«Tels sont les noms des hommes que Mochè envoya explorer la contrée. Mochè avait nommé
Hochèâ, fils de Noun : Yéhochouâ. Mochè leur donna donc mission d'explorer le pays de
Kénaâne, en leur disant : «Dirigez-vous de ce côté, vers le Sud, et gravissez la montagne. Vous
observerez l'aspect de ce pays et le peuple qui l'occupe : s'il est robuste ou faible, peu nombreux
ou considérable; quant au pays qu'il habite, s'il est bon ou mauvais; comment sont les villes où il
demeure, des villes ouvertes ou des places fortes; quant au sol, s'il est gras ou maigre, s'il est
boisé ou non. Tâchez aussi d'emporter quelques-uns des fruits du pays». C'était alors la saison
des premiers raisins(1).»
Face à
la demande des Bénè Yisraèl d'explorer
le pays de Kénaâne, D'ieu exprime des réticences.
Son désaccord est, on ne peut plus clair. Il dit(2) :
«Envoie toi-même des hommes pour explorer le pays
de Kénaâne.» Mochè désigne,
malgré tout, les hommes chargés de remplir cette mission.
Sans doute, accepte-t-il pour ne pas donner prise aux critiques
malveillantes d'Israël à propos de ce beau pays, promis
par D'ieu. Pourtant il garde l'espoir qu'Israël n'ose point,
en définitive, aller à l'encontre de la volonté
divine.
Mais les Bénè
Yisraèl tiennent à cette exploration. Mochè
met toutes les chances de son côté. Il désigne
des hommes qui, à ce moment-là, sont tous tsaddiqim,
parfaits et justes.
Le Midrache(3),
devant l'insistance de la Tora à citer leur nom, y trouve
une allusion à leur triste dessein, de rechercher les points
faibles et vulnérables du pays afin de les révéler
à tout Israël.
Leur intention
était donc de se révolter contre la volonté
de D'ieu :
«Quel
est le nom de ces hommes? Sétour, fils de Mikhaèl,
Nahbi fils de Wofsi et Guéouèl fils de Makhi(4)...
Le nom des explorateurs est vil et leurs actes sont lamentables.
Comment s'exprime le texte à leur propos? Sétour(5),
, parce qu'il exclut [D'ieu] du monde.»
Le nom des explorateurs
révèle leur véritable identité. Leurs
intentions cherchent à détacher Israël de D'ieu.
À la limite, la terre de Kénaâne ne les intéresse
nullement. Peut-être un retour en Égypte les tente-t-il?
Leur déclaration
et leurs propos ne visent, semble-t-il, que le respect de la volonté
de D'ieu. L'exploration se veut uniquement dans le but de confirmer
la véracité des promesses divines. Mais leur nom dit
plus long sur leurs véritables intentions.
Le Midrache(6),
abordant le texte(7) :
«Dirigez-vous
de ce côté, vers le Sud, et gravissez la montagne»,
rapporte : Rabbi Bérakhiya le Kohène fils de
Rabbi dit : Gravissant [la montagne], ils rencontrent trois
fils de géants, Ahimane, Chèchaï et Talmaï.
Pourquoi l'appelle-t-on Ahimane, ? Car, disait-il,
Ahi, , mon frère, mane,
, qui peut m'attaquer? Chèchaï, car il
est aussi résistant que, Chaïche,
le marbre. Talmaï,, car il creuse des sillons,
Télamim, [en foulant] le sol.
«Descendants
de Ânaq, Géant,
car il enfile le soleil en Ânaq,
collier. Les ayant vus, les explorateurs furent saisis de peur.
Ainsi s'expriment-ils(8) :
«Mais
le peuple est plus puissant que Lui.»
Rèche
Laqiche dit : ils avaient proféré des paroles
contre D'ieu. Cette faute leur a valu des châtiments pénibles.
Que fait
le Saint béni soit-Il? Il dit à Yirmiya : «Dis-leur :
Vous n'avez point mesuré la portée de vos paroles(9) :
«Au
bruit d'un terrible fracas, produit par vous, vous vous
êtes attirés le feu [du Bèt
ha-miqdache] et ses rameaux ont volé en éclats».
Ainsi dit le texte(10) :
«Selon
le nombre de jours que vous avez exploré le pays, autant
de jours, autant d'années vous porterez la peine de vos crimes...
