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Au terme de l'étude du livre de Dévarim, l'intention première fut de s'en tenir à ses seules sidrot. Mais, l'usage consacré est de reprendre la lecture du premier passage de Bérèchit, aussitôt lu le dernier verset de Dévarim, pour montrer qu'à aucun moment l'on ne doit envisager la fin de l'étude de la Tora. Voilà qui explique la présence de ce chapitre. Le cycle de la Tora, tel un cercle, voit la fin constituer en même temps le début. La dernière lettre de Dévarim est lamèd, alors que la première de Bérèchit est bèt., Ensemble, elles composent le mot lèb, cur. Ainsi, tel un cur, la Tora nourrit tout l'être de sa sève, l'anime et le maintient en vie. De plus, comme le sang, partant du cur, circule dans tous les organes pour revenir au cur, ainsi l'étude de la Tora, commençant à Bérèchit, revient à Bérèchit après avoir fait un tour complet. Il s'agit donc d'exprimer le renouveau dans la continuité. L'étude de la Tora exige également des qualités exceptionnel-les de cur, par conséquent d'esprit, afin que l'étude soit des plus intéressantes et des plus profitables. Le début du deuxième chapitre de Bérèchit donne une dimension nouvelle à toute la Création. Pour D'ieu, créer revient à donner l'être au néant. Le monde, tel que D'ieu l'a voulu, répond à un but bien précis. La Tora, servant de plan et de modèle pour la création, en constitue le but final. Mieux, la Tora et le monde présentent des correspondances si bien qu'on ne saurait altérer l'un sans porter atteinte à l'autre. D'ieu crée le monde en six jours et Il se repose le septième. Le Chabbat, constitue, quant à lui, le point d'orgue de l'acte créateur. Jour saint, jour béni, le Chabbat est, sans conteste, le jour où la création atteint toute sa perfection, son harmonie et son unité. Ainsi, D'ieu, cessant toute intervention dans la création le Chabbat, recommande à l'homme de le sanctifier afin d'attester qu'Il en est bien le Créateur. Aussi quiconque respecte le Chabbat respecte, en fait, toute la Tora (2) . La
sainteté du Chabbat, fait que ce jour se distingue
des autres. Il inspire à l'homme la recherche de l'équilibre, de l'harmonie,
de l'unité.
Rabbi Chimône Bèn Yohaï dit : l'être humain, ne sachant pas [calculer avec précision] ses moments, ses instants et ses heures, doit ajouter une partie de la semaine à la journée sainte du Chabbat. Mais le Saint béni soit-Il qui sait [calculer avec précision] Ses moments, Ses instants et Ses heures approche du Chabbat comme à la limite d'un fil. Gniva et nos Maîtres
[enseignent] : Ce midrache jette
un éclairage particulier sur le texte qui, dès le départ, pose problème.
D'ieu, mettant fin à Son uvre le septième jour, ne s'y est donc pas reposé!
Aussi Rabbi, épousant l'opinion de Rabbi Yichemaêl, admet-il que D'ieu,
pour l'acte final de la création, l'amorce à la fin du sixième jour pour
l'achever juste au crépuscule. Pour Rabbi Chimône,
il y a lieu d'établir une distinction entre le temps de l'homme et celui
de D'ieu. En effet, l'être humain, ne maîtrisant pas son temps, ne saurait
arrêter son ouvrage au moment précis où Chabbat entre et, par conséquent,
enfreindrait l'interdit de travailler pendant Chabbat. D'où la nécessité,
pour l'homme, d'incorporer une partie de la journée du sixième jour au
Chabbat. Gniva et nos Maîtres enseignent que la Création ne fut réellement achevée qu'avec la création du Chabbat. Le monde ne saurait atteindre sa perfection sans le Chabbat dont le rôle essentiel consiste justement à fournir à la Création sa véritable raison d'être. Telle une fiancée qui justifie l'érection d'un dais nuptial, le monde, sans le Chabbat, perd toute sa raison d'être. Toutefois, il est essentiel de porter la réflexion sur le choix de fiancée comme symbole. Si fiancée il y a, c'est donc qu'il doit exister un fiancé. D'ieu prévoit pour la fiancée Chabbat le dais nuptial. L'intention serait donc de lui procurer le fiancé digne de lui tenir compagnie. Gniva pense ainsi à Israël qui, en toute logique, parce qu'il sera chargé de sanctifier et de respecter le Chabbat, constituera l'autre existant essentiel justifiant la création du monde. Nos Maîtres préfèrent
parler d'anneau dont le sceau représente l'élément essentiel.
