«Pour prix de votre obéissance à ces lois et de votre fidélité à les accomplir, l'Ét'ernel, votre
D'ieu, sera fidèle au pacte de bienveillance qu'il à juré à vos pères. Il t'aimera, te bénira, te
multipliera, Il bénira le fruit de tes entrailles et le fruit de ton sol, ton blé, ton vin et ton huile,
les produits de ton gros et de ton menu bétail, dans le pays qu'Il à juré à tes pères de te donner.
Tu seras béni entre tous les peuples; parmi toi comme parmi tes bêtes, aucun sexe ne sera
stérile. L'Ét'ernel écartera de toi tout fléau; et toutes ces funestes plaies de Mitsrayim que tu
connais bien, ce n'est pas à toi qu'il les infligera, mais à tes adversaires. Tu anéantiras donc
tous les peuples que te livre l'Ét'ernel ton D'ieu sans laisser ton oeil s'attendrir sur eux de peur
que tu n'adores leurs divinités; car ce serait un piège pour toi(1).»
La sidra
Êqèv, s'ouvre sur la récompense promise
à l'homme qui s'applique à réaliser, dans ce
monde, les mitswot de la Tora.
Cependant nos
maîtres affirment que la récompense des mitswot
n'a pas cours dans ce monde. Parce que la mitswa appartient
au monde de l'intellect et de l'esprit, il ne peut y avoir qu'une
récompense spirituelle et cela ne saurait exister que dans
ôlam ha-ba, le monde futur.
Bèn Âzzaï
disait justement(2) : «La
récompense d'une mitswa, bonne oeuvre, est d'être suivie
d'une nouvelle mitswa» pour souligner qu'une récompense
matérielle n'est pas envisageable dans ce monde.
Le bonheur et
la joie d'avoir accompli une mitswa donne comme récompense
la possibilité de réaliser une autre mitswa.
Bien plus, certains commentateurs disent que la joie
ressentie et la satisfaction résultant de
l'accomplissement d'une mitswa constituent en soi la récompense
de cette mitswa.
C'est d'ailleurs
l'opinion qu'exprime Rachi après le Talmoud(3)
à propos du verset(4) :
«Tu observeras donc la loi, et les décrets et les
règles, que je t'ordonne en ce jour d'exécuter.»
en ce
jour pour les exécuter,
«...mais
demain dans le monde futur pour recevoir leur récompense.»
Rachi confirme
donc que la récompense pour l'accomplissement des mitswot
n'est pas de ce monde.
Mais alors une
grande difficulté surgit. Comment la sidra Êqèv,
ainsi que d'autres textes de la Tora, parlent-ils de la récompense
matérielle, dans ce monde, promise à celui qui exécute
les prescriptions de la Tora?
Le Midrache(5)
écrit :
«Il
arrivera que pour prix de votre obéissance à ces lois(6).»
C'est ce que le texte exprime(7) :
«Pourquoi
m'exposerais-je à avoir peur aux jours de l'adversité?
À me voir enveloppé par le péché qui
s'attacherait à mes talons?» Béni soit
le Nom du Saint béni soit-Il qui a transmis la Tora à
Israël se composant de 613 commandements divisés en
légers et graves. Parce que les hommes ne prêtent aucune
attention aux commandements légers mais les foulent plutôt
à leurs talons, autrement dit, parce que ces commandements
sont de moindre importance, David appréhendait le jour du
jugement et disait : «Maître du monde! Je ne crains
pas les commandements graves de la Tora parce qu'ils sont justement
graves. Ce que j'appréhende le plus, ce sont les commandements
légers. Je me demande s'il ne m'arrive pas d'en transgresser
un ou d'en accomplir un parce qu'il est léger alors que Tu
as recommandé(8) :
«Sois
attentif à une prescription légère comme à
une prescription grave.» C'est pourquoi il dit :
«Pourquoi m'exposerais-je à avoir peur?»Midrache
surprenant car le texte de la Tora parle de la récompense
relative à l'obéissance des mitswot, alors
qu'il parle plutôt de la gravité de transgresser les
préceptes légers qui semblent anodins.
