«Puis il parla à Qorah et à toute sa faction, en ces termes : «Demain, le Seigneur fera savoir qui
est digne de Lui, qui est le saint qu'Il admet auprès de Lui, celui qu'il aura élu, il le laissera
approcher de Lui. Faites ceci : munissez-vous d'encensoirs, toi Qorah, et tout ton parti; mettez-y
du feu et remplissez-les de parfum, devant le Seigneur, demain : or, l'homme que distinguera le
Seigneur, c'est celui-là qui est saint. Assez donc, enfants de Léwi!»
Et Mochè dit à Qorah : «Or, écoutez, enfants de Léwi. C'est donc peu pour vous que le D'ieu
d'Israël vous ait distingués de la communauté d'Israël, en vous admettant auprès de Lui pour
faire le service du tabernacle divin, et en vous plaçant en présence de la communauté pour la
servir? Il t'a donc approché de Lui, toi et tous tes frères, les enfants de Léwi, et vous réclamez
encore le sacerdoce! En vérité, toi et toute ta bande, c'est contre l'Ét'ernel que vous vous êtes
ligués; car Aharone, qu'est-il, pour que vous murmuriez contre lui?(1)»
Qorah
agit, dans sa révolte contre Mochè et Aharone, de
manière insidieuse et efficace. Il décide du moment
de la révolte. Au lendemain de l'épidémie décimant
les coupables de soulèvement consécutif à la
faute des méraguélim, Qorah passe à
l'attaque. Il s'attend à un manque de soutien à Mochè
car on lui reproche de n'avoir rien entrepris pour apaiser la colère
divine.
De plus, il
choisit également ses alliés. Les fils de Réoubène,
privés du droit d'aînesse, sont prêts à
l'insurrection pour rétablir leur situation. Qorah
n'admet pas, lui aussi, que Mochè nomme à la tête
de la famille de Qéhate, Èlitsafane, fils de Ôuzièl,
à sa place.
Ses arguments,
bien que spécieux et démagogiques, frappent l'imagination
du peuple. L'esprit de révolte s'empare du camp. Que faire
d'un Kohène Gadol? Pourquoi un grand prêtre
quand toute l'assemblée est sainte. Tout Israël a entendu
D'ieu proclamer(2) : «Je
suis l'Ét'ernel ton D'ieu» au mont Sinaï.
Seul D'ieu doit diriger le peuple. Rien ne justifie la présence
d'un roi, Mochè, et d'un Kohène Gadol, Aharone.
La réponse de Mochè, importante certes, est analysée
par le Midrache(3).
Abordant le
texte(4) :
«Puis
il parla à Qorah et à toute sa faction, en
ces termes : «Demain matin, le Seigneur fera savoir qui
est digne de Lui, qui est le Saint qu'il admet auprès de
Lui; celui qu'il aura élu, il le laissera approcher de Lui.»,
il rapporte :
Pourquoi
les renvoie-t-il [au lendemain] matin? Pour Mochè, leurs
propos ont sûrement été dits sous l'effet du
boire et du manger. Envisageant l'éventualité d'un
repentir, [Mochè] les repousse disant :
«au
matin, le Seigneur fera savoir...»
[Mochè]
dit : Je ne suis pas autorisé à pénétrer
[dans la Tente d'assignation], non en raison des sacrifices et des
libations [offerts en ce moment], mais plutôt parce qu'il
est, pour nous, l'heure de manger et de boire.»
Autre
explication : Mochè leur dit :
Le Saint
béni soit-Il a imprimé des limites à son monde.
Pourriez-vous confondre le jour et la nuit contrairement à
l'affirmation du texte(5) :
«Il
fut soir, il fut matin...Et Il établit une distinction entre
la lumière et les ténèbres...»
pour les besoins du monde. Distinguant la lumière des ténèbres,
ainsi Il sépare Israël des autres peuples tel qu'il
est dit(6) :
«Et
Je vous ai séparés d'avec les peuples pour que vous
soyez à Moi.» Il distingue également
Aharone ainsi qu'il est dit(7) :
«Aharone
et ses fils, revêtus pour toujours de fonctions éminemment
saintes, formaient une classe à part...» Si
donc vous arrivez à confondre, annulant cette distinction,
la lumière et les ténèbres, vous pourrez également
annuler la distinction [de Aharone]. Pour cette raison, il leur
dit :
«Au
matin, le Seigneur fera savoir qui est digne de Lui, qui est le
Saint qu'Il admet auprès de Lui...» Il est
déjà désigné «celui qu'Il
aura élu, Il le laissera approcher de Lui!..»