Sans sceau, l'anneau ne peut remplir la fonction pour laquelle
il fut ouvragé et réalisé. Cependant, tel l'anneau
qu'enfile un fiancé pour s'unir à sa fiancée, il représente également
l'alliance entre D'ieu et Israël. Le Chabbat constitue la preuve des liens
qui unissent d'Israël à D'ieu. Ils cessent aussitôt d'exister dès que
le respect du Chabbat est remis en cause. AINSI FURENT TERMINÉS LES CIEUX ET LA TERRE, AVEC TOUT CE QU'ILS RENFERMENT. Ainsi furent terminés les cieux et la terre, Or ha-Hayim ne manque pas de s'interroger sur la signifi-cation de ce verset. Il est, en effet, inutile de préciser que les cieux et la terre furent terminés si déjà le texte précédent l'indique clairement. Pour lui, l'intérêt d'une telle reprise se fonde sur deux affirmations. La première est que le Saint béni soit-Il est appelé (5) "ha-Maqom, le Lieu, car D'ieu est bien le Lieu du monde et non le monde Son lieu." La seconde est (6): "D'ieu remplit de Sa gloire le monde." Ces deux affirmations révèlent ainsi que la clarté divine rayonne tant à l'extérieur qu'à l'intérieur du monde. Ce rayonnement intérieur et extérieur constitue, en fait, le support fondamental de la Création. Le monde est sphérique. D'ieu l'a voulu ainsi afin que tous ses éléments, ayant une force égale, puissent se maintenir et exister. Autrement dit, chaque élément de la création aspire avec force à atteindre et à s'attacher à la clarté divine. Tout ce que D'ieu a créé, quel que soit son niveau intellectuel et spirituel, tend à connaître son Créateur. Ainsi, toute créature inanimée, végétale, animale ou humaine, quel que soit son degré d'éléva-tion spirituelle, désire atteindre la proximité de D'ieu. Le mouvement du monde, quant à lui, n'est que la résultante de la conjugaison de la force attractive qu'exerce la lumière divine sur tous les êtres et de l'aspiration qu'ils expriment pour se hisser à la proximité de D'ieu. L'homme, voyant les efforts que fournit, sans relâche, le monde à tous ses niveaux de l'être pour s'élever et se rapprocher de la clarté divine, aura à cur, du fait même qu'il est doué de raison et de capacités intellectuelles, d'agir avec force pour atteindre la proximité souhaitée de D'ieu. Il est important, dit Or ha-Hayim, de prendre conscience du fait que tous les êtres, ayant un souffle de vie, ne sauraient voir leur âme établie parfaitement en place qu'en vertu de cette aspiration vers le rayonnement de la clarté divine qui anime le monde tant de l'intérieur que de l'extérieur. Aussi en disant waye-khoulou, ils furent terminés, le texte pense, en fait, à waye-khalou, ils aspirèrent. C'est donc l'aspiration des cieux et de la terre à la clarté divine qui fait que la Création parvient à son achèvement, prétend à l'existence. Rav Alchèkh, en revanche,
parle de deux temps dans l'acte créateur. Le premier consiste à créer
le monde au niveau matériel. Ainsi, la relation qu'en fait le premier
chapitre de Bérèchit ne concerne que la création du monde physique. Mais
le deuxième vise la création au niveau spirituel.
