Au commencement,
D'ieu avait créé le ciel et la terre. Or, la terre n'était
que solitude et chaos; des ténèbres couvraient la face
de l'abîme, et le souffle de D'ieu planait sur la face des eaux.
D'ieu dit : Que la lumière soit! Et la lumière fut.
D'ieu considéra que la lumière était bonne, et
il établit une distinction entre la lumière et les ténèbres.
D'ieu appela la lumière Jour, et les ténèbres,
il les appela Nuit. Il fut soir, il fut matin, un jour Bérèchit
1, 1-5..
Bérèchit
est la première sidrade la Tora. La Tora s'ouvre
sur le récit de la création du monde. Selon le Midrache Rabba
rapporté par Rachi, il n'était point nécessaire de commencer la
Tora par le récit de la création. Étant surtout le livre
où sont édictées les règles et les lois du judaïsme, la Tora
aurait dû débuter par la première loi Chémot 12, 2. : Ce mois-ci
est pour vous le commencement des mois; il sera pour vous le premier
de l'année. Toutefois en relatant la création du monde, la
Tora tient à présenter notre Souverain Roi auquel nous
devons obéissance puisque c'est Lui l'auteur du monde et son Créateur.
Par ailleurs, s'appuyant
sur le texte Téhillim 111, 6. : La puissance de ses hauts faits,
il l'a révélée à son peuple le Midrache
Tanhouma, affirme que l'intention du créateur était
de prouver aux peuples qu'Israël ne les a nullement spoliés
de leur terre mais c'est le Maître du monde qui, les ayant dépossédés
de leur pays, l'a donné à Israël.
Cependant même
si nous devions admettre avec le Tanhouma que l'intention
de la Tora était de faire taire tout argument des nations
contre Israël, une difficulté subsisterait. Car quand bien
même ces peuples auraient confiance et foi absolues en D'ieu, il
n'en demeure pas moins qu'une donation reste toujours une donation qu'on
ne peut reprendre avec autant de facilité. Une donation est comme
une vente, irrévocable et inaliénable.
Mais le Chélah
ha-Qadoche, explique à propos du verset Dévarim 4,
39. : Reconnais à présent, et imprime-le dans ton coeur,
que l'Ét'ernel seul est D'ieu, dans le ciel en haut comme ici-bas
sur la terre, qu'il n'en est point d'autres!que l'intention du texte,
n'étant pas de nous convaincre de l'unicité de D'ieu, chose
que nous savions déjà par Dévarim 6, 4. : Écoute
Israël, l'Ét'ernel notre D'ieu, l'Ét'ernel est un,
consiste en fait à affirmer que la présence divine dans
le monde est la présence par excellence qui maintient l'existence
du monde. C'est ainsi que la présence divine donne la vie à
tout ce qui existe comme dit le texte Néhèmya 9, 6. : Tu
donnes la vie à tous les êtres.
Rambam, dira
également dans le Guide des Égarés Guide des Égarés vol. I chap.
72., D'ieu est appelé vie des mondes car c'est
Lui qui les fait vivre et, s'il retirait Sa Providence ne serait-ce
qu'un instant, ce sera la fin du monde. En effet, lorsqu'un artisan
crée un objet, l'objet créé continue d'exister indépendamment de
son auteur, tandis que le monde, même une fois créé, continue à
dépendre du D'ieu créateur.
Aussi pour cette raison
le Tanhouma base-t-il toute sa preuve sur le texte : La
puissance de ses hauts faits, il l'a révélée à
son peuple pour nous signaler que la puissance que renferme chaque
acte et chaque fait divins, D'ieu les révèle à son
peuple. Dans une telle perspective qui fait du peuple d'Israël le
partenaire, ou tout au moins l'interlocuteur privilégié
du Créateur, la donation du pays de Kénaâne faite
aux sept peuples ne pouvait en aucune manière être considérée
définitive et inaliénable. Cette donation était provisoire,
momentanée car la terre dépendait et continue à dépendre
de la Providence qui s'applique à elle d'une manière particulière.
Une donation fait que le donateur n'a plus de prétention sur l'objet
donné duquel il se détache complètement et définitivement.