«Nous
étions, disaient-ils, à nos propres yeux comme des
sauterelles, et ainsi étions-nous à leurs yeux(11).»
Le Saint
béni soit-Il leur réplique : Je peux comprendre
«Nous étions à nos propres yeux comme
des sauterelles» mais Je ne peux supporter qu'ils
affirment : «Ainsi étions-nous à
leurs yeux». Saviez-vous ce que vous représentiez
à leurs yeux? Qui dit que vous n'étiez point à
leurs yeux comme des anges? Qu'en est-il résulté(12)?
«Selon le nombre de jours que vous avez exploré
le pays. Il ne suffit point que [pendant quarante
années vous supporterez les effets de Mon hostilité]
vous ne rentrerez pas, en plus, au pays.
Le Saint
béni soit-Il, s'adressant à Israël, dit :
Mes envoyés étant dès lors des humains, Je
décrète que vous ne rentrerez pas au pays. Mais, à
l'avenir, je vous envoie Mon ange pour vous dégager la route,
tel qu'il est dit(13) :
«Voici,
je vais envoyer Mon mandataire pour qu'il déblaie la route
devant Moi. Soudain, il entrera dans son sanctuaire.»
L'intention
du midrache est de souligner, d'une part, la gravité
de la faute des explorateurs et, de l'autre, la volonté de
D'ieu de tout mettre en oeuvre pour leur éviter une telle
faute.
La rencontre
avec les trois géants Ahimane, Chèchaï
et Talmaï est tout à fait déconcertante. Pour
quelle raison les mettre sur le chemin des explorateurs quand l'intérêt
recommande de souligner l'accessibilité du pays?
En vérité,
la parole divine aurait, à elle seule, suffi pour contraindre
Israël à obéir, à accepter le choix divin
comme étant le meilleur. Cependant, D'ieu voudrait aussi
que son choix soit entériné par Israël en toute
liberté. Aussi, face à Sa parole contraignante, D'ieu
leur fait voir ces trois géants pour faire impression sur
eux. Ainsi pourront-ils exprimer, en connaissance de cause, leur
confiance absolue en D'ieu ou, au contraire, leur révolte.
Sans doute,
l'intention de D'ieu était-elle de leur donner un avant-goût
des prodiges qu'Il est prêt à réaliser pour
eux lors de la conquête de Kénaâne. La présence
de ces géants ne saurait embarrasser ni contrarier le projet
divin. Parô, roi puissant et redouté par ces mêmes
géants, n'a pu gêner ni s'opposer à la décision
divine de libérer le peuple d'Israël d'Égypte.
Cette éventualité
ne les a même pas effleurés. Avec une confiance absolue
en D'ieu, la conquête de Kénaâne aurait permis
à Mochè d'être à la tête d'Israël
et jouir du bonheur de séjourner dans ce pays.
Peut-être,
comme certains exégètes le laissent entendre, n'étaient-ils
point intéressés à une conquête qui mettrait
fin à leur pouvoir. Grâce à la sainteté
du pays, le peuple d'Israël accèderait à une
perfection morale telle qu'il se passera de dirigeants. Leur intérêt
était donc de rester dans le désert.
La révolte
des méraguélim, explorateurs, vise
donc un intérêt immédiat. L'objectif est de
rester à la tête des tribus. Dans une telle perspective,
il est naturel qu'étant si impressionnés par la puissance
des trois géants ils doutent de la capacité du Créateur
à les soumettre. Là se situe leur premier faux-pas.
À partir
de là, la pente sur laquelle ils glissent les mène
droit à se considérer, aux yeux des habitants du pays,
semblables à des sauterelles. Le complexe d'infériorité
qu'ils développent révèle, à lui seul,
leur chute morale. Tout indique qu'ils ne sont plus capables d'apprécier
la situation avec clairvoyance. Ils vont jusqu'à affirmer
qu'ils furent ainsi considérés par les habitants.
D'ieu réagit
avec véhémence à cette affirmation. Encore
serait-Il prêt à leur pardonner leur propre complexe.
Mais Il ne saurait supporter qu'ils puissent avancer : «ainsi
étions-nous à leurs yeux» quand D'ieu avait
tout fait pour qu'ils paraissent, au contraire, comme des anges.