Pour le midrache,
Mochè, mettant la révolte sur le compte du vin, tente
de repousser Qorah au lendemain. La nuit aurait apaisé
les esprits. Pour nos maîtres, Qorah, ayant invité
les 250 présidents des Sanhèdrines à un grand
festin, s'assure, par ce biais, de leur appui.
Mochè
sait que les paroles de Qorah, quoique subversives, sont
la conséquence d'un festin arrosé de vin qui peut
détourner le coeur et l'esprit de l'homme. Il émet
donc le souhait de voir Qorah et son assemblée réaliser
un véritable repentir.
Les mobiles
de Qorah ne sont point désintéressés.
La frustration ressentie après la nomination d'Èlitsafane
conduit Qorah à un geste aussi inconsidéré
que désespéré. Peut-être, après
réflexion, finira-t-il par se calmer et surtout se ressaisir.
Dans une querelle,
encore plus lors d'une révolte, les enchères, les
exigences et les conditions, les plus folles et les plus injustifiées,
sont avancées. Qorah s'attend que Mochè ait
recours à D'ieu. Mais Mochè le renvoie au lendemain.
Il ne convient pas non plus de chercher à connaître
la volonté divine à un moment où l'on se lève
de table. Communiquer avec D'ieu sous-entend le détachement
de la matière.
Par cette remarque,
Mochè indique que toute révolte contre lui et Aharone
s'adresse, en réalité, à D'ieu. D'ailleurs,
il est tout à fait significatif de voir Mochè réagir,
aux propos de Qorah, avec dignité et détachement.
Tout se passe comme si Mochè ne se sent point concerné
par de tels propos. Cela seul suffirait pour alerter Qorah
et le dissuader de poursuivre son projet néfaste et malheureux.
La seconde explication
que propose le midrache est plus explicite sur les intentions
de Qorah. Mochè répond à ses assertions
en invoquant l'oeuvre créatrice de D'ieu. Le matin est différent
de la nuit. L'un est le règne de la lumière, l'autre
est celui des ténèbres. Tous deux, participant à
la Création, sont nécessaires au monde. Mais l'on
ne peut imaginer un règne où se confondent les deux
principes. L'existence du monde elle-même pourrait être
remise en cause. Assimiler le hol, profane,
au qodèche, saint, ne ferait que mener
le monde à sa propre destruction. Ces frontières sont
nécessaires et importantes. Que peut Qorah face à
l'existence de telles limites?
Qorah
admet que la nature comporte des principes aussi distincts :
lumière et ténèbres, jour et nuit. Il comprend
également qu'Israël soit distinct des autres peuples.
Cette distinction venant à disparaître, l'existence
d'Israël et, par suite, celle du monde seraient remises en
cause. La distinction d'Israël obéit à une loi
nécessaire, à une condition sine qua non pour que
l'oeuvre divine ait une existence.
La distinction,
établie au niveau de la nature et des peuples, rend nécessaire
une autre distinction au sein d'Israël lui-même.
Aharone et
ses fils sont des Kohanim. Ils ont la charge des choses
saintes. Israël ne saurait oser, sous peine de mort, se charger
des fonctions et de la mission d'Aharone. Nul ne peut prétendre
également le supplanter et le remplacer.
Pourquoi s'attaquer
alors à Aharone quand la raison veut qu'il soit impossible
de changer ou annuler les lois de la nature. Aharone trouve sa place
dans l'économie générale de la Création.
D'ieu l'a choisi. Il est l'élu parce qu'il est saint. Et
si c'est D'ieu qui l'a élu et approché de Lui, toute
révolte contre Aharone est une révolte contre D'ieu.
Le midrache(8)
poursuit :
«Ainsi
leur dit Mochè : Si Aharone, mon frère, s'était
emparé de la Kéhounna, vous auriez bien agi de vous
soulever contre lui. Mais, à présent que le Saint
béni soit-Il lui a accordé dignité et puissance,
la royauté étant à Lui, quiconque s'insurge
contre Aharone, n'est-ce pas qu'il se révolte en fait contre
le Saint béni soit-Il?» C'est pourquoi il est écrit(9) :
«Car
Aharone, qu'est-il pour que vous murmuriez contre lui?»
Viens voir la piété d'Aharone le juste. Lorsque Mochè
avait versé sur sa tête l'huile d'onction, Aharone,
tremblant et saisi de frayeur, dit : «Mochè, mon
frère! Peut-être suis-je inconvenant pour l'onction
et, de ce fait, je commets un sacrilège en me servant de
l'huile [sainte] qui me rend passible de mort par retranchement,
karète?»
