«Qorah, fils de Yitshar, fils de Qéhate, fils de Léwi, forma un parti avec Datane et Abiram, fils
de Èliab et One, fils de Pèlète, descendants de Réouvène. Ils s'avancèrent devant Mochè avec
deux cent cinquante des enfants d'Israël, princes de la communauté, membres des réunions,
personnages notables : et, s'étant attroupés autour de Mochè et Aharone, ils leur dirent : «C'en
est trop de votre part! Toute la communauté, oui, tous sont des saints, et au milieu d'eux est le
seigneur pourquoi donc vous érigez-vous en chefs de l'assemblée du Seigneur?» Mochè, en les
entendant, se jeta sur sa face(1).»
La sidra
Qorah, relate principalement la révolte de
Qorah, Datane et Abiram auxquels s'ajoutent deux cent cinquante
chefs de Sanhèdrine contre Mochè et Aharone.
Cette révolte coûte la vie à quatorze mille
sept cents âmes dont plusieurs vies innocentes, celles des
enfants.
Cependant elle
laisse perplexe car il est impensable que Qorah ait pu à
un moment donné envisager remplacer Mochè que D'ieu
ne cesse de soutenir et auquel Il exprime Sa préférence
et Son affection.
Le Midrache(2)
dit :
«Viens
voir combien est pénible la querelle car tout celui qui contribue
à la division, le Saint béni soit-Il efface son souvenir
tel qu'il est dit(3) : «Puis
un feu s'élança de devant le Seigneur et consuma les
deux cent cinquante hommes qui avaient offert l'encens.»
Rabbi Bérakhya
dit : combien est pénible la querelle! Car le tribunal
céleste ne condamne qu'à partir de l'âge de
vingt ans, le tribunal terrestre à partir de treize ans.
Mais dans la querelle de Qorah même des bébés
d'un jour furent brûlés et engloutis aux profondeurs
de la terre tel qu'il est dit(4) :
«Leurs
femmes, leurs fils et leurs jeunes enfants.»
Et il est
dit(5) : «Ils descendirent,
eux et tous les leurs vivants dans la tombe.» C'est
pourquoi il est écrit: «Qorah...prit.»
Le midrache
souligne la gravité de la querelle et la division qui, une
fois déclenchée, n'épargne personne. Tous les
meneurs, Qorah et ses compagnons furent anéantis.
Certes, ils le méritent. Mais cette querelle avait emporté
aussi des êtres innocents, des bébés d'un jour.
Ce que Qorah prit en réalité
n'est qu'une autre forme de jugement divin dans toute sa rigueur.
De toute évidence,
le Créateur aime la paix et la coexistence entre les hommes!
Il apprécie quiconque se soucie de maintenir la paix. Le
roi Ah'ab était un grand idolâtre. Mais il faisait
tout pour maintenir le peuple uni. Aussi le Saint béni soit-Il
le protégeait-Il contre tous ses ennemis.
Qorah,
inspirant la division au sein du peuple d'Israël pour contester
l'autorité de Mochè et d'Aharone, s'attire la mort
et l'anéantissement de tout son camp. En se révoltant
contre Mochè, Qorah fait donc une mauvaise
affaire.
Le midrache
poursuit :
«Fils
de Yitshar, fils de Qéhate fils de Léwi.
Pourquoi n'a-t-on pas écrit fils de Yaâqov ou fils
de Israël? Le texte dit(6) :
«Ne
t'associe point à leurs desseins, Ô mon âme!
Mon honneur, ne sois pas complice de leur alliance.»
Ne
t'associe point à leurs desseins, Ô mon âme,
il s'agit des explorateurs. Mon honneur, ne sois pas complice
de leur alliance, il s'agit de Qorah. Yaâqov
dit au Saint béni soit-Il :
«Maître
du monde! Que mon nom ne sois pas mentionné, ni a propos
des explorateurs, ni dans la querelle de Qorah, [pour ne
point m'associer] à ces impies qui T'irritent. Mais quand
mon nom sera-t-il associé à eux?
