«Quand, arrivé dans le pays que l'Ét'ernel, ton D'ieu, te donne, tu en auras pris possession et y
seras bien établi, si tu dis alors : «Je voudrais mettre un roi à ma tête, à l'exemple de tous les
peuples qui m'entourent», tu pourras te donner un roi, celui dont l'Ét'ernel, ton D'ieu,
approuvera le choix : c'est un de tes frères que tu dois désigner pour ton roi; tu n'auras pas le
droit de te soumettre à un étranger, qui ne serait pas ton frère. Seulement, il doit se garder
d'entretenir beaucoup de chevaux, et ne pas ramener le peuple en Égypte pour en augmenter le
nombre, l'Ét'ernel vous ayant déclaré que vous ne reprendrez plus ce chemin-là désormais. Il ne
doit pas non plus avoir beaucoup de femmes, de crainte que son coeur ne s'égare; même de
l'argent et de l'or, il n'en amassera pas outre mesure. Or, quand il occupera le siège royal, il
écrira pour son usage, dans un livre, une copie de cette Doctrine, en s'inspirant des pontifes
descendants de Léwi. Elle restera par devers lui, car il doit y lire toute sa vie, afin qu'il s'habitue
à révérer l'Ét'ernel, son D'ieu, qu'il respecte et exécute tout le contenu de cette Doctrine et les
présents statuts; afin que son coeur ne s'enorgueillisse point à l'égard de ses frères, et qu'il ne
s'écarte de la loi ni à droite ni à gauche. De la sorte, il conservera longtemps sa royauté, lui
ainsi que ses fils, au milieu d'Israël(1).»
En ordonnant
l'institution des juges et magistrats pour juger le peuple, la Tora
voulut insister sur la fonction de la justice dans la société.
Sans l'intervention des juges, les fondements de la société
sont ébranlés. Le juge qui assure l'équité
et la justice, maintient l'équilibre du monde. Il est en
fait l'associé de D'ieu dans l'oeuvre de la Création.
Cependant, il
est un devoir essentiel pour qui assume la responsabilité
de nommer des juges. Il doit s'assurer aussi bien de sa compétence
à juger que de son éthique. Le juge qui accepte un
présent corrupteur n'a d'autre choix que de trancher en faveur
de celui qui le lui aura offert. Il fausse la justice et met l'existence
du monde en danger.
En outre, le
Talmoud(2) enseigne :
«Quiconque
nomme un juge inapte est considéré comme s'il avait
planté un arbre [une idolâtrie]. Et, si cette nomination
se fait au détriment d'un juge apte et compétent,
il sera considéré comme s'il l'avait planté
auprès de l'autel.»
Toutefois, la
fonction du juge étant à ce point importante et, le
système judiciaire une des prescriptions de la Tora, pour
quelle raison prévoit-on la possibilité d'instaurer
la royauté? La royauté est-elle un choix de société
ou est-ce, au contraire, une institution nécessaire qui s'inscrit
dans l'économie générale du peuple d'Israël?
Le Midrache(3),
abordant le texte(4) :
«Quand
arrivé dans le pays que l'Ét'ernel, ton D'ieu, te
donne...», rapporte : «[Quelle serait] la
règle à propos d'un roi d'Israël? Lui sera-t-il
permis de comparaître devant un tribunal? Ainsi nos Maîtres
enseignent-ils : ni un roi est juge, ni il est jugé,
ni il témoigne ni il n'est appelé à témoigner.
Nos Maîtres s'interrogent : pourquoi ne doit-on pas le
juger?
Rabbi Yirmiya
dit : il est écrit à propos du roi David(5) :
«C'est
de Toi qu'émanera mon bon droit...» Ainsi,
aucun être ne peut juger le roi en dehors du Saint béni
soit-Il. Nos Maîtres disent : Ainsi s'adresse le Saint
béni soit-Il à Israël : Mes enfants, J'ai
pensé vous rendre indépendants de l'asservissement
aux rois. Comment? Il est dit(6) :
«Ânesse
sauvage, habituée au désert. Tel un onagre vivant
dans le désert, ne craignant pas l'homme...»,
Je pensais vous épargner la crainte des rois. Mais vous ne
l'entendiez pas ainsi. Au contraire(7) :
«Aspirant
le vent dans la fougue de ses désirs.» Le vent
n'est autre que des royaumes ainsi qu'il est dit(8) :
«Et
voilà que les quatre vents du ciel firent irruption sur la
grande mer.» Le Saint béni soit-Il dit :
Peut-être prétendez-vous que J'ignore votre intention
de M'abandonner? Mais Je vous aurais avertis par Mochè auquel
J'ai transmis : Comme ils sont appelés à réclamer
un roi de chair et de sang, qu'ils nomment un d'entre eux et non
un roi étranger ainsi que nous le lisons dans le texte(9) :
«C'est
un de tes frères que tu dois désigner pour ton roi;
tu n'auras pas le droit de te soumettre à un étranger
qui ne serait pas ton frère.»