En vérité,
David, soucieux d'atteindre la perfection morale qui lui assurerait
le bonheur du monde futur, trouve que le seul chemin qui y conduit
est de faire attention aux prescriptions auxquelles nul n'attache
une grande importance parce qu'elles paraissent légères.
Le Midrache(9)
attire précisément notre attention sur le danger de
vouloir faire un choix et ne chercher à n'accomplir que les
prescriptions paraissant importantes pour recevoir une meilleure
récompense. Ce serait d'ailleurs une grave erreur d'opérer
ainsi(10) : «Car tu
ne sais pas quelle est la récompense attachée à
l'accomplissement des mitswot.»Si D'ieu avait établi
une échelle de valeurs des mitswot, cela reviendrait
à accepter, dès le départ, la possibilité
de négliger toutes les mitswot qui ne rapportent
point une bonne récompense. La nature de l'homme est évidemment
ainsi faite : le choix est déterminé par le gain
et le bénéfice qui sont au bout de la ligne.
Mais Rabbi Chimône
Bèn Yohaï enseigne(11)
:
«Deux
prescriptions ont vu leur récompense révélée :
une, la plus légère des légères et l'autre,
la plus grave parmi les graves. La plus légère, relative
au nid d'oiseau trouvé en chemin(12) :
«Tu
es tenu de laisser envoler la mère, sauf à t'emparer
des petits de la sorte, tu seras heureux et tu verras se prolonger
tes jours.» La plus grave, relative au respect dû
aux parents(13) :
«Honore
ton père et ta mère afin que tes jours se prolongent
sur la terre que l'Et'ernel, Ton D'ieu t'accordera.»
Malgré
la distance qui les sépare, elles ont la même récompense.
Ainsi, ignorant tout de la récompense attribuée à
chaque mitswa, l'homme aura à coeur de les accomplir
toutes.
Cependant, l'homme
ne saurait demeurer longtemps vigilant. Il lui arrive souvent de
baisser la garde surtout quand il s'agit de commandements qu'il
considère de moindre importance. C'est à ce moment
là que le Yètsèr ha-râ, l'attend
pour le faire fauter. Car jamais il ne l'attaque par des fautes
très graves. La chute est toujours progressive : du
léger au grave, du moins important au plus important.
Aussi David
dira-t-il qu'il ne craint pas les «fautes graves parce
qu'elles sont graves», le Yètsèr ha-râ
n'ayant aucune chance à le faire trébucher et chanceler,
étant lui-même averti et prévenu de la gravité
de la faute. Mais il craint davantage tout ce qui, de prime abord,
apparaît comme insignifiant et de moindre importance.
Le midrache
donne ainsi une définition de l'homme moral qui recherche
la perfection. Le critère est de savoir comment il compte
se comporter vis-à-vis de ce qui, à tous, semble léger
et insignifiant. C'est là la position de David.
Rachi explique
ainsi le verset, selon le midrache :
«Si
ces commandements moins importants qu'on foule avec les talons,
êqèv, talon, vous les observez, alors D'ieu
te gardera sa promesse.»
Et Rambane ajoute
que le mérite consécutif à l'observance de
ces commandements légers et moins importants agit de sorte
que D'ieu garde Sa promesse et protège Israël.
Le Midrache(14)
rapporte justement :
«Quiconque
ne se lave pas les mains après manger est assimilé
à celui qui aurait commis un meurtre. Aussi, le Saint béni
soit-Il attire l'attention d'Israël sur le fait d'accomplir
même les mitswot les plus légères tel qu'il
est dit(15) :
«Car
ce n'est pas pour vous une chose indifférente, c'est votre
existence même.» C'est dire que pour avoir la
longévité, il suffit d'accomplir une mitswa que l'on
pense vide et légère. Le Saint béni soit-Il
dit : Si vous obéissez à Mes mitswot, Je ferai
tomber vos ennemis devant vous ainsi qu'il est dit(16) :
«Ah!