Ce ne fut nullement le cas du pays de Kénaâne.
Le récit de
la création a ceci de particulier c'est qu'il nous renseigne sur
la raison principale qui avait motivé la création. Le Midrache
Rabba, rapporté par Rachi, affirme :
À cause
de la Tora appelée rèchite, tel qu'il
est dit Michelè 8, 22. :
L'Ét'ernel
me créa au début, rèchite, de son action
et à cause d'Israël appelé aussi rèchite
tel qu'il est dit Yirmiya 2, 3. : Israël est une chose sainte,
appartenant à l'Ét'ernel, les prémices, rèchite,
de sa récolte...... que le monde a été créé.
Pour que la création
puisse se maintenir Israël doit s'engager à étudier
la Tora et à réaliser toutes les mitswot,
. Israël est donc le garant de la création. Ce qui confirme
les paroles du Talmoud Âvoda Zara 3a et Chabbat 88a., que la création
a été soumise à la condition expresse qu'Israël
accomplisse la Torasinon le monde serait réduit à
néant.
Au commencement,
D'ieu avait créé le ciel et la terre.
Ce texte suscite quelques
remarques. Ainsi, pour quelle raison la Toracommence-t-elle
par Bèt, et non Alèf ?
Bérèchit,est
à l'état construit, un génitif, autrement dit, au
commencement de.. la Tora n'indique pas le nom qu'il complète.
Comment donc comprendre l'emploi de cette forme?
Èl'ohim
: plus tard Bérèchit 2, 4. le texte dira : l'Ét'ernel
D'ieu, Pourquoi ce changement?
La Tora
commence par Bèt, parce que le roi Chélomo, dans son livre
Qohèlète, compare la Tora au soleil qui éclaire
la terre à partir de trois directions, Est, Sud, Ouest; le Nord
n'est jamais visité par le soleil. Tel le Bèt, limité dans
trois directions, mais la quatrième, toujours ouverte, que seule
la Tora arrive à fermer, ainsi quiconque veut contester
la Tora, s'expose aux tentations et aux attaques du yètsèr
ha-râ, appelé tséfoni, l'originaire du nord.
Mais quiconque désire échapper à ces attaques, la Torasera
là pour l'aider.
Les Pirqè
de Rabbi Èliêzèr, et le Zohar, rapportent comment
le Créateur avait écarté chacune des lettres de l'alphabet pour
débuter la Tora, invoquant pour chacune la raison de son
refus. Le choix s'étant arrêté sur la lettre Bèt, Alèf,
avait marqué son mécontentement. D'ieu le console en le gratifiant
du privilège d'être placé en tête du décalogue. Anokhi,
commence, en effet, par Alèf. Mais le choix divin s'était
porté sur Bèt parce qu'elle débute le mot Bérakha,
bénédiction, alors que Alèf est le début de arour,
malédiction. La création du monde se situe donc au niveau
de la bénédiction.
Zéqènim
mi-Baâlè ha-tosséfot, font remarquer que le terme
bérèchit, est composé de six
lettres rappelant les six jours de création. Le
verset se compose de sept mots correspondant aux septjours
de la semaine. Et le nombre total des lettres qui composent ce verset
est de 28 faisant référence aux
28 jours du mois. Ce verset renferme six fois la lettre Alèf
qui se lit Èlèf, millénaire, attirant l'attention
sur la durée du monde de la création qui est de 6000 ans.
Au commencement
de... ,le texte ne dit pas au commencement de quoi.
C'est pourquoi le midrache rapporté par Rachi propose
comme lecture du verset Bé = bichevil, à cause
d'un rèchite, et rèchites'explique par
Tora et Israël. En d'autres termes, à cause de
la Tora et d'Israël, D'ieu créa..
Mais le Targoum
Yérouchalmi Traduction araméenne de Jérusalem.,
traduit avec sagesse D'ieu créa... car le verset Téhillim
III, 10. dit : rèchite, le début de la sagesse, c'est la
crainte de l'Ét'ernel.
Selon le Targoum,
l'intention divine qui a présidé à la création est la sagesse autrement
dit la crainte de l'Ét'ernel. Aussi pour le Zohar, l'anagramme de
Bérèchit, est-il yéra Chabbat, crains le Chabbat.