Le Saint
béni soit-Il avait dit en effet(10) :
«[L'huile
d'onction] ne doit point couler sur le corps du premier venu...»
Mais le texte atteste(11) :
«Ah!
qu'il est bon, qu'il est doux à des frères de vivre
dans une étroite union! C'est comme l'huile parfumée
sur la tête qui découle sur la barbe, la barbe d'Aharone,
et humecte le bord de sa tunique; comme la rosée du Hèrmone
qui descend sur les monts de Sion...!»
Il compare
l'huile d'onction à la rosée du Hèrmone.
De même qu'il n'y a point de sacrilège [à se
servir] de la rosée du Hèrmone, ainsi n'y aurait-il
pas de sacrilège pour l'huile qui coule sur Aharone. Aussi,
pour cette raison, le texte souligne-t-il «C'est contre
l'Ét'ernel que vous vous êtes ligués.»
Ce texte établit
de manière précise la piété d'Aharone.
Il mérite d'être promu par D'ieu aux fonctions de Kohène
Gadol. Quiconque se soulève contre lui sait qu'il se
révolte, en vérité, contre D'ieu. Mochè
s'efforce en vain à faire comprendre cela à Qorah
et à son assemblée.
Puis il
parla à Qorah et à toute sa faction, en ces
termes : «Demain, le Seigneur fera savoir qui est digne
de Lui, qui est le saint qu'Il admet auprès de Lui, celui
qu'il aura élu, il le laissera approcher de Lui.
Puis
il parla à Qorah et à toute sa faction, en
ces termes;
S'adressant
à Qorah et à son assemblée, Mochè
livre deux messages. Le premier intéresse Qorah qui
conteste la Kéhounna et le choix d'Aharone; le deuxième
s'adresse aux fidèles de Qorah. Ceux-ci devaient se
munir le lendemain d'encensoirs pour offrir l'encens à D'ieu.
L'intention
de Mochè, selon Rav Alchèkh, est de bien préciser
qu'il ne cherche nullement à défendre ses prérogatives
et son honneur. Il demande uniquement que D'ieu désigne Son
élu. En parlant ainsi, Mochè tente d'éviter
surtout que le peuple ne sympathise avec la cause de Qorah.
Ce qui, en soi, est grave pour le peuple.
Mais Sforno,
s'appuyant certes sur le sens de dabbèr, parler
durement, dit que Mochè signifie à Qorah
et à sa faction qu'il saisit bien le but de leur complot.
Devant une telle situation, ils ne peuvent compter évidemment
sur l'effet de surprise.
Au
matin, le Seigneur fera savoir qui est digne de Lui.
Or ha-Hayim
s'interroge sur le report au lendemain matin, au lieu de chercher,
par la même offrande faite à ce moment précis,
à prouver le choix divin. Pour lui, la raison réside
dans le fait que l'offrande de l'encens du soir se fait à
un moment où la rigueur divine, règne. Le
peuple trouverait à redire et ne manquerait pas de reprocher
à Mochè ce choix comme inconvenant.
Le soir, selon
le Zohar(12), est le temps de la
rigueur. Le peuple condamnerait Mochè pour l'avoir choisi,
sachant d'avance qu'il leur est défavorable.
Or ha-Hayim,
d'accord avec le midrache, pense que Mochè donne
un délai de réflexion à Qorah et à
son assemblée pour réaliser leur repentir.
Toutefois selon
le midrache(13), Mochè
signifie également à Qorah que la nature elle-même,
dans son ensemble, est en désaccord avec cette révolte.
Elle ne mène, en fait, qu'au chaos et à la destruction
du monde. Le midrache s'exprime ainsi :
«Raba
enseigne : quel est le sens du texte(14) :
«Le
soleil, la lune s'arrêtent dans leur orbite, à la lumière
de tes traits qui volent, à la clarté fulgurante de
ta lance»? Il indique que le soleil et la lune, s'étant
retirés à Zéboul,
un des sept cieux, dirent :
«Maître
du monde, si Tu fais justice au fils de Âmram, nous sortirons!
Sinon, nous nous retirerons. Alors, Il les a pourchassés
de ses flèches, ainsi qu'il est dit :
«À
la lumière de tes traits, ils marchent.»
Le Saint
béni soit-Il leur dit : «Vous n'avez jamais défendu
Mon honneur. En revanche, vous défendez l'honneur d'un être
humain. Depuis, ils ne sortent qu'une fois pourchassés.»