Si Mon peuple voulait M'écouter, Israël marcher dans
Mes voies, bien vite, Je dompterais leurs ennemis, Je ferais peser
Ma main sur leurs adversaires.» Ainsi Bil'âm,
ayant vu comment Israël s'appliquait à accomplir les
mitswot légères, s'était-il dit : Qui
pourrait maudire [Israël] qui accomplit les mitswot [de D'ieu]
de telle sorte que Son Nom est associé à lui tel qu'il
est dit(17) :
«L'Et'ernel,
son D'ieu, est avec lui, et l'amitié d'un Roi le protège.»
Bil'âm,
malgré toute sa puissance, ainsi que tous ses ennemis, malgré
leur nombre et leur force, ne sauraient nuire ni causer du tort
à Israël parce qu'il a ce grand mérite d'observer
les mitswot les plus légères, les moins importantes.
En revanche,
tous les peuples, ne pouvant pas réclamer, à la fin
des temps, une récompense à l'exemple d'Israël,
s'exposent au châtiment dès l'instant qu'ils acceptent
l'épreuve d'une mitswalégère.
Le Talmoud(18)
rapporte :
«À
la fin des temps, les peuples de la terre demanderont au Saint béni
soit-Il de leur prescrire une mitswa, étant prêts à
l'accomplir. Le Saint béni soit-Il dit : J'ai une mitswa
légère, de réalisation facile; elle s'appelle
Soukka, , une cabane. Allez l'accomplir. Pourquoi dit-on
qu'elle est légère? Parce qu'elle ne cause aucune
dépense. Aussitôt, chacun se construit une soukka en
haut de sa terrasse. Le Saint béni soit-Il fait darder le
soleil comme à la période de Tammouz(19).
Et voilà que tous abandonnent avec mépris la soukka.»
Ainsi les peuples
succombent-ils devant l'accomplissement d'une mitswa légère!
Cependant, une difficulté surgit. Il arrive à Israël
de laisser, lui aussi, sa soukka devant l'impossibilité
d'y demeurer lorsqu'il y a intempérie ou souffrance. La halakha,
la loi, prévoit qu'on a le droit de quitter la soukka!
Mais la différence
réside dans la manière de la quitter. Israël
y est contraint mais son geste se fera avec résignation,
avec regrets, à son corps défendant. Le comportement
des peuples ne rappelle en rien ni contrition ni regrets, ils sont
au contraire bien contents de s'en débarrasser et quitter
leur soukka(20).
En revanche,
Rabbi Yaâqov Abouhatsèra, dans Pittouhè
Hotam, trouve dans le terme êqèv, talon,
fin ou achèvement, une allusion à
la délivrance finale. Tout se passe comme si ce terme avait
valeur d'un message bien défini car il apparaît à
plusieurs reprises dans la Bible et il conviendrait, selon lui,
d'établir un lien qui relie tous ces termes.
Pour son explication,
il fait appel à un enseignement de Ha-Ari à propos
de la statue qui apparut à Néboukhadnétsar
dans son songe. Elle représente en fait les quatre exils :
Babèl, Mèdes, Grèce et Èdom.
La tête
de la statue représente l'exil de Babylone comme le précise
Danièl(21) : «Tu
es la tête d'or.»
Et les
talons de la statue représentent Èdom auquel
se mêle Yichemaêl(22) :
«Les
orteils des pieds étaient partie de fer et partie d'argile :
c'est que cet empire sera en partie fort et en partie fragile. Et
si tu as vu le fer mêlé avec de l'argile boueuse, c'est
que ces [deux parties] se mêleront par des alliances humaines,
mais sans qu'elles s'attachent solidement l'une à l'autre,
pas plus que le fer ne s'amalgame avec l'argile.»
Selon le Zohar,
la délivrance ne se réalisera que lorsque les parcelles
de la sainteté se trouvant dans les talons de l'être
qui représente l'impureté seront délivrées.
Aussi, pour cette raison, la période de la fin de l'exil
est-elle appelée îq'vot méchih'ta,
les talons du messie. Autrement dit, lorsque ces parcelles
seront retirées à la toum'a, l'impureté,
la délivrance se réalisera.
Et, si l'on
veut éviter que l'exil ne se prolonge, hâter la délivrance,
la seule chose à faire est de ne point commettre de transgressions
à propos de mitswot que l'homme foule aux pieds
parce que ces transgressions renforcent les talons de sit'ra
ah'ra, l'autre côté, représentant
la toum'a. L'exil, au contraire, se prolonge.