Contrairement
à son habitude, ce midrache tente en s'appuyant
sur la Halakha, la règle du droit hébraïque,
précisant qu'un roi est au-dessus de la Loi, que la nomination
du roi n'est pas bien appréciée par D'ieu. Demander
l'instauration de la royauté, c'est contester l'autorité
divine.
Le peuple d'Israël
devait échapper aux normes sociales des autres peuples. Ces
derniers sont faits pour être soumis à un roi dont
les devoirs sont décrits par le prophète Chémouèl(10) :
«Voici
comment procèdera le roi que vous voulez avoir : vos
fils, il les prendra pour les employer à ses chars, à
sa cavalerie, les fera courir devant son char, en fera des officiers
de mille, des officiers de cinquante, les forcera à labourer,
à moissonner pour lui, à fabriquer ses armes et l'attirail
de ses voitures. Vos filles, il les exploitera pour la préparation
des parfums, pour sa cuisine et pour son pain. Les meilleurs de
vos champs, de vos vignobles et de vos plants d'oliviers, il les
prendra pour les donner à ses serviteurs...»
Israël,
gouverné par un roi, pense certainement tirer certains avantages.
Mais ces avantages, comparés à la perte de liberté
dont il jouit, ne sont en aucun cas dignes de considération.
Peut-être s'attend-il à trouver en la personne du roi,
accepté par tous, celui qui serait à l'écoute
des désirs et attentes du peuple.
Non! C'est le
contraire qui se produira. Le peuple subira la crainte du roi. Étant
au-dessus des lois, il échappera à toute justice.
C'est au peuple de marquer sa soumission au roi. Le roi n'aura de
comptes à rendre qu'à D'ieu, tel que David l'exprime :
«De Toi émanera mon bon droit.»
S'agissant de
David, roi juste et droit, il est évident que les chances
de garder fidélité à D'ieu, tant à son
niveau qu'à celui du peuple, sont grandes. Mais qu'arrivera-t-il
avec un roi moins docile et fidèle à D'ieu? Aussi,
D'ieu se plaint-Il de la résolution des Bénè
Yisraèl à réclamer un roi.
Aliéner
leur liberté en s'octroyant un roi n'effraie pas les Bénè
Yisraèl. Bien au contraire, au lieu d'exprimer toute
leur allégeance à D'ieu, ils sont prêts à
se soumettre à l'arbitraire d'un roi.
Une différence
radicale apparaît entre les deux situations que connaît
Israël. Dans le désert, tel l'onagre qui ne cède
pas à la crainte de l'homme, Israël expérimente
une véritable liberté, celle qui s'exprime par la
seule obéissance à D'ieu.
Au pays de Kénaâne,
dès son installation, Israël demande à instaurer
la royauté; abdiquant toute liberté, il se laisse
gouverner par un roi.
Mais il est
surprenant de voir D'ieu réagir de la sorte du temps de Chémouèl.
La désignation d'un roi est prévue dans la Tora. Rabbi
Yéhouda Bar Èl'âï enseigne(11) :
«Trois
prescriptions furent ordonnées à Israël dès
leur entrée en Èrèts Yisraèl :
désigner un roi, effacer le souvenir de Âmalèq
et bâtir le Bèt ha-Miqdache.»
Si donc cette
désignation répond à une nécessité,
les réticences de D'ieu comme celles de Chémouèl
nous surprennent.
Le midrache
signale en passant qu'Israël est appelé à abandonner
D'ieu. Un roi aura vite fait de confisquer la liberté du
peuple à son profit. Malgré l'interdit de nommer un
roi étranger, plus apte à conduire Israël à
se révolter contre D'ieu, le roi risque tout de même
de lui faire oublier son devoir à l'égard de D'ieu.
Le Midrache(12)
poursuit dans la liste des déboires qu'Israël aura à
connaître sous le règne des rois. Il s'exprime ainsi
à propos du texte(13) :
«Je
voudrais mettre un roi à ma tête...»