Ainsi donc,
si Mochè les repousse au lendemain matin, c'est pour signaler
le risque de voir le soleil refuser d'accomplir son devoir. La lune
elle-même ne peut refuser qu'en accord avec le soleil puisque
sa clarté n'est que le reflet de l'éclat du soleil.
Pour Kéli
Yaqar, le terme boqèr, au matin, n'est
nullement un complément circonstanciel de temps qui indiquerait
donc le moment où la preuve du choix divin sera établie.
Ce serait plutôt un sujet : «le matin
établira qui a raison dans cette querelle.»
Qorah
conteste à la fois la prêtrise et les offrandes faites
aux Kohanim(15). Pour lui,
Aharone s'est arrogé le droit de prélèvements
et d'offrandes. Mais, après la disparition de Qorah,
D'ieu vient instituer de manière non équivoque ce
droit à Aharone. Le texte dit(16) :
«Moi-même aussi, Je te confie le soin de mes offrandes.»
Rachi explique :
«Hinnè,
voici Je te confie, exprime la joie, comme
à propos de(17) :
«Voici,
hinnè, déjà [Aharone] s'avance à ta
rencontre et, à ta vue, il se réjouira dans son coeur.»
Ces offrandes,
D'ieu les confie à Aharone à un moment de la journée
où règne la joie. Il s'agit du
matin comme Rachi le dit à propos de la
manne(18) qui tombait le
matin. Pour Mochè, Qorah saura, contrairement
à ce qu'il prétend, que les offrandes consenties à
Aharone ne sont pas seulement un droit divin, mais elles lui furent
attribuées avec joie.
Mochè
est, certes, contraint à fournir ces justifications car il
comprend qu'on le suspecte d'avoir, de son propre chef, accordé
ces prérogatives à Aharone. Aussi dira-t-il à
juste raison(19) : «Je
n'ai jamais pris à un seul d'entre eux son âne, je
n'ai jamais fait de mal à un seul d'entre eux.»
Mochè atteste donc qu'il n'a jamais reçu un présent
corrupteur pour nommer l'un d'entre eux à une fonction, ni
fait du mal pour obtenir ce présent.
Qui
est digne de Lui,
Pour Rachi,
la dignité désigne le service des Léwiim.
Qui
est saint,
La sainteté
désigne le service de Kéhounna.
Or ha-Hayim
trouve injustifié que l'on mentionne la contestation des
Léwiim quand seule la Kéhounna d'Aharone
est visée.
En vérité,
Qorah s'allie aux représentants de Réoubène
pour revendiquer pour eux le droit d'aînesse dont ils furent
privés au profit des Léwiim. En effet, D'ieu
écarte les aînés du service au Bèt
ha-Miqdache après la faute du veau d'or.
En outre, celui
qu'Il aura élu, Il le laissera approcher de Lui,
précise les deux niveaux de revendication de Qorah
à propos d'Aharone.
Le premier,
Aharone ne mérite pas cette dignité car de bien plus
convenables et plus parfaits que lui se trouvent parmi le peuple.
Le deuxième,
il existe, sans doute, dans le peuple des personnes capables de
le seconder dans son service.
Ainsi, pour
Or ha-Hayim, Mochè souligne-t-il :
«Aharone
est digne, déjà dès la Création,
de servir D'ieu. De plus, Aharone est saint car
il s'est sanctifié. Il a donc un mérite personnel.
Pour ces deux raisons, Aharone constitue le choix définitif
de D'ieu. Quant à le seconder, D'ieu seul choisira celui
qu'Il aura jugé de servir.»
Faites ceci :
munissez-vous d'encensoirs, toi Qorah, et tout ton parti;
mettez-y du feu et remplissez-les de parfum, devant le Seigneur,
demain : or, l'homme que distinguera le Seigneur, c'est celui-là
qui est saint. Assez donc, enfants de Léwi!
Faites
ceci : munissez-vous d'encensoirs, toi Qorah et tout
ton parti.
Rachi, citant
Tanhouma, dit :
«Pour
quelle raison [Mochè] leur dit-il cela? Il les avertit :
«C'est dans les moeurs des peuples d'avoir de nombreux rites
et de nombreux prêtres qui ne se rassemblent pas tous dans
le même temple.
Quant à
nous, nous n'avons qu'un seul
D'ieu, une arche sainte, une Tora,
un autel et un grand prêtre.
