«Tu institueras des juges et des magistrats dans toutes les villes que l'Ét'ernel, ton D'ieu, te
donnera, dans chacune de tes tribus; et ils devront juger le peuple selon la justice. Ne fais pas
fléchir le droit, n'aie pas égard à la personne, et n'accepte point de présent corrupteur, car la
corruption aveugle les yeux des sages et fausse la parole des justes. C'est la justice, la justice
seule que tu dois rechercher, si tu veux te maintenir en possession du pays que l'Ét'ernel, ton
D'ieu, te destine(1).»
La sidra
Chofétim, traite dans son début de la nomination
des juges et agents d'autorité en Israël. Il est évident
que la justice joue un rôle considérable pour maintenir
une coexistence harmonieuse entre tous les segments de la société.
Sans la justice, le désordre régne et le fort dévore
le faible.
La Michena(2)
enseigne :
«[Rabbi
Chimône fils de Gam'lièl] disait : le monde se
maintient par trois principes : par la vérité,
la justice et la concorde, ainsi qu'il est dit(3) :
«Faites
régner dans vos murs la vérité, la justice
et la paix.»
La justice est
le pilier central qui exige l'exercice des deux autres vertus vérité
et paix. En effet, par la justice le monde est-il appelé
à vivre selon les principes de la vérité et
s'ouvrir à une ère de paix.
Par ailleurs,
la Michena rapporte(4) :
«Rabbi
Hanina, suppléant du Grand Prêtre recommandait :
Prie pour le salut de ceux qui sont à la tête de l'État
car, sans la crainte qu'ils inspirent, les hommes s'entre-dévoreraient.»
Le Talmoud(5),
s'appuyant sur les propos du prophète(6) :
«O
Toi qui as les yeux trop purs pour voir le mal et qui ne peux regarder
l'iniquité, pourquoi regardes-Tu ces perfides, gardes-Tu
le silence quand le méchant dévore plus juste que
lui? Pourquoi as-Tu rendu les hommes pareils aux poissons de la
mer, aux reptiles qui n'ont point de maître?»,
affirme : sans la crainte et le respect qu'inspire l'autorité,
l'homme se comporterait tel le poisson de la mer, le grand dévorant
le petit.»
Sans l'autorité
qui applique la justice, point de société possible.
Le Roi Chélomo,
quant à lui, souligne(7) :
«Un roi grandit son pays par la justice mais celui qui
est avide de dons, le ruine.» Affirmant cela, il cite
un des grands avantages de la justice. Elle procure au monde des
bases fermes et solides sans lesquelles il s'ébranle et s'écroule.
C'est donc à
juste raison que Rachi, à la suite du Talmoud(8),
rattache la nomination de juges justes et droits au mérite
qu'aura Israël de vivre et hériter le pays de Kénaâne.
Le Yalqout(9)
citant(10) :
«Tu
institueras des juges et des magistrats dans toutes les villes...»
rapporte : cela fait penser à un roi qui aimait davantage,
parmi tous ses enfants, le plus jeune. De tous ses biens, il était
particulièrement attaché à un verger. Il en
fit don à son jeune fils. Le Saint béni soit-Il dit :
De tous les peuples, j'aime davantage Israël tel qu'il est
dit (11):
«Quand
Israël était jeune, Je l'avais pris en affection; du
fond de l'Egypte, J'ai appelé Mon fils.» Il
est dit, par ailleurs(12) :
«C'est
Moi l'Ét'ernel, J'aime le droit et déteste les rapines
exercées par l'injustice.» Et le Saint béni
soit-Il dit : Quand vous observez la justice, Je M'élève
ainsi qu'il est dit(13) :
«Et
l'Et'ernel Tsébaot, des armées, sera haut par le jugement.»
Je fais résider Ma Chékhina, Ma Présence, parmi
vous tel qu'il est dit(14) :
«Et
le D'ieu Saint sera sanctifié par la justice»
et, Je vous délivre selon le texte(15) :
«Ainsi
parle l'Et'ernel :«Observez la justice et faites le bien;
car Mon secours est près de venir et Mon salut de se manifester.»
C'est ce que le texte enseigne(16) :
«La
force du roi, c'est l'amour de la justice.» Cela fait
penser à une route qui ne comportait pas de poteaux indicateurs.
Les voyageurs qui l'empruntaient s'égaraient. Le roi dit
à son agent d'autorité : Installe des poteaux
indicateurs de telle sorte que les voyageurs les voient.