Aussi, les premières
générations prenaient-elles soin de ne point fouler,
écraser une mitswa avec leurs talons afin de ne
point renforcer la toum'a. C'est ce que David disait(23) :
«J'ai incliné mon coeur à accomplir Ses lois
à tout jamais, jusqu'à la fin, êqèv,
dernière.» C'était là son souci de
ne jamais donner plus de puissance à la sit'ra ah'ra.
La Tora dit
à propos d'Abraham(24) :
«En récompense, êqèv, de ce qu'Abraham
a écouté Ma voix et suivi Mon observance.»
Sans doute,
la naissance de Yaâqov(25)
«tenant de la main le talon, âqèv, de Êssaw»
vise-t-elle également à affaiblir Êssaw qui
représente la force de la Toum'a. En le tenant au
talon, Yaâqov signifie à tous ses descendants
l'importance de ne point donner à la toum'a de devenir
puissante mais, plutôt, de l'affaiblir en faisant attention
précisément à toutes ces mitswot que
l'homme foule aux pieds. C'est à cela que la Tora faisait
allusion dans la lutte que l'homme doit livrer continuellement au
Nahache Qadmone, le serpent de la Genèse,
le yètsèr ha-râ, en stipulant(26) :
«Je
ferai régner la haine entre toi et la femme, entre ta postérité
et la sienne : celle-ci te visera à la tête, et
toi, tu l'attaqueras au talon, âqèv.
Le serpent n'aura
de prise sur Israël que s'il néglige ces mitswot
légères de moindre importance et qu'il les foule aux
pieds.
Le roi Chélomo,
voyant l'exil des Bénè Yisraèl durer
longtemps, s'interroge sur sa fin. D'ieu répond donc à
l'assemblée d'Israël(27) :
«Si
tu ne le sais pas, ô la plus belle des femmes, suis donc les
traces, îq'vè, talons, des brebis et fais
paître tes chevreaux près des huttes des bergers.»
La réponse
est d'accomplir autant les mitswot les plus légères
comme les plus graves. C'est là le secret de la délivrance
et de la fin de l'exil. La sortie dépend
de, îq'vè ha-tsone, les talons du troupeau.
Israël,
appelé tsone, menu bétail(28),
ne sera délivré que s'il accomplit scrupuleusement
même ces mitswot légères. Cette délivrance
conduira les chevreaux dans leur état de pureté jusqu'aux
huttes des bergers, Abraham, Yitshaq et Yaâqov. C'est
pourquoi :
«Comme
prix de son obéissance à ces lois, êqèv,
légères et de moindre importance, Israël méritera
que D'ieu montre Sa fidélité au pacte de bienveillance
qu'Il a juré aux ancêtres et le délivrera.»
Ainsi Rabbi
Yaâqov Abouhatsèra arrive-t-il à dégager
le destin d'Israël à partir des différents emplois
du terme êqèv.
Pour prix
de votre obéissance à ces lois et de votre fidélité
à les accomplir, l'Ét'ernel, votre D'ieu, sera fidèle
au pacte de bienveillance qu'Il à juré à vos
pères.
Pour
prix de votre obéissance à ces lois et de votre fidélité
à les accomplir,
Il n'est nullement
nécessaire de dire Wé-haya, il adviendra,
quand êqèv ti-chméôune, pour
prix de votre obéissance, serait amplement suffisant.
Pour Or ha-Hayim,
wé-haya, il adviendra, formule annonçant
la joie et la satisfaction, est d'un emploi judicieux car il n'y
a de véritable joie que dans l'accomplissement des mitswot.
Mais tant que l'homme n'aura pas accompli la Tora en sa totalité,
manquant ne serait-ce qu'une mitswa, sa joie n'en est pas
une parce qu'incomplète. Comme dit , Hovot ha-Lévavot(29),
«le hassid, le pieux, a le coeur triste
mais le visage est rayonnant de joie.»
Le coeur est
triste car la joie ne saurait être complète qu'à
la fin, êqèv, lorsqu'il aura achevé
sa mission.
Êqèv,
Pour prix.
