«Le lendemain, Mochè s'assit pour rendre la justice au peuple; et le peuple se tint debout autour
de Mochè, du matin jusqu'au soir. Le beau-père de Mochè, voyant comment il procédait à
l'égard du peuple, lui dit : «Que signifie ta façon d'agir envers ce peuple? Pourquoi sièges-tu
seul, et tout le peuple stationne-t-il autour de toi du matin au soir?». Mochè répondit à son
beau-père : «C'est que le peuple vient à moi pour consulter le Seigneur. Lorsqu'ils ont une
affaire, elle m'est soumise; alors je prononce entre les parties, et je fais connaître les décrets du
Seigneur et ses instructions». Le beau-père de Mochè lui répliqua : «Le procédé que tu emploies
n'est pas bon. Tu succomberas certainement, et toi-même et le peuple qui t'entoure; car la tâche
est trop lourde pour toi, tu ne saurais l'accomplir seul. Or, écoute ma voix, ce que je veux te
conseiller, et que D'ieu te soit en aide! Représente, toi seul, le peuple vis-à-vis de D'ieu, en
exposant les litiges au Seigneur; notifie-leur également les lois et les doctrines, instruis-les de la
voie qu'ils ont à suivre et de la conduite qu'ils doivent tenir. Mais de ton côté, choisis entre tout
le peuple des hommes éminents, craignant D'ieu, amis de la vérité, ennemis du lucre; et place-les à leur tête comme chiliarques, centurions, cinquanteniers et décurions. Ils jugeront le peuple
en permanence; et alors, toute affaire grave ils te la soumettront, tandis qu'ils décideront eux-mêmes les questions peu importantes. Ils te soulageront ainsi en partageant ton fardeau. Si tu
adoptes cette conduite, D'ieu te donnera ses ordres et tu pourras suffire à l'oeuvre; et de son
côté, tout ce peuple se rendra tranquillement où il doit se rendre(1).»
Yitro, beau-père
de Mochè, ayant appris la sortie miraculeuse d'Israël
d'Égypte, décide de quitter Midyane, grande métropole,
pour venir s'installer dans le désert. Étant ancien
conseiller de Parô, Yitro savait par expérience, que
jamais le roi d'Égypte ne consentirait à laisser partir
les Hébreux. Pas un seul esclave ne fut jamais affranchi
et, s'agissant de tout un peuple, Parô ferait tout pour le
retenir à son service.
Les prodiges
réalisés en Égypte, la traversée de
la mer Rouge, le don de la Tora ou la guerre avec Âmalèq,
avaient convaincu Yitro que D'ieu d'Israël est le véritable
D'ieu surpassant toutes les divinités. Bien que placé
au sommet de la hiérarchie de la prêtrise de Midyane,
il préfère être un homme simple, sans prétention
aucune, parmi Israël.
Il conduit dans
son déplacement vers le désert la femme et les deux
enfants de Mochè. Yitro pense à juste raison qu'ils
ont leur place parmi le peuple d'Israël. À ce titre,
ils doivent participer aux joies et aux peines d'Israël.
Comment se passe
le séjour de Yitro dans le désert? Après les
festivités des retrouvailles, Yitro assiste à l'exercice
de la justice. Au lendemain de Kippour, des différends
apparaissent. Il faut les régler. L'exercice de la justice
est nécessaire. Mochè s'installe en qualité
de juge et le peuple se tient autour de lui, du matin au soir. Cette
attitude dérange Yitro la jugeant inacceptable autant pour
Mochè que pour le peuple d'Israël.
Le midrache(2)
rapporte à ce propos :
«Rav
Hasda et Rabba, fils de Rav Houna, exerçant la justice,
ressentent, un jour, une faiblesse [n'ayant rien mangé].
Rabbi Hiya de Difti leur enseigne(3) :
«Et
le peuple se tint debout autour de Mochè, du matin jusqu'au
soir».