Nos Maîtres affirment : Le Saint béni soit-Il
dit : Dans ce monde, vous avez voulu désigner des rois.
Ces rois seront là pour vous faire tomber sous l'épée.
Chaoul les
fait tomber dans le Mont Guil'boâ tel qu'il est dit(14) :
«Les
Israélites...abandonnèrent leurs villes et se sauvèrent...»
David provoque
le fléau ainsi qu'il est dit(15) :
«Le
Seigneur fit alors sévir la peste en Israël.»
Ah'ab
cause l'arrêt des pluies, selon le texte(16) :
«Il
n'y aura, ces années-ci, ni pluie ni rosée.»
Tsid'quiyahou
entraîne la destruction du Bèt ha-Miqdache.
Ayant vu
ce qui lui est arrivé par la faute de ses rois, Israël
se mit à geindre : Nous ne voulons plus de roi! Nous
désirons notre premier roi(17) :
«Oui,
l'Ét'ernel est notre juge, l'Ét'ernel est notre législateur,
l'Ét'ernel est notre roi, à Lui nous devons le salut!»
Le Saint béni soit-Il répond : par votre vie,
ainsi Je ferai tel qu'il est dit(18) :
«L'Ét'ernel
sera roi sur toute la terre; en ce jour, l'Ét'ernel sera
Un et Unique sera Son Nom.»
Ce midrache
exprime une condamnation sévère de la royauté.
L'institution s'avère un danger pour Israël surtout
si elle est pensée et voulue sur le modèle des royautés
des autres peuples.
Les restrictions
émises par la Tora et les prescriptions particulières
au roi sont autant de barrières pour s'assurer du bon comportement
du roi et de son obéissance à D'ieu. Mais force nous
est de constater que les rois, bons ou mauvais, n'ont pas toujours
été d'un bon secours pour le peuple.
À l'avenir,
Israël, lassé par les déboires consécutifs
aux règnes de Chaoul, David, Ah'ab et Tsid'quiyahou,
finira par réclamer le seul règne de D'ieu. Ce sera
le jour où tous les peuples reconnaîtront également
que D'ieu est Un et Unique.
Quand, arrivé
dans le pays que l'Ét'ernel, ton D'ieu, te donne, tu en auras
pris possession et y seras bien établi; si tu dis alors :
«Je voudrais mettre un roi à ma tête, à
l'exemple de tous les peuples qui m'entourent.»
Je
voudrais mettre un roi à ma tête, à l'exemple
de tous les peuples qui m'entourent.
La prescription
de nommer un roi se présente de manière différente
de toutes les mitswot de la Tora.
D'ieu n'ordonne
certes pas explicitement de désigner un roi mais laisse toute
latitude au peuple d'Israël de procéder, quand il le
voudra, à la nomination du roi. La mitswa n'intervient
que pour porter le choix sur «un de tes frères».
Mais tant qu'il
ne veut pas désigner le roi, le peuple d'Israël n'est
pas tenu d'en avoir un. Dans une telle perspective, on ne saurait
comprendre Yaâqov qui, peu avant sa mort, désigne Yéhouda
pour assumer la royauté(19) :
«Le sceptre [de la royauté] n'échappera point
à Yéhouda, ni l'autorité à sa descendance...»
En vérité(20),
sachant qu'Israël allait demander la nomination d'un roi, Yaâqov
porte son choix sur Yéhouda. Ainsi quand, arrivé
dans le pays, Yaâqov sait que ses descendants souhaiteraient
désigner un roi. Cependant, ce souhait ne sera émis
qu'une fois le pays de Kénaâne conquis.
En effet, les
Bénè Yisraèl, installés dans
leur possession, libérés des contraintes des guerres
de conquête contre les 31 rois, voudront ressembler aux autres
peuples. La Tora, craignant qu'Israël ne se tourne vers un
roi issu des autres peuples habitués aux institutions royales,
exige de ne nommer qu'un roi parmi Israël. La mitswa
de choisir un roi d'«entre tes frères»,
fait allusion à Yéhouda car, de tous les fils de Léa,
Léwi excepté, Yéhouda se situe au milieu de
ses frères.
Rambane pense
que l'expression si tu dis, n'est pas en réalité
hypothétique, mais un impératif. Israël a le
devoir de proclamer : «Je voudrais placer un roi».
Cette déclaration est à faire devant les Kohanim,
les Léwiim et les Juges de l'époque. C'est ainsi qu'ils
avaient procédé lors de la nomination de Chaoul, ils
demandèrent à Chémouèl de «placer
à leur tête un roi pour les juger». Cependant,
la nomination d'un roi entre, pour lui, dans le déroulement
normal des événements.