Ainsi, le
Saint béni soit-Il dit à Mochè : Prépare
la voie aux Bénè Yisraèl et désigne
des juges pour leur enseigner la Tora afin de ne point être
dans l'erreur et ce, conformément au texte : «La
force du roi, c'est l'amour de la justice.» Il est
dit également(17) :
«Aie
soin de dresser des signaux, érige-toi des poteaux indicateurs.»
À deux
reprises, ce midrache souligne l'importance de la justice
pour Israël. Tout compte fait, il y aurait compatibilité
entre Israël et l'existence de la justice.
Ainsi D'ieu
prévoit-Il que la justice, domaine réservé
au Créateur, doit être confiée également
à Israël. Sans la justice, les fondements de l'existence
seront à jamais ébranlés. Israël est un
partenaire privilégié de D'ieu car il justifie,
en fait, la création du monde.
Israël
a donc le devoir de veiller au maintien de l'existence, au maintien
du monde. La justice, son exercice surtout, vise avant tout le maintien
de la coexistence. Sans la justice, les bases de la société
seront ébranlées. Aussi, pour cette raison, le Talmoud(18)
enseigne :
«Tout
juge qui rend la justice selon le principe de la vérité,
ne serait-ce que pour une heure, est considéré comme
l'associé du Saint béni soit-Il dans l'acte de la
Création.»
Assister à
la destruction de la société par l'absence de toute
justice, c'est remettre en cause la Création.
Bien plus, le
maintien de la Création, grâce à l'exercice
de la justice, entraîne par la suite l'élévation
du Créateur. En effet, plus la création prend
de la valeur et plus élevé sera le Créateur.
D'ieu s'élève en sainteté et désire
maintenir Sa présence parmi Israël. C'est dire combien
la responsabilité d'Israël est grande! De la justice
dépend, en fait, la présence de D'ieu qui garantit
l'existence d'Israël en tant que peuple.
L'exercice de
la justice débouche sur la délivrance d'Israël.
La relation Israël-Justice est une relation des plus nécessaires.
Plus Israël s'applique à exercer la justice et l'observe
et plus sa liberté est préservée et protégée.
De même,
l'exercice de la justice aboutit à la transcendance de D'ieu
par Sa sainteté et Sa grandeur infinie. Toutefois, D'ieu
demeure immanent et présent parmi Israël.
Par ailleurs,
l'exercice de la justice est si précieux aux yeux du Créateur
qu'Il ne se contente pas seulement de le prescrire. Pour le midrache,
le texte eût pu se suffire de la prescription divine de nommer
des juges et magistrats partout dans le pays d'Israël. En fait,
D'ieu réclame davantage de Mochè : installer
des panneaux indicateurs c'est mettre à la disposition
de tout Israël un système judiciaire
facile et accessible afin que la société n'ait pas
à souffrir du manque ou de l'absence de justice. Laisser
en souffrance un cas au lieu de le juger et le régler expose
la société à l'éclatement.
La force
d'un roi est d'aimer la justice. Un roi a tendance, il est
vrai, à passer outre une défense, à transgresser
une loi que lui-même avait pourtant promulguée. Cette
possibilité est d'autant plus courante que le roi est un
monarque absolu. La loi ne concerne que les autres.
Mais D'ieu,
maître souverain de l'univers, se sent Lui-même concerné
par Sa loi. Il aime l'exercice de la justice. Aussi, pour cette
raison, demande-t-Il à Mochè de recommander à
tous ceux qui ont le pouvoir de nommer et installer des juges et
magistrats, d'être les premiers prêts à obéir
aux juges. Il s'agit là de la seule garantie d'une justice
juste, vraie et efficace.
L'accessibilité à la justice, son respect et son amour
constituent donc les meilleures conditions de l'exercice de la justice.
Le Midrache(19)
complète cet enseignement en définissant les qualités
essentielles d'un juge. Il dit en substance :
«Tu
institueras des juges et des magistrats.» Les juges
se doivent d'être fort distingués en bonnes oeuvres.
C'est ainsi que Mochè agit(20) :
«Il
choisit des hommes de mérite entre tout Israël et les
créa magistrats du peuple.» Distingués,
en Tora. En bonnes oeuvres, autrement dit, courageux,
libres, innocents, irréprochables de tout délit.
Mochè
dit à Israël(21) :
«Je
n'ai jamais pris à un seul d'entre eux son âne, je
n'ai jamais fait de mal à un seul d'entre eux.»