Imagine
donc Mochè rendant justice toute la journée, quel
moment lui reste-t-il pour l'étude de la Tora? Mais le texte
enseigne justement que tout juge qui prononce un jugement de vérité
est considéré comme l'associé du Saint béni
soit-Il dans l'oeuvre de la Création. Il est écrit
à ce propos «du matin jusqu'au soir»
et [dans le récit de la Création] il est dit(4) :
«Il
fut soir, il fut matin - un jour».
Jusqu'à
quand siège-t-on pour rendre justice? Jusqu'au moment du
repas. Rabbi Aha dit : quel est le texte cité à
l'appui(5)?
«Heureux
pays, si ton roi est un fils de nobles et si les grands mangent
à l'heure voulue, pour prendre des forces et non par goût
de la boisson.»
Pour
prendre des forces pour l'étude de la Tora, et non
par goût de la boisson, autrement dit pour
boire du vin».
Le midrache
nous surprend. Est-il possible, en effet, que Rav Hasda et
Rabba, fils de Rav Houna, aient pu penser qu'en raison de l'exercice
de la justice il leur était interdit de manger? Rabbi Hiya
de Difti leur apporte un enseignement à partir de Mochè.
N'eût-il pas pu le faire à partir du verset de Qohèlète
cité par Rabbi Aha?
Il semble que
le midrache prend prétexte de la faiblesse de Rav
Hasda et de Rabba pour nous éclairer sur le comportement
de Mochè quand il rend justice. Yitro fut étonné
de la manière dont Mochè se comporte vis-à-vis
des Bénè Yisraèl. Rachi dit à
ce propos(6) : «Mochè
était assis, tel un roi, et tous se tenaient debout.»
La chose déplut à Yitro car, selon lui, Mochè
faisait fi de l'honneur d'Israël. Il le reprend d'ailleurs
: «Pourquoi es-tu assis, toi seul, et tous se tiennent
debout?»
Le midrache(7)
établit une différence entre Mochè et Chémouèl :
«Mochè
devait pénétrer [dans le sanctuaire] auprès
du Saint béni soit-Il pour entendre la parole divine. En
revanche, le Saint béni soit-Il allait au-devant de Chémouèl
ainsi qu'il est dit(8) :
«Le
Seigneur vint, s'arrêta là et appela...»
Pourquoi ainsi? Le Saint béni soit-Il dit : «avec
justice et équité Je Me comporte avec l'homme.»
Mochè
s'installe, et quiconque a une affaire vient à lui pour son
jugement ainsi qu'il est dit :
«Le
lendemain, Mochè s'assit pour rendre justice au peuple».
Mais Chémouèl se dérange, se rendant de ville
en ville pour juger et ce, afin que le peuple n'ait pas à
peiner pour venir jusqu'à lui ainsi qu'il est dit(9) :
«Tous
les ans il faisait un voyage, parcourant Bèt Èl, Guilgal,
Mitspa, et rendait la justice à Israël dans toutes ces
villes».
Le Saint
béni soit-Il dit : parce qu'il siège toujours
au même endroit pour rendre justice à Israël,
Mochè doit venir à Moi dans la tente d'Assignation
pour entendre Ma parole. En revanche, parce que Chémouèl
fait le tour de toutes les villes pour juger Israël, Je Me
déplacerai pour lui communiquer Ma parole, selon le verset(10) :
«Les
plateaux, les balances de justice sont choses de D'ieu, il est l'auteur
de tous les justes poids.»
En vérité,
lorsque Mochè veut transmettre la parole de D'ieu, tout Israël
se rassemble. Rendre justice pour Mochè, revient aussi à
enseigner la Tora à tout Israël. Un jugement n'est pas
affaire de bon sens et de raisonnement. Il fait appel aux principes
de la Tora.
Pour Rav Hasda
et Rabba, rendre justice exclut la possibilité pour le juge
de se restaurer, car si le cas réclame l'attention du juge
pour la journée, s'absenter même pour se restaurer
pose un problème.