Pour quelle
raison la Tora n'utilise-t-elle pas la formule habituelle im,
si, comme pour, im chamoâ ti-cheméôu,
si vous obéissez, im bé-houqoutaï,
si vous suivez Mes décrets?
Mais Kéli
Yaqar, cherchant à saisir la raison du changement produit
entre le dernier verset de Wa-èthanane, précisant
toutes les catégories des mitswot : mitswa,
loi; houqim, décrets et
michepatim, règles et le premier verset de Êqèv,
qui ne mentionne que michepatim, est amené à
conclure que cette récompense ne concerne en vérité
que l'obéissance aux michepatim.
Néanmoins,
il serait possible de trouver une allusion aux décrets dans
l'emploi du terme êqèv. En effet les houqim,
décrets, parce que n'étant pas accessibles
à notre logique et qui suscitent, comme pour la vache rousse,
les critiques et les moqueries du Satane et des nations, sont-ils
négligés par de nombreuses personnes qui ne leur accordent
pas l'importance requise. Aussi sont-ils mentionnés par êqèv,
talon, faisant allusion aux houqim comme
le rapporte Rachi : «Si vous obéissez aux mitswot
que l'individu écrase de ses talons.»
La lecture du
verset donne : «Il arrivera lorsque vous obéirez
aux houqim avec les michepatim...»
Toutefois les
michepatim sont par définition des lois
rationnelles et logiques. Quand bien même D'ieu ne
les aurait pas ordonnées, la raison humaine finirait par
en convenir, exigeant même leur respect, car l'existence de
la société et du monde en dépend. Ainsi la
logique recommande de ne pas voler, de ne pas tuer,
etc. Si l'homme accepte d'obéir aux houquim
émanant de D'ieu, même sans en connaître la raison
fondamentale, comme les michepatim qu'il est toujours prêt
à suivre parce que connaissant leur utilité pour la
société, d'une part, et si l'homme, d'autre part,
était prêt à obéir aux michepatim,
non pas parce que la raison arrive à les concevoir, mais
comme émanant de D'ieu à l'instar des houqim,
alors D'ieu, sans aucun doute, accordera la récompense promise.
Ti-cheméôune,
vous obéissez.
L'emploi du
noun final, supplétif nécessite une explication
car n'était-il pas mieux indiqué d'écrire ti-cheméôu,
forme plus usuelle, conforme à la grammaire?
Le terme êqèv,
supporte également la signification de récompense.
Ainsi la joie viendrait-elle en récompense pour avoir obéi
aux lois et pour les avoir accomplies. Cette joie est elle-même
récompense comme le précise Bèn Âzzaï(30) :
«la récompense, autrement dit la joied'avoir
accompli une mitswa est en soi une autre mitswa.»
L'évolution
morale se faisant dans la joie et l'allégresse ne peut que
mener au but final de la perfection : atteindre le 50 ème
degré de la connaissance représenté ici par
le noun, dont la valeur numérique est 50 qui apparaît
dans ti-cheméôune.
De même,
la perfection de la connaissance ne sera accessible à l'homme
que grâce à l'humilité, ânava,
vertu morale la plus importante qui recèle en elle toutes
les autres vertus dont le symbole est le âqèv,
,talon, alors que l'orgueil, gaava,
est symbolisé par le maintien de la tête haute.
Wé-chamar,
Il sera fidèle.
Le waw,
de wé-chamar, ne peut être un waw
conjonctif. Aussi, Rachi lit-il au lieu de wé-chamar,
yi-chemor, Le
waw de wé-chamar, a la valeur de cependant.
L'Ét'ernel restera fidèle cependant
au pacte de bienveillance, en souvenir de la fidélité
des pères. Grâce à leurs mérites, Il
assure à leur descendance bénédictions
et réussite dans ce monde afin de garder intacte
la récompense dans ôlam ha-ba,
le monde futur.
Lékha,
pour toi.
Au début,
le verset est au pluriel. Subitement pour la récompense,
il se met au singulier. Pourquoi?
Quand au passage
du pluriel au singulier à propos de la récompense,
il est évident que l'accomplissement d'une mitswa
atteint un degré d'élévation d'autant plus
haut que le nombre de personnes associées dans cet accomplissement
serait plus grand.