Et qui craint le Chabbat craint le Créateur. Le but de la création
est donc que les créatures craignent l'Ét'ernel.
Èl'okim,
Au début, D'ieu avait l'intention de créer le monde par la
rigueur divine, middate ha-dine, mais comme il a vu que
le monde ne pouvait tenir sur la justice stricte, il lui a associé
la miséricorde, middate ha-rahamim, . Aussi le texte
dira-t-il par la suite Bérèchit 2, 4. :
Telles sont
les origines du ciel et de la terre, lorsqu'ils furent créés; à
l'époque où l'Ét'ernel, miséricorde, D'ieu,
justice, fit une terre et un ciel.
Toujours est-il impossible
de penser qu'un changement ait pu intervenir au niveau de la volonté
divine. Celle-ci a toujours voulu diriger son monde selon middate
ha-dine qui continue d'ailleurs à s'appliquer aux tsaddiqim,
en raison de leur aptitude à assumer à accepter la rigueur
divine. S'agissant des réchaîm, incapables d'y faire
face, le Créateur consent à lui adjoindre clémence
et miséricorde. C'est pourquoi il a été donné
au rachâ, la possibilité de s'amender et faire un
repentir. Car si le monde était dirigé seulement par middate
ha-dine, il n'y aurait pas eu de place aux réchaîm.
Ète
ha-chamayim wé-ète ha-arèts:
Ces deux éléments
ciel et terre ont été au début de la création. Pourtant chamayim,
se décompose en èche, feu et mayim, eau! Pourquoi
le texte ne donne-t-il pas d'information sur la création de ces
deux éléments constitutifs des cieux?
Ète
ha-chamayim,
Or ha-Hayim,
réfutant l'explication de Bérèchit comme
étant au commencement de la création du ciel et de la
terre tente de montrer la grandeur du Créateur qui, par le
premier verbe, la première parole Bérèchit,
avait tout créé. En effet, le contraire serait impossible
à comprendre étant difficilement en accord avec le texte.
Car chamayim est déjà composé de Èche,
feu, et mayim, eau, deux éléments qui n'étaient
point jusqu'alors créés. Il cite à l'appui le texte
du décalogue Chémot 20, 1. : Alors D'ieu prononça
toutes ces paroles, c'est-à-dire, Il avait dit en une
parole tous les dix commandements ce qu'aucune bouche ne peut exprimer.
Tout ce que le Créateur avait l'intention de créer le fut
à la première parole qui est Bérèchit.Aussi
le ète, qui accompagne les cieux et la terre signifie
ainsi que tout ce qu'ils renferment. Mais si D'ieu avait procédé
à d'autres créations durant les jours suivants, ce fut surtout
pour mettre de l'ordre dans son monde. Il en veut pour preuve le texte
Bérèchit 2, 13. :
D'ieu bénit
le septième jour et le proclama saint, parce qu'en ce jour il se
reposa de l'oeuvre entière qu'il avait créée [le
jour de la création] et organisée [pendant les six jours].
Or ha-Hayim
explique ainsi l'emploi de Bérèchit. Se basant
sur le texte Téhillim 33, 6. : Par la parole de l'Ét'ernel
les cieux se sont formés, par le souffle de sa bouche, toutes leurs
milice, il se demande comment nos Maîtres peuvent-ils affirmer
que les créatures célestes ont été créées
au deuxième jour pour éviter à l'homme l'erreur de
dire qu'elles ont contribué à la création du monde.
Le texte stipule, en effet, qu'elles ont été créées
par le souffle de sa bouche qui, lui, est antérieur et précède
la parole. Mais Bérèchit dont le sens est aussi
parole divineatteste que le Créateur a usé
de la parole avant le souffle afin que les êtres célestes
ne puissent pas dire qu'ils ont participé à la création.
Au début, les cieux et la terre furent créés par
la parole ce n'est qu'ensuite que furent créés les êtres
célestes par le souffle qui précède normalement la
parole.