Pour le
service du chant [au Bèt ha-Miqdache], ils seront nommés
selon leur filiation(7) :
«Fils
de Tahat, fils de Assir, fils de Abiassat, fils de Qorah,
fils de Yitshar, fils de Qéhate fils de Léwi, fils
de Yisraèl.»
Et
Datane et Abiram? Les maîtres déduisent :
«Malheur à l'impie, malheur à son voisin!»
Datane et Abiram sont anéantis dans la révolte car
ils étaient ses voisins : Qorah était
situé au sud tel qu'il est dit(8) :
«Les
familles des enfants de Qéhate devaient occuper le flanc
méridional du Michekane.» La bannière
de Réouvène le jouxtait tel qu'il est dit(9) :
«La
bannière du camp de Réouvène occupera le midi.»
Ils se sont donc associés. Mais la bannière de Yéhouda,
celle de Yissakhar et celle de Zébouloune se situent à
l'Est selon le texte(10) :
«Ceux
qui campent en avant à l'orient, seront sous la bannière
du camp de Yéhouda... Près de lui campera la tribu
de Yissakhar... Puis la tribu de Zébouloune.»
Ils sont les voisins de Mochè et d'Aharone tel qu'il est
écrit(11) :
«Pour
ceux qui stationnaient à la face orientale du Michekane devant
la Tente d'assignation, au levant, c'étaient Mochè,
Aharone et ses fils...» Parce que proches de la Tora,
ils méritent d'être sages en Tora tel qu'il est écrit(12) :
«Yéhouda
est mon sceptre (législateur)»; il est écrit
également(13) :
«Des
gens de Yissakhar experts en la connaissance des temps pour décider
la conduite à tenir en Israël.» Il est
par ailleurs écrit(14) :
«Plusieurs
dans Zébouloune, manient la plume du scribe.»
En revanche, Datane et Abiram, voisins de Qorah qui s'insurge
[contre Mochè], partagent son châtiment et disparaissent
du monde.»
Ce midrache
exprime le grand désappointement du père de la nation
qui demande, le moment de la révolte venu, de ne point inclure
son nom dans l'ascendance de Qorah. Cependant il est tout
à fait surprenant de constater, malgré tout, que le
nom de Yaâqov figure dans l'ascendance de Qorah lorsqu'il
s'agit de nommer les Léwiim qui accompagnent de
leurs cantiques le service des qorbanote, sacrifices.
Mais il est
d'autant plus surprenant encore que Yaâqov ne juge point utile
de prier pour que Qorah s'abstienne de toute révolte
contre Mochè plutôt que de prier pour lui-même?
Faut-il en conclure que, pour Yaâqov, la conduite de Qorah
est fixée et déterminée à l'avance?
Certes, non!
Dans la vision de Yaâqov, tout peut être sauvé
et redressé. C'est ce qu'il souhaite. En attirant l'attention
de Léwi sur cette éventualité, il l'engage,
en fait, à prendre toutes les mesures et précautions
pour éviter un tel incident.
De plus, un
accent particulier est mis sur l'environnement social. Datane et
Abiram, voisins de Qorah, subiront eux-mêmes son influence
au point d'être partie prenante dans cette révolte.
Car il est impensable que les fils de Réouvène réclament
la Kéhounna, prêtrise. Comme Qorah,
ils sont appelés à mourir car «Malheur à
l'impie, malheur à son voisin!»
Cependant Yéhouda,
Yissakhar et Zébouloune, parce qu'ils sont les voisins de
Mochè, d'Aharone et de ses fils, subissent l'influence bénéfique
de la proximité de Mochè à telle enseigne qu'ils
parviennent à la connaissance de la Tora. «Bonheur
au juste bonheur à son voisin!»
Qorah, fils
de Yitshar, fils de Qéhate, fils de Léwi, forma un
parti avec Datane et Abiram, fils de Èliab et One, fils de
Pèlète, descendants de Réouvène.