Le midrache
marque ici le regret de D'ieu de voir les Bénè
Yisraèl tomber si bas. La condamnation à mourir
dans le désert ne vise pas seulement à les priver
du pays de Kénaâne, mais elle signifie clairement à
cette génération que leur révolte aura des
répercussions graves sur le destin d'Israël. La nuit
où les méraguélim reviennent de leur
mission est le 9 Ab, jour destiné à perpétuer
pendant des siècles la destruction du Bèt ha-Miqdache.
Le feu de la révolte est celui qui dévore le Temple.
L'exil dans le désert pendant quarante années correspond
aux quarante jours d'exploration. La disparition de toute cette
génération, la destruction du Bèt ha-Miqdache,
sont les conséquences directes de leur révolte.
Néanmoins
D'ieu ne saurait exercer Son courroux à tout jamais contre
eux. Une issue heureuse demeure possible. Mais ce n'est point dans
l'immédiat, cet espoir concerne l'avenir. En envoyant Son
mandataire pour déblayer le chemin, toute la génération
du désert aura enfin le droit d'entrer au pays. Ce mandataire
n'est autre que Mochè. C'est sous sa conduite qu'ils pourront
enfin connaître le bonheur d'être en Israël.
Tels sont
les noms des hommes que Mochè envoya explorer la contrée.
Mochè avait nommé Hochèâ, fils de Noun :
Yéhochouâ.
Tels
sont les noms des hommes que Mochè envoya explorer la contrée.
Or ha-Hayim
s'étonne que le texte reprenne Tels sont les noms,
, après l'avoir mentionné déjà(14) :
Et voici leurs noms. Il cite à cet effet les propos
de Rabbi Yitshaq(15) :
«Nos
Ancêtres enseignent : les explorateurs n'ont été
nommés que par rapport à leurs actes : Sétour,
fils de Mikhaèl, parce qu'il contredit,
satar, les paroles du Saint béni soit-Il.»
Devant ajouter
aussi à Hochèâ, le yod,
le nommant Yéhochouâ, pour invoquer l'appui divin qui
le protégerait du complot des explorateurs, Mochè
arrive à cette conclusion après le seul examen de
leur nom. Il révèle, à lui seul, l'iniquité
des explorateurs ainsi que leur tendance à la révolte
contre D'ieu.
Rabbènou
Béhayè, citant Ibn Êzra, voit dans cette
répétition l'indication que ces hommes n'entendent
point d'entreprendre l'effort de changer d'attitude et de comportement
vis-à-vis de D'ieu. La preuve est que leur nom, contrairement
à celui de Hochèâ, ne subit point de changement.
Rav Alchèkh,
se rapportant aux propos du Talmoud relatifs aux noms des méraguélim,
souligne que le texte exclut l'existence de noms, attribués
à la naissance, autres que ceux qui les identifient à
leurs actes. Ces noms constituent l'essence de leur personnalité,
ils sont leurs noms véritables.
Mochè
avait nommé Hochèâ, fils de Noun, Yéhochouâ.
Or ha-Hayim
rappelle que ce changement de nom se réfère à
la prière de Mochè pour que Yéhochouâ
ne fasse pas partie du Conseil des méraguélim.
Mais, s'étonne-t-il, pourquoi changer le nom quand la prière,
à elle seule, obtiendrait le même effet!
Le yod,
dont la valeur numérique est dix, fut ajouté
à son nom en vue de donner, dit-il, assez de force et de
courage à Yéhochouâ pour s'opposer au dessein
des dix méraguélim. De même,
ce faisant, il prendrait en récompense la part revenant aux
dix explorateurs.
Kéli
Yaqar trouve dans les propos du Talmoud(16) :
«D'ieu, Yah, te sauve du complot
des explorateurs» une référence au Nom divin
formé par les deux lettres Yod et Hè.
Il constate, à sa grande surprise, que Mochè ne réserve
pas le même traitement à Kalèb. Pour quelle
raison n'invoque-t-il point de prière pour lui?
En vérité,
répond-il, Mochè demande aux explorateurs de se diriger
vers le Sud, territoire de Âmalèq, le seul peuple à
combattre Israël à sa sortie d'Égypte. Comme,
à leur retour, les explorateurs diront(17) :
«Âmalèq habite au Sud, Nèguèv»
car «s'étant déjà «brûlés»
à Âmalèq, ils le mentionnent pour effrayer le
peuple(18)», Mochè
est sûr que Yéhochouâ, l'artisan de la victoire
sur Âmalèq, ne tomberait pas dans ce piège.