Chémouèl dit également(22) :
«Eh
bien! accusez-moi à la face de l'Et'ernel et à la
face de son élu, s'il est quelqu'un dont j'aie pris le boeuf
ou l'âne, quelqu'un que j'aie lésé ou pressuré,
quelqu'un qui m'ait déterminé, par un présent,
à fermer les yeux sur sa faute..., je suis prêt à
vous le rendre.» C'est pourquoi il recommande :
«Tu institueras des juges et des magistrats.»
Rabbi Hanina,
fils d'Èl'âzar, avait un arbre planté dans son
champ mais dont les branches pénétraient dans le champ
du voisin. Un homme vint se plaindre devant Rabbi Hanina
de son voisin dont l'arbre donnait sur son champ. Il lui dit :
Reviens demain. L'autre répond : Tous les cas qui se
présentent à toi tu les règles séance
tenante, et mon cas tu le laisses souffrir! Que fit [entre-temps]
Rabbi Hanina? Il manda ses ouvriers de couper les branches
de son arbre qui pendaient dans le champ du voisin. Le lendemain,
l'homme se présenta devant lui pour le jugement. [Rabbi Hanina]
dit à la partie adverse : Tu es tenu de couper tes branches.
Celui-ci rétorque : Pourquoi les branches de ton arbre
pénètrent dans le champ du voisin? Va donc constater,
répond-il. Fais à ton arbre comme il a été
fait au mien. Aussitôt il s'en fut exécuter [la décision].
C'est pourquoi le texte prescrit : «Tu institueras
des juges et des magistrats» afin que le juge soit
sans défaut.»
Ce midrache
établit de manière non équivoque la définition
du juge. Il est irréprochable, sans défaut moral ni
délit qui le rendrait inapte à rendre la justice.
Un juge ne remplit pleinement sa mission, n'impose de respect à
ses justiciables que si lui-même se plie à la loi et
la respecte. Il ne saurait parler à la conscience des autres
que si, lui-même, n'a rien à se reprocher.
Citant l'exemple
de Mochè et Chémouèl, le midrache
entend surtout souligner leur perfection morale et leur souci d'éviter,
même quand le droit le permet, de tomber sous le coup des
reproches et des remontrances des autres.
Ainsi pour Mochè,
partant pour délivrer les Bénè Yisraèl,
il était légalement possible d'utiliser les finances
publiques pour payer l'achat ou la location de l'âne qui devait
le transporter en Égypte. Il l'a évité pour
préserver son indépendance afin que
ses jugements soient acceptés.
C'est aussi
le cas de Chémouèl. Le Talmoud(23)
enseigne qu'il n'a jamais tiré un profit quelconque des Bénè
Yisraèl. Et, dans ses déplacements pour juger
Israël, il transportait toujours sa tente afin de ne point
profiter de l'hébergement des Bénè Yisraèl.
Le cas de Rabbi
Hanina Bèn Èl'âzar, bien que différent,
contribue à nous tracer le portrait du juge parfait. Rabbi
Hanina ne décide, il est vrai, de réparer le
tort causé à son voisin qu'une fois un cas similaire
se soit présenté devant lui. Que ne le répare-t-il
pas de lui-même!
Sans doute,
le voisin n'y voit aucun inconvénient. Il supporte cet état
de chose qui ne le dérange pas outre mesure. Mais lorsqu'il
eut à statuer sur un cas similaire au sien, Rabbi Hanina
préfère ne donner prise à quiconque de le mettre
en défaut. Il procède à la coupe de toutes
les branches qui pendaient de son arbre dans le champ du voisin
avant de prononcer la sentence. Voilà donc le sens du verset
«Tu institueras des juges pour toi avant de juger le peuple.»
Ainsi donc la
garantie d'un jugement correct et juste c'est d'être soi-même
prêt à l'appliquer.
Cependant, la
juxtaposition de la fin de Réè et le début
de Chofétim, inspire à Chaâr Bat Rabbim
un enseignement conforme aux paroles de Rambam et du Choul'hane
Âroukh(24) qui stipulent :
«Bèt
Dine, , le tribunal, se doit de nommer des agents d'autorité
pour veiller à la bonne conduite morale de tous, principalement
pendant les jours de fête et mi-fêtes.»