Pour Rambane, les
armées de la terre, se composent de tout ce que renferme la terre : la
végétation, les reptiles, les animaux et l'homme. Le Talmoud rapporte au nom de Rabbi Yéhochouâ Bèn Léwi (10) :
L'enseignement du
Talmoud est capital. Certes, ignorant la répétition, il précise des détails
qui, placés dans le contexte des recherches scientifiques actuelles, jetteraient
un éclairage nouveau. Rabbi Yéhochouâ Bèn Léwi insiste sur la notion de formation achevée et parfaite de l'ensemble de la Création. C'est là la raison qui justifie l'emploi de waye-khoulou, ils furent terminés, terme qui fait référence à tout, autrement dit, l'achèvement et la perfection. D'IEU MIT FIN, LE SEPTIÈME JOUR, À L'UVRE FAITE PAR LUI; ET IL SE REPOSA, LE SEPTIÈME JOUR, DE TOUTE L'UVRE QU'IL AVAIT FAITE. D'ieu mit fin, le septième jour, à l'uvre faite par Lui; Ibn Êzra n'est nullement
troublé par la précision du texte D'ieu mit fin, le septième jour, à l'uvre
faite par Lui. Bien au contraire, il cite des exemples où l'emploi du
_ signifie plutôt avant et non pendant. Il en veut pour preuve le texte
(12) : "Ne muselle point le buf avant qu'il
foule le grain." Cependant, malgré son mérite, cette explication soulève une difficulté. Pour quelle raison donc le texte reprend-il, une fois de plus, l'information concernant la fin de l'acte créateur? Sforno, reprenant
l'enseignement du Midrache (13) , souligne que ba-yom
ha-chéviî, pendant le septième jour, signifie, en fait, au début
du septième jour. Il s'agit de l'instant unique, indivisible qui constitue
l'ébauche du futur mais n'en fait point partie. Pour Or ha-Hayim, en revanche, le texte enseigne d'éviter l'erreur de croire que D'ieu dut uvrer, plus tard, à d'autres créations qui ne sont point signalées. Le texte précise à cet effet que D'ieu mit fin, le septième jour, à toute l'uvre faite par Lui. Tout ce que D'ieu avait l'intention de réaliser le fut, si bien que le septième jour, la Création était parfaite et, par conséquent, qu'Il n'eût rien à entreprendre pendant les six jours suivants. Toutefois, il s'interroge
sur l'emploi de l'expression l'uvre faite par Lui, qui semble
en plus, tout comme il remarque la difficulté, malgré l'enseignement de
Rabbi Chimône Bèn Yohaï (14) , que soulève le texte
lorsqu'il précise D'ieu mit fin, le septième jour alors qu'en réalité
il ne peut s'agir que du sixième jour. Le Zohar (17) , traitant de la raison qui motive la pratique de la circoncision, au huitième jour tout comme l'aptitude pour une bête de ne servir de qorbane, pas avant le huitième jour (18) , affirme également que, pour être capable de supporter l'acte de la circoncision ou le geste du sacrifice, il est absolument nécessaire pour le nouveau-né ou pour la bête de passer un Chabbat car, étant l'âme de la Création, ils y puiseront la force indispensable. Cet élément vital ne leur sera transmis qu'au moyen du Chabbat. La lecture du verset
donne alors, selon l'enseignement du Zohar : D'ieu mit fin, au moyen
du septième jour, toute Son uvre. Autrement dit, l'uvre faite déjà
par Lui avait besoin d'être achevée car elle manquait de force et de consistance
et que seul le Chabbat pouvait lui conférer. Waye-khal, Il mit fin. On accorde également
à ce terme le signification de désirer. En effet, signifie à la fois mettre