La position
de Sforno est intéressante car elle rend compte de l'exigence
de continuité, la royauté se transmettant de père
en fils, alors que les juges étaient désignés
pour occuper leurs fonctions sans jamais pouvoir les transmettre
à leurs descendants. Israël était donc à
la recherche de la stabilité de régime.
Pour Or ha-Hayim,
la contradiction entre les deux propositions «Si tu dis
alors : je voudrais mettre un roi» indiquant une
prescription facultative, et «Tu te donneras un roi»
marquant l'obligation, n'est en fait qu'apparente.
Il existe, pour
lui, deux aspects de la fonction de la royauté. Le premier
aspire à nommer un roi dont le rôle essentiel serait
de diriger les guerres selon ses connaissances stratégiques
et en qui le peuple placera sa confiance. Un tel aspect est réprouvé
par D'ieu car le roi n'est pas choisi sur des critères faisant
appel à la perfection morale mais plutôt à ses
aptitudes de guerrier et de combattant. En cela, Israël se
conduirait comme les autres peuples.
Mais, pour le
deuxième aspect, le roi, assisté toujours de D'ieu,
grâce à son mérite personnel apportera protection
et gloire au peuple d'Israël.
Aussi, le texte
se lit-il ainsi : Quand, arrivé au pays, après
toutes les guerres livrées par D'ieu contre tous les peuples,
Israël se dira alors : «Je voudrais mettre un
roi à ma tête, à l'exemple de tous les peuples
qui m'entourent», autrement dit, un roi pour diriger les
guerriers, D'ieu ne consentira jamais à une telle nomination
car c'est une forme de royauté qu'Il réprouve.
S'il faut procéder
à une telle nomination, elle ne se fera que selon la forme
approuvée par D'ieu. Certes, «tu pourras te donner
un roi, [mais ce sera] celui dont l'Ét'ernel ton D'ieu
approuvera le choix.
Nos Maîtres
enseignent(21) : «On
ne désigne un roi que par le Tribunal de 70 Anciens et par
un prophète.» Autrement, cette nomination est assimilée
à celle que les autres peuples font et considérée
nulle et non avenue. Aussi, pour cette raison, le premier verset
est-il nécessaire car il vient exclure toute forme de désignation
rappelant la procédure des peuples étrangers.
Ainsi comprenons-nous
la colère divine s'enflammant contre Israël qui demande
à Chémouèl de procéder à la désignation
d'un roi. Il dit en effet(22) :
«Donne-nous donc un roi pour nous gouverner, comme en ont
tous les peuples.» Israël insiste plus sur la forme
de royauté adoptée par les peuples et qui ne répondait
point à l'idéal de D'ieu. Il est vrai que D'ieu aurait
voulu diriger Lui-même le destin du peuple d'Israël.
Mais si celui-ci en faisait la demande, le choix du roi s'arrêtera
sur celui qu'aura approuvé D'ieu.
Rav Alchèkh
tente d'expliquer également la raison qui motive la colère
de Chémouèl lorsqu'Israël demande de lui donner
un roi. À cet effet, il rappelle les trois prescriptions
imposées à Israël après son installation
au pays de Kénaâne : nommer un roi, effacer le
souvenir de Âmalèq et bâtir le Bèt ha-Miqdache.
En quoi donc Israël est-il coupable aux yeux de Chémouèl
puisqu'une telle demande est conforme à ce que D'ieu ordonne?
Pour lui, D'ieu,
ayant prévu qu'Israël fera la demande d'un roi, l'inclut
dans la Tora en tant que prescription. Le verset se lirait, quant
à lui, ainsi : Quand arrivé au pays
sans avoir un roi à la tête, un pays que te donne
l'Ét'ernel, ton D'ieu, en possession, signalant ainsi
les bienfaits de D'ieu, pour bien préciser que point n'est
besoin d'un roi. Ce qu'un roi fait pour son peuple, D'ieu l'a déjà
réalisé pour toi. Convaincu d'une telle réalité,
Israël est assuré de s'établir dans le pays
qu'Il lui donne en possession.
Cependant, que
peut faire de plus D'ieu sachant qu'en définitive Israël
déclarera alors : «Je voudrais placer un roi
à ma tête». D'ieu ne saurait empêcher,
malgré toute Sa sollicitude pour le peuple d'Israël,
d'en arriver un jour à réclamer l'institution de la
royauté.