Maharcha(25)
ainsi que Baâl ha-Tourim(26)
invoquent comme motif essentiel à cette prescription le fait
que ces jours de fête sont des jours de réjouissance
pendant lesquels il est de rigueur de bien manger et boire et de
s'abstenir de tout ouvrage. Toutes les conditions sont réunies
pour que hommes et femmes dévient de la bonne voie et commettent
des transgressions, étant appelés à se côtoyer
ces jours de fêtes.
Aussi, est-ce
la raison pour laquelle les personnes de grande piété
ont pris sur elles de jeûner les lundi, jeudi et lundi, trois
jours, après Pèssah et Soukkot pour réparer,
si besoin en est, les fautes commises pendant ces fêtes.
En fait, tout
jour dont la sainteté est plus grande, nécessite une
vigilance plus grande. Parce que le Chabbat est plus qadoche,
saint, qu'un jour de fête, il est recommandé
de l'observer, de veiller sur sa sainteté tel qu'il est dit(27) :
«Gardez
donc le Chabbat, car c'est une chose sainte pour vous! Qui le violera
sera puni de mort», et il est dit(28) :
«Observe le jour du Chabbat pour le sanctifier.»
Les jours de
fête nécessitent également une très grande
vigilance afin que nul ne soit tenté de se conduire de manière
non conforme aux règles de sainteté et de perfection
morale.
Après
avoir donc prescrit(29) :
«Et
tu te réjouiras pendant la fête et, avec toi, ton fils
et ta fille, ton serviteur et ta servante, et le Léwi, l'étranger,
l'orphelin, la veuve qui seront dans tes murs»,
le texte recommande,
pour que cette mitswa ne soit point la cause d'une âvèra,
transgression, de désigner des «juges et
magistrats dans toutes les villes» autrement dit, les
juges ont le devoir de désigner des agents d'autorité
pendant les jours de fêtes pour veiller à la perfection
morale de tous.
Le Midrache(30)
dit à propos :
«Tu
institueras des juges et des magistrats» : lorsqu'il
y a justice, il n'y a point de jugement. Qu'est-ce à dire?
Rabbi Èliêzèr dit : Si justice est faite
ici-bas, le jugement ne sera pas rendu en haut. Mais si justice
n'est pas faite ici-bas, le jugement sera rendu en haut.»
Par ailleurs,
le midrache(31) rapporte
également les propos de Rabbi Èliêzèr
qui précise :
«Quand
justice n'est pas faite sur terre, le jugement est rendu au ciel.
Le Saint béni soit-Il s'installe pour le jugement et châtie.
Mais lorsque la justice est faite sur terre, le Saint béni
soit-Il ne juge pas. Il dit : vous vous êtes approprié
Mon occupation, que puis-je faire? [La justice] était Mon
ouvrage, tel qu'il est dit(32) :
«L'Et'ernel
est un D'ieu de justice.» Il dit en outre(33) :
«Si
vous observez mes décrets...» Comme vous avez
pris Mon occupation, J'irai en chercher une autre,
«Je
donnerai vos pluies en leur temps.»
Aussi pour cette
raison le midrache dit(34) :
«Le
pain et le bâton sont descendus entrelacés du ciel.
Le Saint béni soit-Il dit : Si vous observez ce qui
est écrit dans ce livre, le pain sera là pour votre
nourriture. Sinon, le bâton est là pour vous punir.»
Tu institueras
des juges et des magistrats dans toutes les villes que l'Ét'ernel,
ton D'ieu, te donnera, dans chacune de tes tribus; et ils devront
juger le peuple selon la justice.
Tu
institueras des juges et des magistrats dans toutes les villes,
Ti-tène
lékha, Tu institueras
Notène
lékha, te donnera
Pourquoi reprendre
lékha, quand le texte l'énonce déjà
dans les expressions bé-khol chéârèkha,
dans toutes tes villes, et li-chevatèkha,
à tes tribus?
Pour Hatam
Sofèr, Hochèâ décrit ainsi le contrat
de l'Alliance établie entre D'ieu et Israël(35) :
«Alors, je te fiancerai à moi pour l'éternité;
tu seras ma fiancée par la droiture et la justice, par la
bonté et la bienveillance.»
Ce contrat définit
le rôle de chacun. D'ieu apporte à Israël bonté
et bienveillance tout en leur donnant la terre
d'Israël et les y maintenant, à condition qu'Israël
contribue par la pratique de la droiture et la
justice.