fin et désirer. Par ailleurs, Baâl ha-Tourim, citant la traduction araméenne dite Targoum Yérouchalmi qui traduit par Il a désiré, conclut que le Chabbat est désigné dans la prière par, Tu l'as appelé le précieux d'entre les jours (20) . Et Il se reposa, le septième jour, de toute l'uvre qu'Il avait faite. Sforno souligne que le repos du septième jour se distingue de celui des six premiers jours. Pour lui, la nature du repos que procure à l'homme le Chabbat est incomparable. Sans doute, fait-il allusion à l'équilibre parfait tant au niveau moral que physique auquel accède l'homme qui respecte le repos du Chabbat. Toute cette proposition
semble, pour Or ha-Hayim, inutile car elle ne fait que répéter sous d'autres
termes les propos précédents. D'IEU BÉNIT LE SEPTIÈME JOUR ET LE PROCLAMA SAINT, PARCE QU'EN CE JOUR IL SE REPOSA DE L'UVRE ENTIÈRE QU'IL AVAIT PRODUITE ET ORGANISÉE. D'ieu bénit le septième jour et le proclama saint, Rachi, définissant
la nature de la bénédiction et de la sanctifi-cation du Chabbat, dit notamment
: Rachebam, quant à
lui, trouve que le Chabbat jouit d'une bénédiction car le Saint béni soit-Il
avait préparé à toutes Ses créatures leur subsistance et leur nourriture
avant que n'arrive le Chabbat. Ibn Êzra définit
la bénédiction comme un surcroît de bonheur et de bien-être. Les
forces physiques se renouvellent et les âmes ressentent un affermissement
de la conscience et de la raison. La position d'Ibn Êzra rappelle sensiblement celle de Rachi. Toutefois, Rambane affirme que ces propos s'adressent davantage aux hommes de foi, à ceux qui croient en la nature singulière du Chabbat, car la bénédiction et la sanctification de ce jour ne sont pas des données expérimentales. Mais Rambane penche
plutôt vers une définition ontologique. Le Chabbat est une bénédiction
parce qu'il représente la source des bénédictions. En soi, il constitue
les fondements du monde. Pour Sforno, il s'agit plus de la perpétuation de la bénédic-tion. Le septième jour est toujours béni en ce sens qu'il est plus désigné et plus disponible que les autres jours, par la présence du surplus d'âme, à accéder à la clarté divine. Or ha-Hayim, quant
à lui, voit dans cette bénédiction une nécessité. En effet, le monde a
besoin, pour son existence matérielle, de boire et de manger et de disposer
de tout le nécessaire. Ces besoins ne s'acquièrent qu'au moyen d'efforts
et de sacrifices physiques. Le Zohar (22) enseigne que le Chabbat répand abondance et opulence aux six jours de la semaine. La bénédiction dont D'ieu le gratifie est celle qui maintient l'existence de la Création. Parce qu'en ce jour Il se reposa de l'uvre entière qu'Il avait produite et organisée. Pour Rachi, citant le Midrache (23) , l'uvre que D'ieu avait créée en la faisant, signifie que l'uvre qui aurait dû être faite le Chabbat, D'ieu l'avait faite le sixième jour, faisant ce jour-là uvre double. L'intention du texte
serait, sans doute, de préciser que le monde n'a pu accéder à l'existence
effective qu'avec l'arrivée du Chabbat.
Mais D'ieu donne, au moyen du Chabbat, la force au monde d'exister encore six jours si bien que, de Chabbat en Chabbat, la Création se maintient en existence. Dans cette perspective,
le texte se lit ainsi : En ce jour, au moyen de ce jour, Il se
reposa de l'uvre entière, autrement dit, la Création que D'ieu anime,
organise encore pour les six prochains jours. Ce principe, D'ieu le met
en place pour que l'uvre qu'Il avait produite et organisée les premiers
six jours continue à exister.
De toute évidence, la Création vise un objectif bien précis. Il s'agit de louer, de proclamer surtout, la puissance et la sagesse du Créateur. Le jour où l'homme atteint l'élévation d'esprit nécessaire à cet effet n'est autre que le Chabbat car toute l'uvre de D'ieu célèbre son Créateur. En ce jour, l'homme s'accomplit et devient l'associé de D'ieu dans l'acte de la Création. 1. Bérèchit 2, 1-3. 19. Iyob 14, 15. |