Dès lors, la promesse divine(19) :
«Puisque sa main s'attaque au trône de Yah,
l'Ét'ernel, guerre à Âmalèq de par l'Ét'ernel,
de siècle en siècle!», faite par le Nom
de Yah lui assure de ne jamais fléchir devant Âmalèq.
Aussi, pour
cette raison, Mochè lui adjoint le Nom de Yah pour
lui rappeler la promesse divine de vaincre toujours Âmalèq.
Ainsi ne succombera-t-il pas au conseil des explorateurs qui chercheraient
à l'impressionner par la crainte que suscite Âmalèq
dans le coeur d'Israël.
Selon le Midrache(20),
Mochè tient absolument à ce que Yéhochouâ,
étant son disciple, ne ternisse pas son nom en se comportant
comme les explorateurs.
Kéli
Yaqar rapporte également l'opinion qui verrait en Yéhochouâ,
descendant de Yossèf, la tendance à la médisance
et à la calomnie. Pour cette raison, le texte ne mentionne
pas le nom de Yossèf comme il le fait à propos de
Gaddi, fils de Soussi, pour la tribu de Ménachè. En
effet, il dit(21) : «Pour
la tribu d'Èfrayim Hochèâ, fils de Noun.»
Toutefois, sachant
la propension des descendants de Yossèf à la médisance,
pour quelle raison n'a-t-il pas prié pour Gaddi?
Sans doute,
Mochè pensait-il que si le représentant d'Èfrayim,
jouissant du privilège d'aînesse, ne pèche pas,
le jeune représentant de Ménachè n'aurait d'autre
choix que de suivre l'aîné.
Le yod
de Yéhochouâ pour le midrache(22)
appartient à Saraï :
«Lorsque
le Saint béni soit-Il avait changé le nom à
Sara disant(23) :
«Saraï,
ton épouse, tu ne l'appelleras plus Saraï, mais bien
Sara», le yod de Saraï, planant
dans les airs, comparaît devant le trône de Gloire et
dit : «Parce que je suis la plus petite des lettres, Tu
m'enlèves du nom de cette Sainte, Sara?» Le Saint béni
soit-Il répond :
«Je
te destine à un nom meilleur car, jusqu'à présent,
tu appartenais au nom d'une femme. Désormais tu appartiens
au nom d'un homme, placée de surcroît comme initiale
et non à la fin.» C'est ce yod qui
fut au début du nom de Yéhochouâ.»
Ainsi l'esprit
de Sara anime Yéhochouâ. Toute l'oeuvre de Sara trouve
son accomplissement dans la mission de Yéhochouâ, sa
piété et son comportement moral.
La traduction
araméenne de Yonatane Bèn Ôuzièl montre
combien Mochè appréhende que Yéhochouâ,
par sa grande modestie, cède aux intentions et exigences
des explorateurs. Ainsi, dit-il, «ayant constaté
la modestie de Yéhochouâ, Mochè a nommé
Hochèâ, Yéhochouâ.»
Parmi toutes
les tribus mentionnées, l'absence de Léwi est remarquable.
La raison, dit Mèâm Loêz, réside dans
le fait qu'elle ne prend aucune part dans le pays.
Mochè
leur donna donc mission d'explorer le pays de Kénaâne,
en leur disant : Dirigez-vous de ce côté, vers
le Sud, et gravissez la montagne.
Mochè
leur donna donc mission d'explorer le pays de Kénaâne
Le verbe chaloah,
envoyer, se trouve répété. Déjà
le texte(24) annonce «Et
Mochè les envoya»!
Pour Or ha-Hayim,
il s'agit de la mitswa de léwaya,
accompagnement, que Mochè pratique en leur tenant
compagnie jusqu'aux portes du camp pour bien signifier que leur
mission se limite à visiter le pays, et
non l'explorer.
En effet, si
leur mission est d'explorer, un départ discret ne nécessitant
pas d'accompagnement s'imposerait.