Le Midrache
Pélia, s'interroge sur le choix du moment de cette révolte :
«Qu'est-ce qui motive Qorah à se révolter
contre Mochè? [L'enseignement] de la vache rousse.»
Midrache
étonnant! Quelle relation existe-t-il entre les deux sujets?
Est-il possible de trouver dans la prescription de la vache
rousse une raison suffisante pour justifier la révolte
d'un homme aussi perspicace et avisé que Qorah? Car
il n'ignore nullement les risques encourus dans une telle aventure!
Cependant Chaâr
bat Rabbim propose qu'aux tous débuts, Qorah prenait
Aharone pour un Saint. Grâce à son sacerdoce, Aharone
est l'élu de l'Ét'ernel, D'ieu accorde aux Bénè
Yisraèl pardon et expiation de leurs fautes. C'est,
pensait-il, sa nature sainte et pure qui parvient à un tel
résultat. Mais apprenant la fonction de la vache rousse,
impurifiant quiconque touche ses cendres et purifiant les impurs
au contact d'un cadavre, le degré le plus grave dans l'échelle
des impuretés, Qorah conclut que le mérite
ne revient point à la sainteté d'Aharone et, de ce
fait, décide de contester sa Kéhounna.
Hatam
Sofèr avance l'explication suivante. Qorah se rend
compte de sa supériorité sur Aharone. Aharone est
coupable de la confection du veau d'or. En revanche, toute la tribu
de Léwi, ne l'ayant pas adoré, prouve grandement sa
fidélité à D'ieu. En outre pour la réparation
de cette faute, la préparation de la vache rousse
est plus l'oeuvre d'Èl'âzar, non d'Aharone. Tout contribue
à conforter Qorah dans son impression que sa sainteté
dépasse, en fait, celle d'Aharone.
Qorah
semble avoir pris assez d'assurance. Son attitude ne révèle,
en effet, aucune crainte du peuple lorsqu'il décide de fomenter
cette révolte. Faut-il conclure qu'Israël remet, lui-même,
en question les prérogatives de Mochè en tant que
roi et chef ainsi que la dignité d'Aharone
en tant que Kohène Gadol?
Qorah,
fils de Yitshar, fils de Qéhate, fils de Léwi, forma
un parti.
En parlant de
Qorah, la Tora mentionne son ascendance, mais elle ne remonte
pas jusqu'à Yaâqov. Pourquoi?
Wayi-qah,
il a pris. Comment peut-il prendre et se saisir d'hommes
tels Datane et Abiram? Mais si tel n'est point
le cas, qu'a-t-il pris?
Pour Rambane,
Qorah prit effectivement assez d'assurance, juste à
ce moment. En fait, Qorah, n'ayant jamais pardonné
à Mochè d'avoir nommé, comme dit Rachi, Èltsafane
fils de Ôuzièl à la tête de Qéhate,
attendit le moment propice pour remettre en question, non seulement
les décisions de Mochè, mais Mochè lui-même
et Aharone.
Constatant l'inaction
de Mochè pour éviter les pertes des Bénè
Yisraèl lors des épidémies à Parane,
pour la faute des méraguélim et à
Qibrote ha-taava, pour leur désir d'avoir de la
viande, Qorah conclut vite que le peuple d'Israël ne
soutiendrait pas Mochè. De ce fait, en se révoltant,
il était sûr qu'aucun mouvement de soutien à
Mochè, venant du peuple, ne troublerait sa révolte.
Datane
et Abiram, fils de Èliab et One, fils de Pèlète,
descendants de Réouvène.
Datane et Aviram,
descendants de Réouvène, ont toujours été
les adversaires de Mochè. Faut-il comprendre que Qorah
n'ait trouvé de partisans que dans la tribu de Réouvène?
Il s'allie à
Datane et Abiram, tous deux descendants de Réouvène,
l'aîné, pour rapatrier le droit d'aînesse en
faveur de ses descendants, droit que Yaâqov lui avait retiré
pour l'accorder à Yossèf.