Et vous, 250 hommes, demandez la kéhounna Guédola,
Je me déclare d'accord. Voici pour vous le service le plus
estimé : la combustion de l'encens qui est le sacrifice
le mieux apprécié. Mais un poison s'y trouve par lequel
Nadav et Abihou ont été brûlés».
C'est pourquoi il les avertit :
«Or
l'homme que distinguera D'ieu, c'est celui qui est saint.»
Il est déjà
dans son état de sainteté. Toutefois ne savons-nous
pas que celui que D'ieu choisira est saint? Mochè précise :
Je vous en avertis afin que vous ne vous rendiez pas coupables,
celui qu'Il choisira en sortira vivant, et vous tous périrez.»
Pour Haâmèq
Davar, Mochè leur demande de passer aussitôt à
l'acte en se munissant d'encensoirs afin de procéder à
l'examen qui révèlera l'identité du Saint,
autrement dit du Kohène Gadol.
Mettez-y
du feu et remplissez-les de parfum, devant le Seigneur, demain .
Haâmèq
Davar remarque que le texte souligne ba-hène,
dans les encensoirs, et non âlè-hène,
par-dessus, afin que les encensoirs soient pleins de braises
comme au jour le plus saint de l'année, Yom Kippour.
Devant
le Seigneur,
Tout sera dévoilé
le lendemain car celui qui est saint sera choisi. Les autres périront.
Assez,
enfants de Léwi.
Mochè
les avertit de nouveau afin de leur éviter une mort certaine.
La tribu de Léwi sert déjà dans le Temple.
Elle ne peut prétendre à un autre service. La Léwiya
est pour les enfants de Léwi et non la Kéhounna.
Pour Rav Alchèkh,
Mochè s'attend à un sursaut de conscience des descendants
de Réoubène. Étant simplement des Yisraèl,
ils ne sauraient se servir des encensoirs, réservés
exclusivement aux Kohanim.
Voyant qu'ils
perdent toute son estime, Mochè leur dit assez, enfants
de Léwi, , autrement dit, il est grave de prétendre
passer de Léwi à Kohène.
Ceci étant, il serait encore plus grave pour ces représentants
de Réoubène qui veulent sauter du niveau de Yisraèl
à celui de Kohène.
En outre, assez,
enfants de Léwi, est un cri de douleur qu'exprime Mochè
face à la révolte des fils de Léwi qui ne l'avaient
jamais habitué auparavant à une telle attitude de
révolte.
Pour le péché
du veau d'or, ce sont eux qui se sont rassemblés autour de
Mochè pour exécuter les coupables d'idolâtrie.
Lors de la révolte
des explorateurs, les fils de Léwi s'étaient opposés
au retour des Bénè Yisraèl en Égypte.
Mochè
s'attend donc à un repentir sincère des Léwiim.
Mais il n'espère pas pouvoir agir sur les 250 alliés
de Qorah.
Et Mochè
dit à Qorah : «Or, écoutez, enfants
de Léwi. C'est donc peu pour vous que le
D'ieu d'Israël vous ait distingués de la communauté
d'Israël, en vous admettant auprès de Lui pour faire
le service du tabernacle divin, et en vous plaçant en présence
de la communauté pour la servir? Il t'a donc approché
de Lui, toi et tous tes frères, les enfants de Léwi,
et vous réclamez encore le sacerdoce!
Mochè
dit à Qorah : «Or, écoutez, enfants
de Léwi».
Rambane souligne
que les propos de Mochè s'adressent à la fois à
Qorah et à toute la tribu de Léwi. Le but est
de leur adresser des paroles conciliantes afin de circonscrire la
révolte. Mochè veut à tout prix éviter
que d'autres tribus rejoignent Qorah. Il mesure la gravité
de leur révolte qui pourrait emporter des innocents. L'avertissement
de l'encens à lui seul aurait suffi à Qorah
pour se retirer à temps.
Pour Rav Alchèkh,
en s'adressant à Qorah en présence de toute
sa tribu, Mochè veut le contraindre à renoncer à
sa prétention à la Kéhounna. En disant
en présence de Qorah «Écoutez, enfants
de Léwi!», Mochè lui fait un procès
d'intention car il n'est pas exact que toute l'assemblée
soit sainte comme il tente de le faire croire. En admettant même
que Mochè soit coupable d'avoir désigné, de
son propre chef, Aharone aux fonctions de Kohène Gadol,
il n'y a point de raison à voir la tribu de Léwi distinguée
de toutes les tribus d'Israël! Aussi, souligne-t-il :
C'est
donc peu, pour vous, que le D'ieu d'Israël vous
ait distingués de la communauté d'Israël?