Rabbi Hiya
enseigne que Mochè lui-même doit s'arrêter une
fois l'affaire jugée pour se restaurer et reprendre des forces.
En soulignant «du matin jusqu'au soir», la Tora
précise l'importance considérable du rôle du
juge qui, l'exerçant avec honnêteté, dans le
seul but de faire triompher la vérité, devient, en
fait, l'associé de D'ieu dans l'acte de Création.
D'ieu a créé le monde mais le juge, par l'exercice
de la justice, le maintient.
Il est d'ailleurs
significatif de constater que le juge complète l'oeuvre de
D'ieu. Le verset cité en preuve pour la Création du
monde est «ce fut un soir et ce fut un matin».
En revanche, le verset cité pour le juge est «du
matin jusqu'au soir». C'est comme si l'oeuvre du juge
succède à celle de D'ieu puisque le jour est le temps
où l'activité des hommes nécessite justement
l'intervention de la justice sinon le monde et la société
sont voués à l'anéantissement.
Rabbi Aha
cite un autre enseignement. Le roi et les princes dont le but est
de maintenir la justice doivent respecter aussi leurs heures de
repas. Peuvent-ils s'adonner aux plaisirs de la table? Non! car
prendre des forces, c'est avant tout connaître la Tora, base
de l'exercice de la justice et de l'équité. Boire,
oui, mais non par goût de boissons. Le vin, comme toute consommation
de fruits à forte densité de sucre, ayant par conséquent
une présence d'alcool, sont interdits pendant le déroulement
d'un procès. Le juge doit avoir l'esprit vif et clair afin
que sa justice soit conforme à la vérité et
à l'équité. La justice exige une attention
particulière. Aussi, pour cette raison, Yitro ne comprend-il
pas que Mochè puisse l'exercer seul.
Le lendemain,
Mochè s'assit pour rendre la justice au peuple; et le peuple
se tint debout autour de Mochè, du matin jusqu'au soir.
Le
lendemain, Mochè s'assit pour rendre justice au peuple.
La Mékhilta
enseigne que le texte fait référence au lendemain
de Kippour. Bien qu'une divergence apparut pour fixer l'arrivée
de Yitro au désert avant ou après Mattane Tora,
le don de la Tora, tous s'accordent à dire que le
conseil de Yitro intervint après Mattane Tora, la
deuxième année après la sortie d'Égypte.
Haâmèq
Davar préfère opter pour le lendemain du jour où
Yitro offrit un holocauste et d'autres sacrifices à D'ieu.
Grâce aux sacrifices, Yitro atteint une perfection qui lui
permet d'avoir l'esprit saint. Yitro put donner alors ce conseil
à Mochè à propos de l'installation des juges.
Le
peuple se tint debout autour de Mochè du matin jusqu'au soir.
Mèâm
Loêz remarque à juste raison que le peuple ne saurait
avoir, dans le désert, des sujets de discorde pour qu'il
se présente devant la cour de Mochè. En fait, le seul
sujet de discorde qui intéresse le peuple dans son
ensemble, concerne le butin pris aux cadavres des Égyptiens
rejetés par la mer Rouge. Le butin composé d'articles
de qualité, de pierres précieuses, d'or et d'argent
fut, selon la proximité des Bénè Yisraèl
par rapport aux cadavres, inégalement ramassé. Les
contestataires sont ceux qui réclament le partage égal.
Le différend est là et des arguments sont avancés
de part et d'autre. Mochè devait donc juger et trancher.
Kéli
Yaqar déduit, à partir de ce verset, «que
l'on ne doit pas juger la nuit» puisque Mochè avait
siégé du matin au soir seulement. Le Talmoud(11)
affirme :
«Tout
juge qui exerce une justice absolue, selon la vérité,
ne fut-ce que pendant une heure, devient l'associé de D'ieu
dans la Création du monde comme il est dit(12) :
«Ce fut un soir et ce fut un matin».