De plus, accusant
Mochè de vouloir faire mourir tout le peuple d'Israël
dans le désert, châtiment décrété
contre le peuple d'Israël après la faute des méraguélim,
Qorah compte neutraliser le peuple d'Israël contre un
éventuel soutien à Mochè. Voilà pour
la stratégie.
Ils s'avancèrent
devant Mochè avec deux cent cinquante des enfants d'Israël,
princes de la communauté, membres des réunions, personnages
notables : et, s'étant attroupés autour de Mochè
et Aharone, ils leur dirent : «C'en est trop de votre
part! Toute la communauté, oui, tous sont des saints, et
au milieu d'eux est le seigneur pourquoi donc vous érigez-vous
en chefs de l'assemblée du Seigneur
Toute
la communauté est sainte!... Pourquoi donc vous érigez-vous
en chefs de l'Assemblée de l'Ét'ernel?
Quel sens donner
à cet argument de Qorah? Est-il possible que tout
un peuple puisse fonctionner sans les directives ni l'autorité
d'un chef ou d'un roi? Pour un homme aussi avisé que Qorah,
on s'attend à des positions plus réalistes!
Le mobile de
Qorah, choisi et avoué, était de réclamer
l'égalité pour tout le peuple d'Israël
puisque «toute la communauté est sainte.»
Le midrache(15),
cité par Rachi, rapporte :
«Que
fit Qorah? Il rassembla deux cent cinquante chefs de Sanhèdrine,
pour la plupart de la tribu de Léwi, ses voisins dont Èlitsour
fils de Chédèour et ses compagnons. Il les revêtit
d'habits entièrement confectionnés de laine d'azur,
ils se rendirent auprès de Mochè et lui demandèrent :
«Est-ce
qu'un vêtement entièrement de laine d'azur est soumis
au commandement des tsitsit, franges, ou en est-il dispensé?
Il leur
répondit qu'il y est soumis. Sur ce, ils commencèrent
à se moquer de lui: Est-il possible qu'un habit fait d'une
étoffe différente soit rendu conforme par un seul
fil d'azur et que celui-ci composé entièrement de
laine d'azur ne se rende pas conforme de lui-même?»
Le midrache
poursuit :
«Une
chambre pleine de Sifrè Tora,, rouleaux de Tora, est-elle
soumise au commandement de la mézouza ? Lorsque
Mochè répond par l'affirmative, Qorah choisit
de le ridiculiser. Comment toute la Tora qui compte 613 commandements
ne peut-elle exempter cette chambre alors qu'un seul commandement,
celui de la mézouza, la rend conforme?»
En vérité,
selon le midrache, Qorah reprocherait à Mochè
sa volonté de se maintenir à la tête du peuple
d'Israël, chose qui ne se justifie pas, puisque lors de la
Révélation sur le Mont Sinaï tous les Bénè
Yisraèl, absolument tous, devinrent les égaux
de Mochè, ayant entendu de la bouche de l'Ét'ernel(16)
«Je suis l'Ét'ernel ton D'ieu». Par conséquent,
il n'est nul besoin de chef ni de Kohène
Gadol.
Mais Mochè
comprend bien les intentions et la portée des propos de Qorah.
Il vise, en réalité, la dignité de Mochè
pour lui-même et ce, malgré l'opposition de ses propres
alliés.
Pour clarifier
la situation, la réponse de Mochè se veut nette et
tranchante. Mochè et Aharone sont aussi nécessaires
pour Israël que le fil d'azur et la mézouza
le sont, aussi surprenant que cela puisse paraître, pour le
vêtement composé entièrement de laine azur ainsi
que pour la chambre pleine de rouleaux de Tora.
Aussi Rachi
citant le midrache(17)
dit : Faites ceci : munissez-vous d'encensoirs(18).