Or, la terre n'était
que solitude et chaos; des ténèbres couvraient la face de
l'abîme, et le souffle de D'ieu planait sur la face des eaux.
La terre
était solitude et chaos,
Quel besoin de nous
renseigner sur ce que la terre était avant la création de
la lumière?
À partir des
six jours de la création, le monde n'a pas subi, il est vrai, de
changement. Le soleil continue toujours à se lever à l'Est
et se coucher à l'Ouest. Cette information devient nécessaire
car si les réchaîmcontribuaient par leurs mauvaises
actions à jeter le monde dans le chaos, ce ne sera nullement un
changement ni une nouveauté. Ce sera seulement le retour du chaos
originel. L'ordre de la Création ne sera maintenu que si Israël
et les tsaddiqim consentent à jouer ce rôle par
leur conduite et par l'étude de la Tora.
D'ieu dit : Que
la lumière soit! Et la lumière fut.
Et la
lumière fut,
Pour quelle raison
n'a-t-on pas dit et ce fut ainsi comme pour la plupart des choses créées?
Dans ce texte il est écrit cinq fois le terme Or, et dans
le texte traitant des luminaires, le quatrième jour, il est dit
cinq fois Maor, . Pourquoi?
Rambane remarque,
en effet, l'emploi de l'expression et la lumière fut au
lieu de ce fut ainsi. L'expression ce fut
ainsi suggère, dit-il, que la lumière initiale de la création
est celle que nous avons en ce moment alors qu'elle n'a été en service
que jusqu'au quatrième jour de la création, jour où furent créés
les luminaires.
Rachi dit que cette
lumière ne devait pas être au service des réchaîm,
c'est pourquoi D'ieu l'avait mise en réserve pour la fin des temps.
C'est cette voie qu'emprunte,
Maor Wa-Chèmèche. La Tora évite de préciser ce fut ainsi
pour ne pas risquer de voir les réchaîm utiliser cette
lumière destinée aux seuls tsaddiqim.
Ainsi pour cette raison
trouvons-nous cinq fois le terme or, lumière, le premier
jour et, parallèlement cinq fois le terme maor, luminaire,
le quatrième jour pour préciser que la lumière qui
est en service, celle produite par le soleil, la lune et les étoiles,
n'est que le reflet de cette première lumière qui est gardée
en réserve pour les tsaddiqim.
D'ieu considéra
que la lumière était bonne, et il établit une distinction
entre la lumière et les ténèbres.
Il établit
une distinction entre la lumière et les ténèbres.
Cette information
paraît de prime abord inutile puisque le jour sera le règne
de la lumière et la nuit celui des ténèbres. Pourquoi
alors l'avoir mentionnée?
Rachi explique qu'il
n'est point convenable ni esthétique que la lumière et les
ténèbres servent confusément.
Mais Sforno,
souligne, tout en étant d'accord avec l'opinion de Rachi, que le
jour et la nuit connaissent une distinction, pendant les quatre premiers
jours, par la seule volonté du Créateur. Pendant ces quatres
jours, la durée du jour et de la nuit a été marquée
non par l'exercice du soleil et de la lune qui n'étaient pas en
fonction, mais par la volonté divine.
D'ieu appela la
lumière Jour, et les ténèbres, il les appela Nuit.
Il fut soir, il fut matin, un jour.
Yom èhad,
un jour.
Pourquoi ne pas employer
yom richone, premier jour, comme pour les autres jours où
le nombre ordinal est employé?
En ce premier jour
D'ieu était unique en son monde. Kéli Yaqar, souligne qu'il
faut absolument affirmer l'unicité de D'ieu créateur du
jour et de la nuit pour combattre les croyances manichéennes qui
enseignent l'existence d'un dieu créateur de la lumière
distinct du créateur des ténèbres, dieu du mal distinct
du dieu du bien.
Pour nous, D'ieu est
èhad, unique. Il ne saurait exister d'autres divinités.
Au-delà du récit de la Création, la Tora
vise de nous imprégner de l'existence de D'ieu et de Sa Providence.
Aussi dans nos prières devons-nous mentionner le jour comme la
nuit que D'ieu est le créateur à la fois du jour et de la
nuit, de la lumière et des ténèbres.