Dans notre texte,
il est rapporté «du matin jusqu'au soir».
Mais, dit-il, le monde ne peut exister que s'il y a justice en bas
ou en haut. Le midrache(13)
rapporte :
«Rabbi
Èl'âzar dit : là où il y a justice,
point n'est besoin de justice, mais là où il n'y a
pas de justice, la justice s'exerce. Comment? Il y a justice sur
terre, nul besoin de l'exercice de la justice dans le ciel, mais
point de justice sur terre, la justice s'exerce alors au ciel. Nul
n'échappe à l'exercice de la justice. Du soir au matin
dans le ciel, et du matin au soir sur terre. Le juge devient donc,
quand il s'applique à exercer la justice dans toute sa vérité,
l'associé du Créateur parce qu'il maintient l'existence
du monde, du matin au soir.»
Le beau-père
de Mochè, voyant comment il procédait à l'égard
du peuple, lui dit : «Que signifie ta façon d'agir
envers ce peuple? Pourquoi sièges-tu seul, et tout le peuple
stationne-t-il autour de toi du matin au soir?»
«Que
signifie ta façon d'agir envers le peuple? Pourquoi sièges-tu
seul?»
Les paroles
de Yitro manquent de cohérence. En disant «ta façon
d'agir envers le peuple», Yitro se plaint donc du mauvais
traitement fait au peuple. Mais en lui disant : «Pourquoi
sièges-tu seul», il semble plaindre Mochè.
Cependant, quand,
par la suite, il lui reproche
«pourquoi
tout le peuple stationne-t-il autour de toi du matin au soir»,
Yitro souligne
un mécontentement justifié à la fois pour Mochè
et pour le peuple.
Pour Rav Alchèkh,
trois faits déplaisent à Yitro. Mochè dérange,
en premier, tout le peuple qui se tient debout devant lui.
Aussi, lui fait-il remarquer «que signifie ta façon
d'agir envers ce peuple?» Puis il s'inquiète des
possibilités qu'a Mochè de résister à
ce rythme; il lui dit : «Pourquoi sièges-tu
seul?». Enfin, si toutefois c'est ainsi qu'il faut agir,
une partie de la journée suffirait : «Pourquoi
tout le peuple stationne-t-il autour de toi du matin au
soir?».
Mochè
répondit à son beau-père : «C'est
que le peuple vient à moi pour consulter le Seigneur. Lorsqu'ils
ont une affaire, elle m'est soumise; alors je prononce entre les
parties, et je fais connaître les décrets du Seigneur
et ses instructions.»
«C'est
que le peuple vient à moi pour consulter le Seigneur».
Lorsque les
parties en cause viennent consulter Mochè, elles consultent
en fait D'ieu. Car D'ieu se trouve dans l'assemblée des Juges.
Ainsi dit Chimône Bèn Chattah au roi Yannaï(14) :
«Tu ne comparais pas devant moi mais devant Celui qui créa
le monde par Sa parole.»
Mais, remarque
Or ha-Hayim, la réponse de Mochè donne l'impression
que Yitro n'avait point compris le but visé par cette consultation.
Pour Yitro, Mochè oblige tout le peuple à comparaître
devant lui! Mochè précise à Yitro qu'il n'oblige
nullement le peuple à venir le consulter.
La critique
de Yitro, de nommer d'autres juges pour alléger le fardeau
de Mochè et faire moins souffrir le peuple n'est pas fondée.
Au contraire, la demande vient du peuple. Pourtant, malgré
la difficulté et l'attente pénible, le peuple préfère
agir ainsi.
Lorsqu'ils
ont une affaire, elle m'est soumise.