Toutefois, lors
de la réalisation, la pureté, la qualité de
l'intention et la capacité de concentration de l'un sont
différentes de celles de l'autre. La récompense est
collective, certes, mais à titre individuel, chacun reçoit
en proportion des efforts qu'il a investis.
Kéli
Yaqar ramène la notion de récompense dans ôlam
ha-ba par lékha, , pour toi, car dans
ôlam ha-ba, chaque juste, tsaddiq, aura
une récompense particulière, différente de
celle du voisin.
Mais, il y a
lieu de voir dans cet emploi du singulier, la satisfaction que chacun
ressent dans la récompense comme si elle était tout
entière destinée uniquement à lui. La satisfaction
de chacun est une récompense suprême.
Le
pacte de bienveillance qu'il a juré à vos pères.
D'ieu était
tenu de réaliser le pacte d'alliance avec les pères.
Pourquoi donc relier cette réalisation à l'obéissance
des enfants?
De toute évidence,
D'ieu aurait tenu, de toute manière, Ses engagements et Son
serment pris vis-à-vis des Ancêtres. Mais sans la bonne
conduite des enfants, D'ieu aurait pu simplement réaliser
sa promesse faite à Abraham, Yithsaq et Yaâqov
en amenant leurs descendants au pays de Kénaâne pour
une courte durée. Les maintenir sur cette terre ne dépend
que de la bonne conduite morale des enfants.
Il t'aimera,
te bénira, te multipliera, Il bénira le fruit de tes
entrailles et le fruit de ton sol, ton blé, ton vin et ton
huile, les produits de ton gros et de ton menu bétail, dans
le pays qu'Il à juré à tes pères de
te donner. Tu seras béni entre tous les peuples; parmi toi
comme parmi tes bêtes, aucun sexe ne sera stérile.
Il
t'aimera, te bénira, te multipliera,
Tout d'abord,
il faut écarter la possibilité de comprendre qu'il
s'agit ici de récompense spirituelle. En
effet, la réussite et les bénédictions qu'entend
réserver D'ieu au peuple d'Israël relèvent-elles
uniquement d'un monde terrestre et matériel.
D'ailleurs,
tout ce qu'un homme peut attendre d'une bénédiction
et d'une récompense est rapporté ici : la fidélité
de D'ieu au pacte des pères, Son amour pour le peuple d'Israël,
Sa volonté de le multiplier, de le bénir, enfin d'écarter
maladies et ennemis qui peuvent le gêner dans l'étude
de la Tora et dans l'accomplissement des mitswot.
Tu
seras béni entre tous les peuples.
Pour Or ha-Hayim,
la bénédiction divine à Âm Yisraèl
réside dans le fait même que «parmi toi et
parmi les bêtes, aucun sexe ne sera stérile.»
C'est donc là la preuve manifeste que D'ieu distingue par
Son amour et Sa bénédiction Israël de tous les
autres peuples.
La stérilité
se présente sous deux formes. Pour l'état de stérilité
naturelle, le texte affirme : «aucun sexe ne sera
stérile.» Toutefois, pour la stérilité
consécutive à une maladie, la Tora assure «L'Ét'ernel
écartera de toi tout fléau» de telle sorte
que nul, parmi Israël, ne soit incapable d'enfanter.
Mais Kéli
Yaqar s'attarde sur le terme baroukh, béni,
pour expliquer le privilège que possède
Israël sur tous les peuples. La Providence divine, dit-il,
résidant de manière permanente dans la terre d'Israël,
agit de sorte que les autres pays ne reçoivent leurs pluies
bienfaitrices que par le canal d'Israël. C'est bien ce qu'exprime
le texte(31) :
«Un
pays sur lequel veille l'Ét'ernel, ton D'ieu, et qui est
constamment sous l'oeil du Seigneur, depuis le commencement de l'année
jusqu'à la fin.»
Les peuples,
reconnaissants pour cela à Israël, ne cesseront jamais
de le louer et de le bénir. Il est donc normal, dans cette
perspective, que le texte poursuive : «Tu mangeras,
de ce qui [appartient] à tous les peuples»
car, en vérité, Israël prend ce qui lui revient.