Rabbènou
Béhayè et, plus tard, Mèâm Loêz,
citant le Zohar(25), rapportent
que Mochè leur confie son bâton sur lequel était
gravé le Nom ineffable, afin que
nul ne les menace. Ainsi les explorateurs furent-ils sauvés
de l'attaque des géants.
Le Zohar tire
cet enseignement de l'emploi du terme zè,
ceci, dans l'expression âlou zè,
dirigez-vous de ce [côté]-ci, que l'on retrouve
dans(26) : «Et tu
prendras ce, ha-zè, bâton...»
Dirigez-vous
de ce côté, vers le Sud.
Selon Rachi,
Mochè leur demande de pénétrer du côté
Sud car :
«C'était
la partie la plus pauvre d'Erèts Israël. Telle est la
méthode des commerçants, ils montrent d'abord la marchandise
de moindre valeur, et ensuite ils font voir celle de bonne qualité.»
Vous observerez
l'aspect de ce pays et le peuple qui l'occupe : s'il est robuste
ou faible, peu nombreux ou considérable; quant au pays qu'il
habite, s'il est bon ou mauvais; comment sont les villes où
il demeure, des villes ouvertes ou des places fortes; quant au sol,
s'il est gras ou maigre, s'il est boisé ou non. Tâchez
aussi d'emporter quelques-uns des fruits du pays.
Pour Mèâm
Loêz, Mochè demande aux explorateurs d'examiner le
pays sous quatre aspects :
L'état
du pays.
Est-il béni
au point de permettre à une population nombreuse d'y vivre?
Les habitants sont-ils forts ou faibles. Le nombre peut être
contrebalancé par la faiblesse des habitants.
L'état
du pays en lui-même.
Est-il bon à
habiter et à cultiver? S'il ne répond pas à
ces deux critères,
«Est-il
alors bon ou mauvais».
L'état
des villes.
Sont-elles des
villes ouvertes ou des places fortes? La construction des villes
devait donner une idée précise de la puissance du
peuple qui l'habite.
Rachi dit :
«Vous
observerez l'aspect de ce pays car il y a des pays
qui produisent des hommes forts, d'autres qui produisent des hommes
faibles. Il y en a dont la population augmente, d'autres dont la
population diminue. Il leur indiqua de même un critère
pour savoir si le peuple est robuste ou faible. S'il habite des
villes ouvertes, sans remparts, le peuple est robuste car confiant
dans sa force, mais s'il habite des villes fortifiées, il
est faible.»
Quant
au sol,
Il faut constater
si le sol est gras ou maigre, produisant des fruits de qualité
excellente ou non.
En faisant ces
recommandations, Mochè s'attend que les explorateurs reconnaissent
la beauté du pays, chose qui ne manquerait pas d'augmenter
leur foi et leur confiance en D'ieu. Toutefois, on remarque qu'à
aucun moment Mochè ne leur demande de rapporter des détails
importants relatifs à la conquête du pays.
Or ha-Hayim
s'interroge sur la signification de la double recommandation de
Mochè à propos du pays.
Pour lui, il
existe des pays dont le climat et les ressources naturelles agissent
sur les habitants.
Vous
observerez l'aspect de ce pays.
Comment
est-il? Quelle est sa nature? Cet aspect est reconnaissable
pour un oeil exercé. Il suffit donc d'observer pour se rendre
compte des influences. Mais il se pourrait qu'un examen plus approfondi
soit nécessaire. Il faut donc pénétrer dans
le pays, le traverser et remarquer le type d'habitants qui l'occupent
pour conclure sur la qualité du pays. Pour ce faire, il faut
constater :
Si
le peuple est robuste ou faible, peu nombreux ou considérable.
Le nombre et
la puissance révèlent la nature et les ressources
véritables du pays puisqu'elles favorisent l'accroissement
des habitants.
Quant
au pays qu'il habite.
Le texte précise
un autre critère de l'examen. Celui-ci se base sur l'action
et l'oeuvre de l'homme. Villes ouvertes ou fortifiées,
donnent également une indication précise de la puissance
ou de la faiblesse du peuple.
Quant
au sol, s'il est gras ou maigre, s'il est boisé ou non.
La qualité
d'un sol se mesure à la qualité de ses fruits. Un
sol, fertile et bon, produit des fruits gras et délicieux.
En revanche, si la qualité du fruit est inférieure,
laissant à désirer, le sol nécessite alors
souvent un repos.