Le Zohar(15)
enseigne que l'affaire elle-même venait à
Mochè. Se trouvant dans l'impossibilité de départager
les parties, à cause de l'absence de témoins et de
preuves, Mochè fait appel au cas lui-même qui se présente
à lui dans sa stricte vérité. Cette faculté
faisait défaut à tous les juges à l'exception
de Mochè.
Alors
je prononce entre les parties.
Mochè
apprend à Yitro qu'il est seul à savoir ce qui a pu
se passer entre un homme et son prochain(16).
Chose impossible pour d'autres juges.
Par ailleurs
il est seul à pouvoir juger sans que soit nécessaire
l'intervention de témoins(17).
Je
fais connaître les décrets du Seigneur et ses instructions.
En dehors de
l'affaire à juger, il y a d'autres raisons pour lesquelles
le peuple consulte. Certains viennent pour leurs malades, il prie
pour qu'ils vivent; d'autres pour leur indiquer l'endroit où
retrouver l'objet perdu(18).
Pour Rambane,
le peuple consulte Mochè car, invoquant D'ieu, il transmet
la réponse divine concernant le malade ou l'objet perdu,
ainsi qu'il est dit(19) : «Autrefois,
en Israël, celui qui se proposait d'aller consulter D'ieu disait
«Venez, allons trouver le voyant». Chaoul consulte,
en effet, le prophète Chémouèl pour retrouver
les ânesses de son père Quiche qui se sont égarées.
Il est dit également(20) :
«Munis-toi,
dit le roi de Syrie à Hazaèl, d'un présent
et va à la rencontre de l'homme de D'ieu. Consulte l'Éternel
par son entremise pour savoir si je guérirai de cette maladie».
En priant pour
le malade, le prophète peut savoir si sa prière a
été exaucée.
De plus, Mochè
précise à Yitro le besoin du peuple de lui enseigner
les décrets de D'ieu et Ses instructions.
Mochè
définit ainsi le rôle du Tsaddiq. Prier pour
les malades; répondre au besoin spirituel de la société;
juger tous les différends et faire régner la paix;
enseigner la Tora et redresser les torts de la société.
Certes, Yitro
convient que tous les aspects spirituels et éducatifs sont
importants car c'est à travers eux que la société
s'accomplit et se parfait.
Mais le fait
de juger seul ne peut qu'engendrer haine et mésentente de
la part de celui qui a perdu son procès.
Le beau-père
de Mochè lui répliqua : Le procédé
que tu emploies n'est pas bon. Tu succomberas certainement, et toi-même
et le peuple qui t'entoure; car la tâche est trop lourde pour
toi, tu ne saurais l'accomplir seul.
Le
procédé que tu emploies n'est pas bon.
Assumer tous
les besoins du peuple y compris rendre la justice ne peut que provoquer
l'épuisement de Mochè et l'épuisement du peuple.
Tu
succomberas certainement, et toi-même et ce peuple qui t'entoure.
Même si
la justice est parfaite parce qu'inspirée par D'ieu, Mochè
court toujours le risque, selon Yitro, de se voir dépassé
par l'ampleur de la tâche. Il pourrait donc succomber. Toutefois
s'il pense que l'aide divine supplée au manque de forces,
le peuple qui l'entoure succombera parce qu'il ne résistera
pas longtemps à l'attente indéterminée.
Par conséquent,
La
tâche étant trop lourde pour toi, tu ne saurais l'accomplir
seul.
Mochè
ne réussirait que s'il consent à se décharger
des cas les plus simples(21).
Hatam
Sofèr ajoute qu'en jugeant seul, le juge s'expose à
la haine du coupable. Mais en s'adjoignant d'autres juges, ce coupable
ne saurait haïr, à aucun moment, celui qui l'a condamné.
D'où, pour Mochè, la nécessité de ne
point exercer seul la justice afin d'éviter les tracas et
les critiques des coupables.
Or, écoute
ma voix, ce que je veux te conseiller, et que D'ieu te soit en aide!
