à ses
sentiments. Elle fait de plus appel au système de séduction
et de tentations dont dispose le Yètsèr ha-râ
pour contraindre l'homme à se détacher de D'ieu.
Si Yossèf
mérite le titre de tsaddiq, c'est surtout pour avoir
opposé un non à la femme de son maître. Il se
fait violence à lui-même, à ses sentiments,
prouvant son attachement exclusif à D'ieu(18) :
«Comment puis-je commettre un si grand méfait, dit-il,
et offenser le Seigneur?» Maîtrisant ses sentiments,
sa nature, Yossèf mérite la royauté. Il ne
saurait régner sur les autres s'il était incapable
de régner sur lui-même.
La tribu de
Léwi présente des dispositions semblables. En Égypte,
Israël abandonne l'étude de la Tora et la pratique de
la Mila, la circoncision. Ces deux principes distinguent
Israël des Nations. Ne pas les suivre revient à se détacher
de D'ieu et s'assimiler aux autres peuples.
Mais D'ieu,
pour épurer Israël, s'arrange à le débarrasser
de tous les impies qui périrent en Égypte. Rares sont,
en effet, ceux qui, impressionnés par les prodiges et les
miracles divins, demeurent attachés à D'ieu.
Mais la tribu
de Léwi ne cesse pas de montrer sa fidélité
et son amour à D'ieu. Déjà en Égypte,
les Léwiim obéissent à la Tora, pratiquent
la Mila. Au désert, ils s'attaquent aux adorateurs
du veau d'or, frappant de mort même les êtres qui leur
sont chers. Ils ne tiennent pas compte de liens de fraternité.
Père, mère, ou frère tombent sous leurs coups.
Seuls comptent la fidélité et l'attachement à
D'ieu. Cette épreuve, après la faute du veau d'or,
donne à Léwi le mérite d'être au
service divin en remplacement des premiers-nés
d'Israël qui, jusqu'alors, avaient ce privilège.
Cet attachement de la tribu de Léwi à D'ieu force
D'ieu de la réserver pour son service.
En disant(19) :
«Tu
distingueras ainsi les Léwiim entre les enfants d'Israël,
de sorte que les Léwiim soient à Moi»,
le Midrache(20) précise :
chaque fois qu'il est dit li, à
Moi, cette appartenance demeure éternelle, dans
ce monde comme dans le monde à venir.»
Êts Yossèf
ajoute, en guise de commentaire :
«Étant
l'appartenance de D'ieu qui est Ét'ernel, les Léwiim
voient leur niveau de perfection et leur qédoucha,
sainteté, élevées à jamais.»
Prends les
Léwiim du milieu des enfants d'Israël, et purifie-les.
Voici ce que tu leur feras pour les purifier : tu les aspergeras
d'eau expiatoire. Ils passeront le rasoir sur tout leur corps, laveront
leurs vêtements et se purifieront.
Prends
les Léwiim du milieu des enfants d'Israël et purifie-les.
Rabbènou
Béhayè exprime son émerveillement devant
la sagesse de la Providence qui intercale le texte de l'investiture
des Léwiim entre celui de la Ménora,
du candélabre, et celui de la prescription du deuxième
Pèssah.
En effet, l'ordre
des textes, selon lui, se conforme-t-il à l'ordre des niveaux
de qédoucha, sainteté. Le texte
de la ménora, prescription relative aux Kohanim,
précède celui de l'investiture des Léwiim
qui, lui-même, se place avant la mitswa de Pèssah
chèni, deuxième Pèssah,
intéressant les impurs parmi tout Israël.
Mais Mèâm
Loêz affirme que le lien entre les textes suit l'ordre naturel
des choses. Après le recensement des premiers-nés
d'Israël et des Léwiim qui les remplacent pour
le service divin, D'ieu demande donc aux Léwiim
de se purifier en vue de prendre possession de leur service.
Prends
les Léwiim
Le verbe laqoah,
se dit principalement pour se saisir d'un objet qui n'oppose aucune
résistance à la volonté de l'homme. Comment
peut-on l'employer quand il s'agit de désigner les Léwiim
pour le service divin, service impliquant des sacrifices personnels
qui pourraient soulever la réticence des Léwiim
ou du moins leur désobéissance. Il s'agit en effet
d'êtres humains, libres, qui se heurtent à quiconque
tenterait d'imposer ses volontés.