Tu pourras
te donner un roi, celui dont l'Ét'ernel, ton D'ieu, approuvera
le choix : c'est un de tes frères que tu dois désigner
pour ton roi, tu n'auras pas le droit de te soumettre à un
étranger qui ne serait pas ton frère.
Tu
pourras te donner un roi, celui dont l'Ét'ernel, ton D'ieu,
approuvera le choix.
Kéli
Yaqar étudie, quant à lui, toutes les différentes
explications avancées. Il propose, pour sa part, que D'ieu
tient que le peuple d'Israël désigne un roi qu'il craigne.
La Michena(23) enseigne : «Il
faut toujours prier pour la paix du royaume car, sans la crainte
[de l'autorité], un homme dévorera son prochain.»
La désignation du roi ne doit nullement se faire en vue de
maintenir l'ordre et l'harmonie au sein de la société
car les tribunaux et les juges sont là pour les assurer.
Ce que vise D'ieu, c'est bien le fait que le peuple apprenne à
craindre l'autorité.
Aussi, après
l'établissement dans le pays, le peuple peut être porté,
parce qu'il jouit de tout le bien-être, à secouer le
joug de l'autorité et agir comme bon lui semble. À
ce moment, ceux qui sont animés par l'attachement à
D'ieu se réclameront de la nécessité de se
donner un roi, mais un roi à ma tête, âlaÏ,
sur moi, autrement dit : afin que sa crainte s'impose
à moi.
C'est à
cette volonté que la Tora répond par : Som
tassim âlèkha, placer tu placeras sur
toi, autrement dit, un roi qui t'impose crainte et respect.
Mais à
l'époque de Chémouèl, les Bénè
Yisraèl avaient demandé : Tèna
lanou mèlèkh, donne-nous un roi(24),
précisant bien lanou, pour nous, non âlènou,
sur nous.
Ils aspiraient,
avant tout, d'avoir un roi désigné par eux, qu'ils
peuvent manipuler à leur guise. Un tel roi n'aura d'autre
choix que de chercher à leur plaire plutôt que de leur
imposer sa volonté. Aussi poursuivent-ils : «Un
roi pour nous juger comme en ont tous les peuples.»
Une telle approche
déplut certainement à Chémouèl et encore
davantage à D'ieu qui dit :
«Cède
à la voix de ce peuple, fais ce qu'ils te disent : ce
n'est pas toi qu'ils rejettent, c'est Moi-même dont ils ne
veulent plus pour leur roi.»
En disant cela,
D'ieu confirme à Chémouèl son innocence et
son impartialité qui dérangent les Bénè
Yisraèl.
Néanmoins
Chémouèl, s'apprêtant à remplir leur
désir, leur décrit les abus de pouvoir auxquels ils
doivent s'attendre de la part du roi.
Les Bénè
Yisraèl, regrettant d'avoir formulé leur demande
de telle sorte qu'elle ait déplu aussi bien à Chémouèl
qu'à D'ieu, se reprennent(25) :
«Nous voulons un roi qui règne sur nous.»
Cependant, D'ieu
recommande à Chémouèl(26) :
«Donne-leur un roi», lahème,
pour eux, et non âlèhème,
sur eux, car ayant vu qu'ils étaient prêts
à Le craindre, Il se contente de nommer un roi qui sera leur
égal afin qu'il ne soit pas tenté de concevoir de
l'orgueil à l'égard de ses frères.
Seulement,
il doit se garder d'entretenir beaucoup de chevaux, et ne pas ramener
le peuple en Égypte pour en augmenter le nombre, l'Ét'ernel
vous ayant déclaré que vous ne reprendrez plus ce
chemin-là désormais. Il ne doit pas non plus avoir
beaucoup de femmes, de crainte que son coeur ne s'égare;
même de l'argent et de l'or, il n'en amassera pas outre mesure.
La Tora émet
des restrictions au roi dans le seul but de l'éloigner de
l'orgueil. Contrairement aux rois des peuples, le roi d'Israël
doit éviter trois excès pouvant le conduire à
soigner sa gloire :
Il
doit se garder d'entretenir beaucoup de chevaux afin qu'il ne ramène
pas le peuple en Égypte,
Car c'est en
Égypte où il peut s'approvisionner en chevaux. La
Tora interdit d'y retourner.
Augmenter
le nombre de chevaux,
Le roi voudrait
se doter d'un grand nombre de chevaux dans le but de faire des guerres.