L'auteur de
Sèfèr ha-bérite souligne que le texte s'adresse
à la fois au peuple d'Israël et aux juges. Le monde
tient sur l'exercice de la justice. Et, bien que la justice appartienne
à D'ieu, il n'en demeure pas moins que les chefs et dirigeants
du peuple ont le pouvoir soit de choisir de bons juges,
s'ils tiennent eux-mêmes à la justice, soit, dans le
cas contraire, de nommer de mauvais juges. Aussi
nos maîtres affirment-ils(36) :
«Yif'tah dans sa génération équivaut
à Chémouèl dans sa génération.»
En vérité, si la génération de Yif'tah
était convenable et voulait pratiquer la justice, il suffisait
de prier pour que D'ieu leur donne un juge comme Chémouèl.
Le choix du
juge dépend principalement du degré de perfection
de ceux qui le désignent. Aussi s'adressant au peuple d'Israël,
Mochè recommande-t-il de nommer des juges et magistrats,
droits et justes, dans toutes tes villes que
l'Ét'ernel te donne, autrement dit,
l'Ét'ernel veut bien te donner des juges bons et
corrects, mais il te revient le droit
de les nommer. Il faut alors faire de telle sorte que ton
choix coïncide avec celui de l'Ét'ernel!
Trois critères
interviennent dans le choix des juges.
Être intéressé
à voir régner la justice à tout prix.
Rechercher des
juges convenables prêts à appliquer justice et droiture.
Accepter l'autorité
des juges et obtempérer à leurs décisions.
La Tora souligne,
pour cette raison, que ceux qui détiennent le pouvoir de
procéder à la désignation des juges, doivent
accepter, en premier lieu, l'autorité du juge. Pour ce faire,
il est impératif non seulement de ne point le contester,
étant à l'origine de cette nomination, mais surtout
d'appliquer scrupuleusement ses décisions. Agissant ainsi,
tu [Israël] auras désigné, en vérité,
les juges que l'Ét'ernel, ton D'ieu avait désignés
et réservés pour toi, pour chacune
de tes tribus.
Wé-chafétou,
ils jugeront
Il eût
été plus exact de formuler ainsi le verset :
Wéyi-chepétou otékha michepat tsèdèq,
et ils te jugeront selon la justice! Pourquoi donc avoir
dit ète ha-âm, le peuple.
Les juges, étant
incontestés par ceux-là mêmes qui les ont désignés,
n'auront pas de difficulté à juger le peuple avec
justice, le reste du peuple, autrement dit, ceux qui n'ont
pas procédé à leur nomination.
Les conséquences
d'une nomination bien pesée et pensée, nomination
n'ayant d'autre critère que l'intégrité
morale du juge et sa capacité d'imposer son autorité
à ceux qui l'ont nommé, seront bénéfiques
pour le reste du peuple.
Selon
la justice et la droiture.
En disant michepat
tsèdèq, jugement de justice, autrement
dit, un jugement juste et non michepat bé-tsèdèq,
un jugement avec justice, la Tora met l'accent, selon Or
ha-Hayim, sur la nécessité pour le juge de
détacher le jugement qu'il a à rendre de la personne
qui se trouve devant lui.
Pour parvenir
à la vraie justice, dit-il, il ne faut considérer
que le cas lui-même sans le lier à l'individu concerné.
Cette démarche qui ne consent qu'à examiner le cas
spécifique présente l'avantage de ne point tomber
sous l'influence de la personne jugée. Ce principe sera d'une
grande utilité lorsque le cas examiné dépend
davantage de la logique beaucoup plus que de la jurisprudence ou
du code.
Ne fais
pas fléchir le droit, n'aie pas égard à la
personne, et n'accepte point de présent corrupteur, car la
corruption aveugle les yeux des sages et fausse la parole des justes.
Parlant des
juges, le texte use de la troisième personne du pluriel :
ils jugeront, mais, par la suite, il emploie
la deuxième personne du singulier :
Ne
fais pas fléchir le droit,
Pour que la
justice puisse s'exercer pleinement, il est nécessaire d'avoir
une séparation de pouvoirs, le judiciaire
séparé du législatif, ainsi
que du pouvoir politique.
Le pouvoir politique
s'arrête et se limite à la nomination. En acceptant
cette règle, il assure du coup l'exercice de la justice à
tout le peuple.
Les conséquences
sont positives : justice, droiture, ne pas faire fléchir
le droit, ne pas avoir d'égard, ne pas accepter de don corrupteur.
Par ailleurs
en condamnant le coupable et innocentant l'innocent, le juge fait
correspondre son jugement à celui que l'Ét'ernel avait
jugé.