Rachi reconnaît
que prendre un être humain soulève
la difficulté de l'irréductibilité de l'être
humain. Il s'agit donc de contourner sa volonté. Aussi explique-t-il :
«Attire-les par des paroles : «heureux êtes-vous
qui avez la bonne fortune d'être serviteurs de D'ieu.»
On ne saurait agir sur l'homme sans qu'il soit consentant. Les paroles
et les expressions d'encouragement sont d'un grand secours pour
emporter l'adhésion et le consentement.
Or ha-Hayim
explique ainsi l'intention de Rachi : l'objectif visé est
de constituer un camp particulier pour les Léwiim en
raison de leur pureté et leur sainteté qui les distinguent
d'Israël. En fait, en prescrivant purifie-les,
le texte tient à souligner que cette distinction ne se justifie
que par la pureté exceptionnelle et singulière des
Léwiim.
Kéli
Yaqar remarque qu'à propos des Léwiim le
texte emploie parfois le terme laqoah», prendre(21)
et souvent le terme natone, donner(22).
Le passage de
laqoah à natone inspire au Midrache
Tanhouma(23) :
Prends les Léwiim revient à dire :
«Prends-les pour Mon Nom, pour occuper une fonction.»
Les Léwiim
sont distingués pour ce service en remplacement
des premiers-nés. Laqoah signifie donc remplacer.
L'élection des Léwiim, poursuit Kéli
Yaqar, répond à trois objectifs : deux se situent
au niveau du service et le troisième leur confère
un privilège.
Concernant le
service divin, il s'agit d'une part de l'ouvrage et du transport
des objets du Michekane et, d'autre part, pour leur mission
d'être une expiation pour les Bénè Yisraèl
ainsi qu'il est dit(24) :
«Et
J'ai donné [les Léwiim] comme adjoints à Aharone
et à ses fils, entre les enfants d'Israël, pour faire
l'office des enfants d'Israël dans la Tente d'assignation,
l'ouvrage des Léwiim, et pour servir de rançon, expiation,
aux enfants d'Israël : de peur qu'il n'y ait une catastrophe
parmi les enfants d'Israël, si ceux-ci s'approchent des choses
saintes.»
Les Léwiim
agissent en remplacement des Bénè Yisraèl
afin de les protéger contre toute catastrophe qui pourrait
les atteindre. Pour cette raison, les Bénè Yisraèl
devaient «imposer leurs mains sur les Léwiim»,
signifiant qu'ils les désignent comme sacrifice.
Cependant cette
désignation ne vise aucunement l'expiation des premiers-nés
pour leur participation dans la faute du veau d'or. Il n'est point
logique ni juste que les Léwiim paient pour la faute commise
par les premiers-nés. Elle répond néanmoins
à la volonté de Yaâqov qui, voulant prélever
la dîme de ses fils, consacre Léwi. En effet, Yaâqov
avait douze enfants, plus Èfrayim et Ménachè,
en tout quatorze. Mais en soustrayant les quatre premiers-nés
issus des quatre femmes, il en reste dix. Il désigne Léwi
comme maâssèr, dîme, en lui
imposant deux missions : la première, physique,
en assumant le travail du Michekane, et l'autre, spirituelle,
celle de servir d'expiation aux Bénè Yisraèl.
Ces deux missions constituent, en fait, le double du maâssèr,
autrement dit le cinquième conformément
à l'engagement de Yaâqov de donner de tout ce qu'il
possède le double maâssèr(25).
Aussi, pour cette raison, le verbe natone est-il répété(26) :
nétounim, nétounim hèmma li, «car
ils me sont réservés, à Moi, entre les enfants
d'Israël.»
Néanmoins,
lorsque le texte mentionne Laqoah c'est bien pour
souligner que D'ieu lui-même les prend à son service
en remplacement des premiers-nés, pour leur accorder ce privilège
et cette prérogative.
Il confère
aux Léwiim le pouvoir de prélever des récoltes
des Bénè Yisraèl les téroumote, ,
et maâssèrote, prélèvements
et dîmes. Léwi dérive de léwaya,
accompagnement, car cette tribu est accompagnée
de ces donations.
Tu
les aspergeras d'eau expiatoire. Ils passeront le rasoir sur tout
leur corps, laveront leurs vêtements et se purifieront.
Trois opérations
sont nécessaires à la purification des
Léwiim : les asperger d'eau
expiatoire, raser tous les poils de leur corps,
laver les vêtements, enfin immersion dans
le bassin d'eau rituel, miqwè.