Il
ne doit pas non plus avoir beaucoup de femmes, de crainte que son
coeur ne s'égare.
Cela peut se
produire quand, pour maintenir de très bons rapports avec
les rois voisins, il épouse leurs filles. Il arrivera à
coup sûr, comme pour le roi Chélomo, que ces princesses
voudront le détourner de l'obéissance à D'ieu
et à la Tora.
Même
de l'argent et de l'or, il n'en amassera pas outre mesure.
Le roi aurait
tendance à augmenter ses avoirs pour entretenir ses troupes
et ses chars en vue de guerres de conquête.
En vérité,
toutes ces interdictions s'avèrent de grande nécessité
pour qu'un roi puisse se maintenir sur son trône. Pourquoi
donc restreindre les possibilités du roi dans ce domaine?
La Tora vise
surtout à convaincre le roi de ne point placer sa confiance
dans la richesse, ni dans le nombre et la puissance de sa cavalerie,
ni dans sa force. Il suffit pour réussir de lever les yeux
vers son Créateur qui lui procurera bonheur et succès.
L'étude de la Tora lui assurera un règne heureux et
durable.
Or, quand
il occupera le siège royal, il écrira pour son usage,
dans un livre, une copie de cette Tora, en s'inspirant des pontifes
descendants de Léwi.
Or,
quand il occupera le siège royal, il écrira pour son
usage, dans un livre, une copie de cette Tora,
Aussitôt
le trône occupé, le roi se doit de lutter contre les
trois travers qui mettent en danger la royauté : richesse,
appétits charnels et orgueil.
Cette lutte
n'est possible que grâce à la Tora. Aussi le livre
de Tora l'acompagnera toujours afin que n'étant jamais tenté
de se révolter contre D'ieu se maintienne sur son trône.
Kissè,
trône, se compose des lettres kaf, débutant
le mot kèssèf, argent; samèkh,
débutant le mot sous, cheval, et alèf,
débutant Icha, femme. Grâce à
la Tora, il parviendra à neutraliser ces trois tendances
et se maintenir sur son trône.
Aussi, pour
parvenir à ce niveau de perfection morale, le texte recommande :
Elle restera
par devers lui, car il doit y lire toute sa vie, afin qu'il s'habitue
à révérer l'Ét'ernel, son D'ieu, qu'il
respecte et exécute tout le contenu de cette Tora et les
présents statuts.
Elle
restera par devers lui, car il doit y lire toute sa vie, afin qu'il
s'habitue à révérer l'Ét'ernel, son
D'ieu,
Toujours attachée
à lui, la Tora l'accompagne partout à l'exception
de la salle de bains.
L'étude
le conduit à la crainte de D'ieu et le protège
contre toute tendance à l'orgueil. Aussi la Tora souligne-t-elle :
Afin que
son coeur ne s'en orgueillisse point à l'égard de
ses frères, et qu'il ne s'écarte de la loi ni à
droite ni à gauche. De la sorte, il conservera longtemps
sa royauté, lui ainsi que ses fils, au milieu d'Israël.
L'étude
de la Tora inspire à l'homme soumission et modestie. C'est
la vertu essentielle qui garantit au roi un long règne
tant pour lui que pour ses enfants qui lui succèderont.
1.
Dévarim 17, 14-20.
2.
Âvoda Zara 52a.
3.
Dévarim Rabba chap. 5, paragr. 7.
4.
Dévarim 17, 14.
5.
Téhillim 17, 2.
6.
Yirmiya 2, 24.
7.
id. 2, 24.
8.
Danièl 7, 2.
9.
Dévarim 17, 15.
10.
Chémouèl 1. 8, 11-15.
11.
Dévarim Rabba chap. 5, paragr. 10.
12.
Dévarim Rabba chap. 5, paragr. 11.
13.
Dévarim 17, 14.
14.
Chémouèl 1. 34, 7.
15.
Chémouèl 2. 24, 15.
16.
Mélakhim 1. 17, 1.
17.
Yéchâya 33, 22.
18.
Zékharya 14, 9.
19.
Bérèchit 49, 10.
20.
N.B. Commentaire anonyme tiré de Miqraot Guédolot,
Rab Péninim, édition Lewin-Epstein Jérusalem
5729.
21.
Sanhèdrine, Tosséfta chap. 3, paragr. 2.
22.
Chémouèl 1. 8, 5.
23.
Avot 3, 2.
24.
Chémouèl 1. 8, 6.
25.
Chémouèl 1. 8, 19.
26.
id. 8, 22.