Est-ce donc
peu, mikhèm, de vous, . Il est surprenant
que le texte emploie mikhèm, de vous,
et non la-khème, pour vous!
Mochè
souligne la gravité de cette révolte. Il est indécent
pour un homme gratifié d'un privilège, qu'il réclame
un privilège encore plus grand. Les Léwiim
sont chargés de la fonction de Léwiya, il
n'est point correct qu'ils réclament celle de la Kéhounna.
Et Kéli
Yaqar d'ajouter que Méâte, être
peu nombreux, précise que la tribu de Léwi est
la moins nombreuse parce qu'elle s'occupe des choses saintes. L'arche
les décimait. Mochè s'étonne qu'elle veuille
encore la Kéhounna au risque de voir sa tribu diminuée
davantage. Et si Aharone arrive à se maintenir malgré
le danger que représente une telle fonction, c'est bien parce
qu'il est modeste et humble.
En
vous admettant auprès de Lui pour faire le service du tabernacle
divin.
parce qu'étant
D'ieu de tout l'ensemble d'Israël, en toute égalité,
la tribu de Léwi doit concevoir, dit Rav Alchèkh,
qu'Il la distingue de toute la communauté, pour l'admettre
auprès de Lui pour faire le service du tabernacle divin,
et la placer en présence de la communauté pour Le
servir.
Il
t'a donc approché de Lui...
Or ha-Hayim
remarque le passage du terme hivdil, , Il t'a distingué,
à celui de waya-qrèb, Il t'a approché.
Il y a donc
deux niveaux d'élection. Le premier, la
tribu de Léwi est distincte de tout Israël et le deuxième
est celui de Qéhate choisi d'entre tous les Léwiim
pour s'occuper de tous les objets appartenant au Saint des Saints.
C'est comme si l'élection de Léwi ne tient que sur
celle de Qéhate. Aussi dit-il «Il t'a donc approché
de Lui, et tous tes frères enfants de Léwi
avec toi». Cependant, vous réclamez
encore la Kéhounna!
Qorah
ne doit pas s'insurger, selon Rav Alchèkh, contre la dignité
et les prérogatives d'Aharone. Il ne peut réclamer
pour lui la Kéhounna puisqu'il n'a rien de plus
que tous les autres fils de Léwi. Il ne saurait également
la réclamer pour la tribu de Léwi. Il y a donc impossibilité
de gravir les échelons de Léwiya à
Kéhounna.
En vérité,
toi et toute ta bande, c'est contre l'Ét'ernel que vous vous
êtes ligués; car Aharone, qu'est-il, pour que vous
murmuriez contre lui?
En
vérité, toi et toute ta bande, c'est contre l'Ét'ernel
que vous vous êtes ligués.
Mochè
révèle que Qorah ne remet pas en cause Aharone,
humble et modeste, ne cherchant aucune prérogative. Mais
il s'insurge contre l'Ét'ernel Lui-même qui l'a désigné.
Mochè ne peut donc souscrire aux propos de Qorah qui
prétend défendre les intérêts divins.
Mochè
s'adresse tout le long à Qorah. Mais Qorah
ne réagit à aucun moment. Il oppose un silence méprisant
pour ne pas donner prise à Mochè de démonter
toute sa position devant ses alliés.
La haine secrète
le gène de la division. Même les paroles apaisantes
et conciliantes de Mochè faisant appel au bon sens et à
la discipline, ne sont d'aucun effet sur Qorah qui sera prêt
à tout perdre et à mettre en danger toute sa communauté
par haine et par jalousie.
1.
Bé-midbar 16, 5-11.
2.
Chémot 20, 2.
3.
Bé-midbar Rabba chap. 18, paragr. 6.
4.
Bé-midbar 16, 5.
5.
Bérèchit 1, 5.
6.
Wayi-qra 20, 26.
7.
Divrè ha-Yamim I 23, 13.
8.
Bé-midbar Rabba chap. 18, paragr. 8.
9.
Bé-midbar 16, 11.
10.
Chémot 31, 32.
11.
Téhillim 133, 1, 2 et 3.
12.
II, 33b.
13.
Tanhouma sur Qorah, paragr. 11.
14.
Habaqouq 3, 11.
15.
Yalqout 16, 1.
16.
Bé-midbar 18, 8.
17.
Chémot 4, 14.
18.
id. 16, 7.
19.
Bé-midbar 16, 15.