Rachi citant
Rabbi Mochè ha-Darchane, dit :
«Les
Léwiim étaient devenus la rançon des premiers-nés
qui s'étaient adonnés à l'idolâtrie.
Celle-ci est appelée «sacrifices offerts à des
morts(27)» et le lépreux
est appelé également mort(28).
C'est pourquoi on les a obligés à se raser
comme les lépreux.»
Sans doute,
pour Rachi, les Léwiim sont-ils tenus de se purifier
eux-mêmes bien que n'étant pas coupables de faute d'idolâtrie.
Mais en remplaçant les premiers-nés, coupables de
cette faute, ils procèdent à une telle purification.
Tana Débè
Èliyahou Rabba(29) rapporte :
«Pourquoi
Yéhèzqèl eut-il le mérite de
ressusciter des morts? Parce qu'il était toujours attaché
à Israël ainsi qu'il est dit(30) :
«ô
toi, fils de l'homme! Veux-tu faire le procès, le procès
de cette ville de sang?»
Pourquoi
l'expression faire le procès est-elle répétée?
Ainsi dit le Saint béni soit-Il à Yéhèzqèl :
«il nous convient, toi et Moi, de reprocher à Israël
[sa conduite].»
Yéchouôte
Yaâqov commente : Yéhèzqèl,
s'associant à Israël au point d'assumer tous ses malheurs
afin de lui apporter le pardon divin et expier ses fautes, eut le
mérite de l'inciter à la Téchouva,
au repentir.
C'est ainsi
également que Chémouèl agit(31) :
«Ils
s'assemblèrent à Mitspa; là on puisa de l'eau
qu'on répandit devant le Seigneur(32)...»
Ont-ils répandu de l'eau vraiment? Mais le texte enseigne
qu'ils ont épanché leur coeur comme de l'eau. Chémouèl
dit :
«Nous
avons péché devant l'Ét'ernel.»
Rabbi Chémouèl,
fils de Rab Yitshaq, dit : Chémouèl s'est
mis à la place d'Israël et dit : Maître de
tous les mondes, sans doute juges-Tu l'homme parce qu'il assure :
Je n'ai point fauté tel qu'il est dit(33) :
«Mais
voici que je t'appelle en justice pour avoir dit : «Je
n'ai point failli». Maintenant tout Israël crient
devant Toi : «nous avons failli.»
Ainsi donc,
en se substituant à tout Israël, en assumant également
les fautes du peuple, Chémouèl put ramener à
la Téchouva Israël.
Les Léwiim
assument également les fautes des premiers-nés pour
obtenir leur expiation.
Puis ils
prendront un jeune taureau, avec son oblation : de la fleur
de farine pétrie à l'huile; et un autre jeune taureau,
que tu recevras comme expiatoire.
Cette expiation
est obtenue par les offrandes suivantes :
Ils
prendront un jeune taureau,
Ce sacrifice
est un holocauste. Il représente le sacrifice de la communauté,
pour le péché de l'idolâtrie(34).
Et
un autre jeune taureau
Ce deuxième
sacrifice est un expiatoire. Cependant le texte précise un
autre, pour bien souligner que l'expiatoire, comme l'holocauste,
ne doit pas être mangé. Bien que l'expiatoire pour
l'idolâtrie doit être un bouc, par
dérogation exceptionnelle ce sacrifice est un jeune
taureau(35).
Il s'agit donc
d'une indication précise sur la nature de l'idolâtrie
à expier. L'obligation d'offrir un jeune taureau
au lieu du bouc fait référence à
la faute du veau d'or.
Tu feras
avancer les Léwiim devant la Tente d'assignation, et tu assembleras
toute la communauté des enfants d'Israël. Tu feras avancer
les Léwiim en présence du Seigneur, et les enfants
d'Israël imposeront leurs mains sur les Léwiim.
Tu
feras avancer les Léwiim devant la Tente d'assignation.
Pour Haâmèq
Davar, les Léwiim, devant se préparer à
la cérémonie d'investiture, se présenteront
devant la Tente d'assignation. Là toute la Communauté
d'Israël sera rassemblée, afin de procéder à
l'imposition des mains sur les Léwiim.
Rachi précise :
«Puisque
les Léwiim étaient désignés comme expiation
pour la communauté d'Israël, celle-ci devait venir se
placer près de leur sacrifice et imposer les mains sur eux.»