Et si les arbres
fruitiers sont abondants, ce sera donc le pays promis. Israël
y trouverait ce qu'il désire. Et la saison est celle où
les raisins mûrissent. Aussi pour cette raison Mochè
leur demande de prendre un échantillon de ces fruits.
S'il
y a des arbres.
Rachi, citant
le Midrache(27), dit :
«S'il y a parmi eux un homme juste - C'est le symbole de
l'arbre - qui les protège par ses mérites.»
Ce jour-là, Iyob dont les mérites leur procurait soutien
et protection est mort.
Le Tana Débè
Èliyahou Rabba(28) rapporte :
«Mochè
envoie dix phylarques accompagnés de Yéhochouâ
et Kalèb. «Ne rentrez pas, dit-il, comme des voleurs.
Et si [les habitants] vous demandent «pourquoi êtes-vous
venus?», vous répondrez : «Pour cinq figues,
cinq grenades et une grappe de raisins nous sommes là.»
Mais s'ils
répliquent «Peut-être pour détruire des
arbres d'idolâtrie et déraciner des Achèra,
, arbre adoré comme idole, êtes-vous venus?»,
répondez : «Non». Ils sont rentrés
en envoyés mais, à leur sortie, ils sont comme des
ânes [chargés].
Arrivés
à Hèbrone, ils s'emparent de cinq figues, cinq grenades
et une grappe de raisins. Ahimane, Chèchaï et
Talmaï, apprenant leur arrivée, sortent à leur
rencontre. Chèchaï émettant un cri, ils tombent
face contre terre. Ils les raniment alors en soufflant dans leur
nez jusqu'à ce que leur respiration reprenne.
Après
quoi, ils leur demandent : «Pourquoi êtes-vous venus?
Sans doute dans le but de couper les arbres et les Achèra
d'idolâtrie? N'est-ce pas que le monde entier appartient à
votre D'ieu? Il donne [le pays] à qui bon lui semble».
La réponse
est : «Nullement». Ils les laissent partir en paix
et ne les tuent point.
Aussi, le
Saint béni soit-Il laisse-t-Il des Kénaâni jusqu'à
la fin du Second Temple. Certains disaient jusqu'à ce jour»...»
Selon ce texte,
Mochè insiste pour qu'ils rentrent au vu et au su de tous.
L'attitude compte beaucoup. En ne rentrant pas comme des voleurs,
ils agiraient plus comme des visiteurs dont le but essentiel est
de voir la beauté du pays. La peur des géants qui
leur fait perdre connaissance est significative du virage que les
explorateurs prennent par rapport au but premier.
Ainsi Mochè
accède-t-il à la demande des Bénè
Yisraèl dans l'espoir qu'ils renoncent à leur
projet. Il n'ignore point le risque qu'ils courent en ne se rangeant
pas à son avis. Mais le destin d'Israël, et la liberté
aidant, prend un cours différent. Au lieu d'une conquête
rapide et sans combat, Israël affronte, en plus d'un séjour
éprouvant dans le désert, ce long exil.
1.
Bé-midbar 13, 16-20.
2.
Bé-midbar 13, 2.
3.
Bé-midbar Rabba, chap. 16, paragr. 4.
4.
Bé-midbar 13, 13, 14 et 15.
5.
N.B. Le verbe sator, signifie également détruire,
contester.
6.
Bé-midbar Rabba, chap. 16, paragr. 8.
7.
Bé-midbar 13, 17.
8.
id. 13, 31.
9.
Yirmiya 11, 16.
10.
Bé-midbar 14, 34.
11.
id. 13, 33.
12.
Bé-midbar 14, 34.
13.
Mal'akhi 3, 1.
14.
Bé-midbar 13, 4.
15.
Sota 34b.
16.
Sota 34b.
17.
Bé-midbar 13, 29.
18.
Rachi sur le texte.
19.
Chémot 17, 16.
20.
Yalqout Réoubèni sur le texte.
21.
Bé-midbar 13, 8.
22.
Bé-midbar Rabba et Yalqout Réoubèni sur
le texte.
23.
Bérèchit 17, 15.
24.
Bé-midbar 13, 3.
25.
III 160b.
26.
Chémot 4, 17.
27.
Bé-midbar Rabba sur le texte.
28.
Chap. 29.