Mochè
tient à signifier l'absurdité de leur position. Qu'à
cela ne tienne! S'ils persistent à réclamer l'égalité
pour tous, c'est admettre, au contraire, la diversité
des rites ainsi que la multiplicité des
temples et des prêtres. Or de l'aveu même de
Qorah, tout le peuple a reçu la même Tora sur
le mont Sinaï.
Rachi souligne
donc après le midrache :
«C'est
dans les moeurs des autres peuples d'avoir de nombreux rites et
de nombreux prêtres, qui ne se rassemblent pas tous dans le
même temple. Quant à nous, nous n'avons qu'un seul
D'ieu, une arche sainte, une Tora, un autel et un Kohène
Gadol; et vous, 250 hommes, réclamez la grande prêtrise;
je me déclare d'accord.
Voici pour
vous le service le plus estimé : c'est la combustion
de l'encens qui est le sacrifice le plus important; mais un poison
s'y trouve par lequel Nadav et Abihou ont été brûlés.
Je vous aurai avertis : Or, l'homme que distinguera
l'Ét'ernel c'est celui qui est le saint!»
La réponse
de Mochè montre combien la démarche démagogique
de Qorah présente un danger, non seulement pour lui,
mais aussi pour tous ses compagnons. Car il ne saurait s'agir d'égalité.
Mochè reste le chef et Aharone est Kohène Gadol.
Une telle révolte
implique un grave danger que le Talmoud(19)
ne manque pas de relever :
«Qorah
a pris : il a réalisé une mauvaise affaire
pour lui-même. Qorah, appelé
ainsi, parce qu'il fit,
une tonsure
en Israël; fils de Yitshar, car il mit en ébullition
le monde comme à l'heure de midi(20);
fils de Qéhate, car il fit grincer les dents
de ses parents(21); fils de
Léwi, parce qu'il s'est fait le compagnon de Guéhinam(22).
Pourquoi ne mentionne-t-il pas fils de Yaâqov
qui pourrait signifier qu'il s'est réservé une place
à Guéhinam(23)? Parce
que Yaâqov avait prié que son honneur ne soit pas entaché
lors de cette révolte(24) :
«Ne
t'associe point à leurs desseins, ô mon âme!
Mon honneur, ne sois pas complice de leur alliance!»
Cependant une
question demeure. Si, grâce à ses prières, Yaâqov
ne fut pas associé aux desseins de Qorah, pour quelle
raison Yitshar, Qéhate et Léwi ne formulent-ils
pas une prière en ce sens, à l'instar de Yaâqov?
Or ha-Hayim
met l'accent sur l'ambivalence des noms. Le comportement moral de
l'individu influe sur le nom. Ainsi les actes en déterminent-ils
l'interprétation qui oscille entre bien et mal. Car toutes
les âmes, issues de Adam, sont contenues, en vérité,
dans les lettres de la Tora. À partir de Adam, les âmes
commencent à perdre de leur éclat moral jusqu'à
la naissance d'Abraham. Il communique l'impureté héritée
de ses parents à Yichemaêl, son fils. Yitshaq,
à son tour, transmet le peu qu'il possède à
Êssaw. Yaâqov est à ce point parfait qu'il rappelle
par sa beauté morale, Adam. Il ne saurait, quant à
lui, donner naissance qu'à des enfants aussi parfaits que
lui. Ce sont les douze tribus dont Léwi avait la charge des
fonctions saintes.
Qorah
descend donc d'hommes illustres et saints. Il est, lui-même,
tout au début, pur et saint. Par ses qualités morales,
il se rattache à ses pères : fils de Yitshar
dont la sagesse illumine le monde, fils de Qéhate
dont la sainteté fait grincer les dents de tous, fils
de Léwi dont la fidélité fait le compagnon
de D'ieu. Mais lorsque Qorah conteste la kéhounna
à Aharone, dérangeant ainsi l'ordre établi
par D'ieu, il affecte, au niveau moral, non seulement son essence,
mais celle de toute son ascendance, à l'exception toutefois
de l'essence de Yaâqov afin de ne pas perdre tout contact
avec sa racine.