Et Aharone
fera le balancement des Léwiim devant le Seigneur, de la
part des enfants d'Israël, pour qu'ils soient consacrés
au service du Seigneur.
Et
Aharone fera le balancement des Léwiim devant le Seigneur.
Aharone agit
à l'égard des Léwiim comme il le ferait
pour le délictif du lépreux, , acham
métsorâ, qui demande le balancement pendant que
l'animal est vivant. Trois
fois le terme ténoufa, balancement, est
employé.
Rachi et Rabbènou
Béhayè, tous deux, diront :
«Le
premier est pour les fils de Qéhate à propos desquels
il est dit : «Pour qu'ils soient consacrés
au service de D'ieu», car le service du Saint des
Saints leur incombait, l'arche, la table, le candélabre et
les autels.
Le deuxième
est pour les fils de Guerchone. Il est dit à leur propos(36)
«Un balancement à l'intention de D'ieu»,
car il incombait à eux aussi un service au sanctuaire, les
tapis et les solives visibles dans le Saint des Saints.
Enfin le
troisième est pour les fils de Mérari qui étaient
tenus de porter les solives du Michekane, ses traverses, ses piliers
et ses socles. À leur propos il est dit(37)
ténoufa, balancement,
sans que soit mentionné ni un balancement devant D'ieu, ni
à l'intention de D'ieu. Mais à la fin(38),
le texte reprend : «Aharone effectuera leur balancement
devant l'Ét'ernel» pour bien souligner, souligne
Rabbènou Béhayè, que tous sont chers
aux yeux de D'ieu.»
Qohèlète
Rabba(39) rapporte qu'Aharone avait
balancé en ce jour 22,000 Léwiim. Cela tenait
du miracle. L'imposition des mains sur les Léwiim
par tout Israël tenait aussi, pour le midrache, du
miracle.
Pour Hazéqouni,
ce sont seulement les premiers-nés qui imposèrent
leurs mains sur les Léwiim, chaque premier-né
imposant les mains sur le Léwi qui devait le remplacer.
Mèchèkh
hokhma remarque que ce passage mentionne treize fois Bénè
Yisraèl. La faute du veau d'or, suscitant la colère
divine, expose Israël à l'anéantissement. Mais
les Léwiim, vengeant l'honneur de D'ieu, assurent
le pardon divin après que Mochè eut invoqué
les treize attributs de miséricorde de D'ieu.
Le rôle
des Léwiim dans l'expiation du péché
d'idolâtrie est capital. En effet, bien que pardonné,
Israël ne saurait prétendre à l'expiation qu'après
le remplacement, par les Léwiim, des premiers-nés
dans l'exercice du service divin. Ce privilège revient naturellement
à la tribu de Léwi car elle a toujours prouvé
en toutes circonstances une fidélité absolue et un
attachement indéfectible à D'ieu.
1.
Bé-midbar 8, 5-14.
2.
Bé-midbar Rabba 15, 9.
3.
Bé-midbar 8, 6.
4.
Téhillim 11, 5.
5.
Bérèchit 24, 1.
6.
id. 26, 12.
7.
ibid. 32, 11.
8.
Bérèchit 35, 9.
9.
Yéhèzqèl 20, 5.
10.
id. 20, 8.
11.
Yéhèzqèl 20, 38.
12.
Chir ha-Chirim 2, 13.
13.
Dévarim 33, 9.
14.
Chémot 32, 26.
15.
Dévarim 33, 9.
16.
id. 33, 8.
17.
Téhillim 128, 1.
18.
Bérèchit 39, 9.
19.
Bé-midbar 8, 14.
20.
Wayi-qra Rabba 2, 3.
21.
Bé-midbar 8, 6, 16 et 18.
22.
id. 16 et 19 etc..
23.
Tanhouma, sidra Bé-ha-âlotékha
paragr. 8.
24.
Bé-midbar 8, 19.
25.
cf. Bérèchit 28, 22.
26.
Bé-midbar 8, 16.
27.
Téhillim 106, 28.
28.
Bé-midbar 12, 12.
29.
cf. chap. 5.
30.
Yéhèzqèl 22, 2.
31.
Yérouchalmi Taânit 2, 7.
32.
Chémouèl I 7, 6.
33.
Yirmiya 2, 35.
34.
cf. Bé-midbar 15, 24.
35.
cf. Rachi sur le texte.
36.
Bé-midbar 5, 13.
37.
id, 15.
38.
ibid, 21.
39.
paragr. 12, 8.