Le texte se
lira donc ainsi : «ils jugeront le peuple
par un jugement qui est celui-là même
de la justice divine».
C'est la
justice, la justice seule que tu dois rechercher, si tu veux te
maintenir en possession du pays que l'Ét'ernel, ton D'ieu,
te destine.
C'est
la justice, c'est la justice seule que tu dois rechercher.
Pourquoi la
répétition de tsèdèq ?
Selon Rav Alchèkh,
la répétition de tsèdèq énonce,
en plus de l'obligation, enseignée par Rachi, de chercher
à confier notre cas à juger au meilleur tribunal,
Bèt Dine, la recommandation de ne point évaluer
un Bèt Dine par rapport à un autre. S'il
faut évaluer, ce ne saurait être que par rapport à
la justice elle-même. L'appréciation ne consiste nullement
à déterminer si tel Bèt Dine juge
mieux que tel autre, mais plutôt tel Bèt Dine
est juste. En agissant ainsi, il existe la possibilité de
tomber sur le Bèt Dine dont le critère n'est
pas d'être plus juste que l'autre mais d'être simplement
juste car le principe est de rechercher justice par rapport
à justice.
Afin
que tu vives,
La vie d'Israël
dépend, selon le texte, de la pratique de la justice par
les juges. Et si les juges fautent, pourquoi Israël serait-il
en faute au point qu'il ne lui sera pas possible de vivre?
Rachi dit :
«La nomination de juges droits et convenables est suffisante
pour faire vivre Israël et les maintenir sur leur terre.»
Il suffit effectivement
que la démarche de désigner des juges soit conforme
aux critères de justice, de droiture et de vérité
pour que Âm Yisraèl soit considéré
méritant de vivre bien établi dans son pays. C'est
pourquoi Rachi ne parle pas de l'exercice de la justice qui dépend
des seuls juges mais de la nomination des juges qui, elle, dépend
d'Israël.
Et
que tu hérites le pays que l'Ét'ernel, ton D'ieu,
te donne.
Ce verset parle
à la fois d'héritage et donation
tous deux de nature différente. L'héritage
ne peut être interrompu, ni prendre fin puisqu'il va de succession
en succession. En revanche, la donation peut être
envisagée pour un temps limité. Pourquoi donc fait-il
appel à ces deux notions contradictoires?
Héritage
et donation, bien que deux notions présentant
un aspect antinomique, sont employés pour bien souligner
que la pratique de la justice transformera la donation du pays qui,
étant en principe limitée dans le temps, en un héritage
qui aura l'avantage d'être transmis de père en fils
jusqu'à la fin des temps.
Ainsi l'existence
d'Israël et son maintien sur sa terre tiennent à l'exercice
de la justice. Autant dire que l'exil ou la délivrance de
Âm Yisraèl dépendent de la pratique
de la justice telle que l'exprime le prophète(37) :
«Sion sera sauvée par la justice et ses rapatriés
par la droiture [charité].»
1.
Dévarim 16, 1820.
2.
Avot 1, 18.
3.
Zékharya 8, 16.
4.
Avot 3, 2.
5.
Âvoda Zara 3b et 4a.
6.
Habaqouq 1, 1314.
7.
Michelè 29, 4.
8.
Sanhèdrine 32a.
9.
Yalqout Chimôni sur Chofétim
paragr. 907.
10.
Dévarim 16, 18.
11.
Hochèâ 11, 1.
12.
Yéchâya 61, 8.
13.
id. 5, 16.
14.
ibid. 5, 16.
15.
Yéchâya 56, 1.
16.
Téhillim 99, 4.
17.
Yirmiya 31, 21.
18.
Chabbat 10a.
19.
Tanhouma sur Chofétim paragr.
3.
20.
Chémot 18, 25.
21.
Bé-midbar 16, 15.
22.
Chémouèl 1. 12, 3.
23.
Bérakhot 10b.
24.
Orah Hayim 529, 4.
25.
in. Qiddouchine 81a.
26.
cf. Dévarim 16, 18.
27.
Chémot 31, 14.
28.
Dévarim 5, 12.
29.
id. 16, 14.
30.
Dévarim Rabba chap. 5, paragr. 4.
31.
Midrache Téhillim Psaume 72.
32.
Yéchâya 30, 18.
33.
Wayi-qra 26, 4.
34.
Wayi-qra Rabba chap. 35, paragr. 5.
35.
Hochèâ 2, 21.
36.
Roche ha-Chana 25b.
37.
Yéchâya 1, 27.