Ils
s'avancèrent devant Mochè avec deux cent cinquante
enfants d'Israël.
Que signifie
cette avance? Si c'est pour annoncer leur intention
de se révolter, le texte le précise plus loin :
S'étant attroupés autour de Mochè
et Aharone,
Mais si l'intention
est de signaler qu'ils s'avancèrent devant Mochè
pour montrer leur insoumission, le texte ne devait-il l'écrire
après s'étant attroupés?
De plus, pour
quelle raison la mention des 250 hommes, princes du Sanhèdrine,
fut-elle placée entre les deux moments de cette révolte?
Que signifie le choix du nombre de 250?
Or ha-Hayim
constate une progression dans la stratégie de Qorah.
Tout d'abord, il ose s'attaquer à Mochè parce que,
de tous les Léwiim, il se considère le plus important
après Mochè. Au niveau de sa tribu, étant fils
de Yitshar cadet de Âmram, il prétend pouvoir contester
l'autorité de Mochè sans être inquiété
par l'opposition interne de la part des Léwiim. Aussi, le
texte stipule : Qorah prit, il s'appuie sur
l'argument qu'il est fils de Yitshar.
Ensuite, il
s'allie Datane et Abiram en raison de leur rang social. Étant
les fils de Réouvène, l'aîné, ils pouvaient
se mesurer à Mochè. Ainsi dira-t-il wa-yaqoumou,
ils se sont dressés, autrement dit ils manifestent
leur importance, faisant état de leur statut d'aînés
pour imposer respect à Mochè.
Enfin, il
prit deux cent cinquante hommes, il s'agit de personnalités
représentant tout Israël pour lui s'assurer du support
nécessaire, politique et moral, contre Mochè. La suite
logique est que fort de ces appuis, Qorah pouvait se révolter
contre Mochè.
Baâlè
ha-Tosséfot rapportent que Qorah, voulant une représentation
de toutes les tribus, à l'exception de celle de Léwi,
choisit le nombre de 23, correspondant à celui du Petit Sanhèdrine.
En tout, on obtient 253. En ajoutant aux 250 Datane, Abiram et One
de la tribu de Réoubène, la délégation
se compose bien de 253.
Hatam
Sofèr tente de répondre aux questions soulevées
mais en tenant compte d'autres remarques qui sont dans le texte.
En effet se demande-t-il pourquoi cette répétition :
Toute
la communauté, oui, tous sont des saints et pourquoi
vous érigez vous en chef de l'assemblée divine?
Dans sa réponse,
Hatam Sofèr rappelle la remarque faite par Yitro à
Mochè : Pourquoi, le peuple se tenait-il debout près
de Mochè du matin au soir? La réponse de Mochè
fut que le peuple, en venant consulter D'ieu, se tient debout par
respect pour Lui et non pour Mochè.
Qorah,
Datane et Abiram, importants et tsaddiqim se sont concertés
de se tenir debout, Wa-yaqoumou, ils se tiennent debout,
afin que les 250 chefs de Sanhèdrine trouvent injustes le
traitement que leur inflige Mochè et donnent ainsi leur appui
à Qorah et à son assemblée.
Aussi, pour
appuyer leur réclamation, établissent-ils une différence
entre êda, communauté, pour se référer
à tout le peuple, et qéhal ha-Chèm,
assemblée de D'ieu, pour désigner les grands,
les tsaddiqim.
Ils disent en
fait à Mochè : si un tel comportement vis-à-vis
de la communauté, bien que ses membres soient tous saints
et au milieu desquels se trouve le Seigneur, se justifie, il n'est
pourtant pas permis de l'avoir à l'égard de l'assemblée
du Seigneur qui se compose de tsaddiqim, comme vous!
Pour Mochè
il existe trois catégories : le peuple
appartenant certes à D'ieu, les tsaddiqim
proches de D'ieu, et surtout l'élu de l'Ét'ernel
qui est le saint.