L'Ét'ernel
écartera de toi tout fléau; et toutes ces funestes
plaies de Mitsrayim que tu connais bien, ce n'est pas à toi
qu'il les infligera, mais à tes adversaires. Tu anéantiras
donc tous les peuples que te livre l'Ét'ernel ton D'ieu sans
laisser ton oeil s'attendrir sur eux de peur que tu n'adores leurs
divinités; car ce serait un piège pour toi.
L'Ét'ernel
écartera de toi tout fléau.
Pour Sforno,
le texte atteste que D'ieu écartera tout fléau,
autrement dit les épidémies s'abattant
sur le monde, sous l'influence de variations climatiques ou maladies
infectieuses et contagieuses, ces épidémies s'attaqueront
plutôt à tous les adversaires et ennemis d'Israël.
Or ha-Hayim
pousse plus loin. Non seulement Israël évitera les maladies
que l'individu provoque en s'exposant au froid et à la chaleur(32),
mais également celles qui atteignent l'homme bien qu'elles
ne proviennent pas de lui.
Mais les maladies
dont la mission est de faire souffrir Israël, D'ieu les détournera
sur ses adversaires ainsi que le précise le texte ce
n'est pas à toi qu'Il les infligera, mais à tes adversaires.
Tu
anéantiras donc tous les peuples que te livre l'Ét'ernel,
ton D'ieu.
D'ieu recommande
l'anéantissement des peuples qu'Il livre à Israël,
autrement Il le considérera comme ayant méprisé
Son don.
De plus, Israël
ne doit pas s'attendrir sur le sort de ces peuples car ce faisant,
ce serait un piège pour toi, puisqu'il risque d'adorer
ses divinités.
Ainsi l'obéissance
aux préceptes divins débouche-t-elle sur le bien-être
dans ce monde. La récompense d'une mitswa ne saurait
être, il est vrai, du monde présent. Chaque mitswa
mérite elle-même pour récompense tout un monde.
Et Israël est tenu d'accomplir les mistwot et de parfaire
son comportement moral, afin de mériter la récompense
prévue, selon les dires de Rabbi Yéhochouâ Bèn
Léwi(33) : «D'ieu
est appelé à donner en récompense à
chaque tsaddiq, , juste, 310 mondes.»
Mais une mitswa
ne peut se réaliser que dans un monde matériel. Pour
permettre cette réalisation, D'ieu assure la réussite
dans ce monde. Bénédiction, abondance et protection
contre maladies et ennemis servent, en réalité, à
faciliter l'accomplissement des mitswot.
1.
Dévarim 7, 1216.
2.
Avot 4, 2.
3.
Âvoda Zara 3a et 4b.
4.
Dévarim 7, 11.
5.
Tanhouma sur Êqèv paragr.
1.
6.
Dévarim 7, 12.
7.
Téhillim 49, 6.
8.
Avot 2, 1.
9.
Tanhouma paragr. 2 et Yalqout sur Êqèv
paragr. 846.
10.
Avot 2, 1.
11.
Yalqout sur Êqèv paragr. 841.
12.
Dévarim 22, 7.
13.
Chémot 20, 12.
14.
Bé-midbar Rabba chap. 20, paragr. 20.
15.
Dévarim 32, 47.
16.
Téhillim 81, 14-15.
17.
Bé-midbar 23, 21.
18.
Âvoda Zara 3a.
Tammouz est le quatrième mois de l'année
du calendrier hébraïque qui débute par Nissane.
Il correspond à Juin/juillet.
20.
cf. Im'rè Chammaï sur Êqèv.
21.
Danièl 2, 38.
22.
id. 2, 2-43.
23.
Téhillim 119, 112.
24.
Bérèchit 25, 5.
25.
id. 25, 26.
26.
ibid. 3, 15.
27.
Chir ha-Chirim 1, 8.
28.
cf. Yéhèzqèl 34 et suivants
29.
in. Début chap. 4.
30.
Avot 4, 2.
31.
Dévarim 11, 12.
32.
cf. Kétoubot 30a.
33.
Ôqatsim 3, 12.