Représente, toi seul, le peuple vis-à-vis de D'ieu,
en exposant les litiges au Seigneur; notifie-leur également
les lois et les doctrines, instruis-les de la voie qu'ils ont à
suivre et de la conduite qu'ils doivent tenir.
Yitro suggère
à Mochè de suivre son conseil car, affirme-t-il, D'ieu
te sera en aide. Yitro s'appuie sur l'inspiration
divine pour exprimer cela avec certitude.
Représente,
toi seul, le peuple vis-à-vis de D'ieu en exposant les litiges
au Seigneur.
Yitro demande
à Mochè non seulement de requérir la sollicitude
divine pour le peuple, mais aussi de prier pour lui.
Haâmèq
Davar dit :
«Mochè
ne doit pas se contenter de chercher à transmettre au peuple
la volonté de D'ieu, tel un fonctionnaire dont la mission
est d'interpréter les désirs d'un roi et qui n'éprouve
aucune affection pour le peuple. Il doit en plus exposer les désirs
et les litiges de son peuple au Seigneur à l'exemple du Tsaddiq
qui invoque la miséricorde de D'ieu pour son peuple qu'il
aime tant».
Et
que D'ieu te soit en aide, - .
Selon Hatam
Sofèr, Yitro conseille à Mochè de demander
à D'ieu son autorisation car, muni de son accord, il réussira
dans cette entreprise.
Yitro concède
également un rôle exclusif à Mochè. Il
reconnaît, en effet, que Mochè soit seul «à
leur notifier les lois et les doctrines, à les instruire
sur la voie qu'ils doivent suivre et sur la conduite qu'ils doivent
tenir».
Selon Haâmèq
Davar qui cite le Talmoud Yérouchalmi(22),
sans l'intervention de Mochè et son enseignement qui dispose
d'un appui divin, rien ne sera fait de manière adéquate
et convenable. Le rôle de Mochè est absolument nécessaire
et important non seulement pour l'enseignement des lois et des doctrines,
mais également pour la conduite morale et les règles
de bienséance(23).
Selon Rabbènou
Béhayè, Yitro exprime son accord total avec
Mochè pour tout sauf pour l'exercice de la justice où
Mochè n'est pas tenu de supporter le fardeau tout seul. Pour
l'alléger, il devra consentir à nommer lui-même
les juges qui doivent l'aider.
Mais de
ton côté, choisis entre tout le peuple des hommes éminents,
craignant D'ieu, amis de la vérité, ennemis du lucre;
et place-les à leur tête comme chiliarques, centurions,
cinquanteniers et décurions. Ils jugeront le peuple en permanence;
et alors, toute affaire grave ils te la soumettront, tandis qu'ils
décideront eux-mêmes les questions peu importantes.
Ils te soulageront ainsi en partageant ton fardeau.
Choisis
entre tout le peuple des hommes éminents.
En disant tèhèzè,
, tu verras, Yitro demande à Mochè de faire
son choix à l'aide de l'esprit Saint, de la prophétie.
Or ha-Hayim
souligne qu'en désignant les juges, Mochè sera toujours
celui qui juge les Bénè Yisraèl. Il
agit par personne interposée. Il continue à exercer
également ce pouvoir entre tout le peuple.
Le choix de Mochè ne sera définitif que si le peuple
exprime également son accord.
Les quatre qualités
requises par Yitro correspondent en fait aux exigences morales que
devraient posséder les quatre catégories de juge.
Ainsi, pour être nommé comme chiliarques,
il faut des hommes éminents, connus pour leur perfection;
pour des centurions, , il faut des hommes craignant
D'ieu, -, qui craignent le châtiment; pour des cinquanteniers,
il faut des amis de la vérité, et pour des
décurions, il suffit des hommes ennemis du lucre(24),
.
Enfin Yitro
expose à Mochè les avantages de sa proposition :
Ils
jugeront le peuple en permanence.