Aussi leur dit-il :
Demain, le Seigneur fera savoir qui est digne de Lui, il
s'agit du peuple appartenant à D'ieu; qui est le saint
qu'il admet auprès de lui, c'est le tsaddiq qui
est proche de D'ieu; enfin celui qu'Il aura élu,
s'Il le laisse approcher de Lui, ce sera donc lui le saint.
En les entendant,
Mochè, se jeta sur sa face.
Mochè
entendit,
Le Talmoud(25)
demande: «qu'a-t-il au juste entendu? Ils le suspectèrent
d'avoir commis l'adultère.» Comment peut-on affirmer
une telle chose? Mais le Talmoud dit par ailleurs(26) :
«Quiconque se montre orgueilleux sera amené à
commettre l'adultère.» Plus loin il affirme même :
«Comme s'il avait commis toutes les impudicités.»
Mochè,
apprenant qu'on l'accuse d'orgueil «Pourquoi vous érigez-vous
en chefs de l'assemblée du Seigneur?», comprend
que leur reproche va plus loin. Mais si un tel reproche se justifie,
l'effet immédiat serait donc que l'assemblée n'est
plus l'assemblée du Seigneur, autrement dit sainte.
Elle perdrait, par leur faute, cette qualité(27).
Rachi s'étonne
à juste titre du comportement de Qorah. Il tente d'en
connaître les véritables mobiles : «Qorah
qui, cependant était intelligent, par quoi se laissa-t-il
entraîner à cette folie?»
Imrè
Chammaï souligne, pour sa part, que l'attitude de Qorah
est incompréhensible. Étant condamné à
ne point réussir, pourquoi cette folie? En effet, le Talmoud(28),
relatant le différend qui oppose Rabbane Gam'lièl
à Rabbi Yéhochouâ, précise qu'en destituant
Rabbane Gam'lièl de son poste de président du Sanhèdrine,
on ne le remplace point par son adversaire. Ainsi, quand bien même
Qorah réussirait à destituer Mochè et
Aharone, il n'avait point de chance de les remplacer.
Pourquoi donc
cette folie? Qorah qui était pourtant sage et perspicace
s'était laissé emporter par son orgueil. S'il conteste
l'autorité de Mochè c'est, comme le dit le Midrache(29),
à cause d'une fausse perception de la réalité.
Car voyant le prophète Chémouèl, son descendant,
égaler à la fois Mochè et Aharone, il conclut
vite à son rôle prépondérant au sein
d'Israël. Une telle tragédie, seul l'orgueil peut y
mener.
1.
Bé-midbar 16, 1-4.
2.
Tanhouma, Qorah paragr. 3.
3.
id. 16, 35.
4.
id. 16, 27.
5.
ibid 16, 33.
6.
Bérèchit 49, 6.
7.
Divrè ha-Yamim I 6, 22-23.
8.
Bé-midbar 3, 29.
9.
id. 2, 10.
10.
ibid. 2, 3 et suivants.
11.
Bé-midbar 3, 38.
12.
Téhillim 60, 9.
13.
Divrè ha-Yamim I 12, 33.
14.
Chofétim 5, 14.
15.
Bé-midbar Rabba chap. 18, paragr. 3.
16.
Chémot 20, 2.
17.
Tanhouma sur la sidra, paragr. 5.
18.
Bé-midbar 16, 6.
19.
Sanhèdrine 109b, sur Bé-midbar 16, 1.
20.
Yitshar, , dérive de tsahorayim, ,
après-midi.
21.
N.B. Qaho, , faire grincer.
22.
N.B. Le midrache rapproche Léwi de léwaya,
accompagnement.
23.
N.B. Il entend poursuivre son explication même si le
texte avait mentionné également Yaâqov, car
ce nom dérive de âqov, détourner.
24.
Bérèchit 49, 6.
25.
Sanhèdrine 110a.
26.
Sota 4b.
27.
cf. Kéli Yaqar sur le texte.
28.
Bérakhot 27b.
29.
Tanhouma sur la sidra paragr. 5.