Disponibles,
libérés de toute autre occupation, ils exerceront
pleinement leur fonction. Cela présente également
l'avantage, pour le peuple, de voir ses affaires réglées
avec plus de célérité. En effet, l'attente
est-elle ainsi éliminée car le choix de se présenter
devant le juge libre demeure possible.
Toute
affaire grave, .
Toute affaire
qu'ils ne peuvent juger, ils la soumettront à Mochè
pour avoir son avis, soit en lui référant les parties
en cause.
Mais
ils décideront eux-mêmes les questions peu importantes.
Agissant ainsi,
Mochè sera soulagé car les juges partageront avec
lui le fardeau.
Si tu adoptes
cette conduite, D'ieu te donnera ses ordres et tu pourras suffire
à l'oeuvre; et de son côté, tout ce peuple se
rendra tranquillement où il doit se rendre.
Cependant Mochè
ne pourra procéder à de telles nominations que si
D'ieu lui en donne l'ordre, -, car c'est ainsi que
le succès de l'entreprise sera assuré(25).
Tu
pourras suffire à l'oeuvre.
Selon Mèâm
Loêz, Yitro conseille à Mochè d'épargner
ses forces. Sa prophétie sera par ailleurs d'autant plus
importante que sa force sera grande car la névoua,
, prophétie, ne réside que sur un homme fort,
riche et sage. Tel ne sera pas le cas s'il continue à
juger seul. Ainsi Mochè, étant davantage libre, aura
le loisir de se recueillir avec D'ieu et apprendre la Tora dans
la tente d'Assignation.
Toutefois il
est surprenant qu'aucun parmi Israël, Aharone et les 70 anciens
inclus, n'ait eu la même idée que Yitro. De toute évidence,
un homme ne peut pas, à lui seul, juger 600,000 hommes.
En fait, Mochè
sait qu'il lui était impossible de tenir ce rôle. Néanmoins
s'il ne procède point à la désignation des
juges c'est bien pour qu'Israël ne tombe dans l'erreur de penser
que Mochè lui témoigne moins d'intérêt
et d'affection.
Aharone et les
anciens pourraient être accusés de conflit d'intérêt.
Et les Bénè Yisraèl ne sauraient exprimer
leur avis devant plus grands et importants qu'eux.
Enfin, D'ieu
entend faire connaître au monde la sagesse de Yitro(26).
Pour Or ha-Hayim,
D'ieu montre que l'élection d'Israël et son attachement
ne sont point dictés par la qualité et le niveau de
sagesse des Bénè Yisraèl.
En matière
de sagesse, c'est là une preuve éclatante, elle se
trouve davantage chez les autres peuples. Et s'Il choisit Israël
c'est surtout par bonté.
Ainsi ce passage
placé avant le texte de Mattane Tora, souligne-t-il
que la Tora fut octroyée à Israël en signe de
sollicitude et de bienveillance divines.
1.
Chémot 18, 13-23.
2.
Yalqout Chimôni Yitro paragr. 270.
3.
Chémot 18, 13.
4.
Bérèchit 1, 5.
5.
Qohèlète 10, 17.
6.
Chémot 17, 13.
7.
Chémot Rabba 6, 4.
8.
Chémouèl I 3, 10.
9.
Chémouèl I 7, 16.
10.
Michelè 16, 11.
11.
Chabbat 10a.
12.
Bérèchit 1, 5.
13.
Dévarim Rabba 5, 4.
14.
Sanhèdrine 19a.
15.
Chémot 78a.
16.
Rav Alchikh et Kéli Yaqar.
17.
Mèâm Loêz.
18.
Mèâm Loêz.
19.
Chémouèl I 9, 9.
20.
Mélakhim II, 8, 8.
21.
Haâmèq Davar.
22.
Soukka chap.4.
23.
cf. Mékhilta et Baba Qama 99a.
24.
Or ha-Hayim.
25.
Hatam Sofèr.
26.
Mèâm Loêz.