«En ce jour, l'Ét'ernel, ton D'ieu, te recommande d'exécuter ces diverses lois et ces statuts; tu
t'appliqueras donc à les observer de tout ton coeur et de toute ton âme. Tu as glorifié
aujourd'hui l'Ét'ernel, en promettant de L'adopter pour ton D'ieu, de marcher dans Ses voies,
d'observer Ses lois, Ses préceptes, Ses statuts, et d'écouter Sa parole; et l'Ét'ernel t'a glorifié à
Son tour en te conviant à être Son peuple privilégié, comme Il te l'a annoncé, et à garder tous
Ses commandements. Il veut que tu deviennes la première de toutes les nations qu'Il a faites, en
gloire, en renommée et en dignité; que tu sois un peuple consacré à l'Ét'ernel, ton D'ieu comme
Il l'a déclaré(1).»
En signe de
reconnaissance pour la sollicitude divine à l'égard
d'Israël, la Tora recommande de prélever les prémices,
les premiers fruits cueillis, pour les offrir au Kohène
dans le Bèt ha-Miqdache.
Pourquoi les
prémices et non les plus beaux fruits de sa récolte?
L'homme attache, il est vrai, une importance particulière
à sa propre production. Il exprime une affection exclusive
aux fruits qui apparaissent en premier. Au lieu de se les réserver,
la Tora prescrit aux Bénè Yisraèl
d'en faire une offrande au Bèt ha-Miqdache pour
clamer, en plus des sentiments de gratitude pour les bienfaits divins,
l'assurance que la terre appartient à D'ieu et que l'homme
ne fait que gérer la production de D'ieu.
Partant d'une
telle conception, l'homme ne saurait garder pour lui seul le fruit
de son labeur. Son attitude serait de s'ouvrir à autrui et
partager avec lui tout ce que D'ieu a bien voulu lui accorder. Les
prémices réalisent en fait cet esprit d'union
et de solidarité avec tous les hommes car, attestant
que D'ieu est la Cause Première à laquelle il convient
d'attribuer tout ce qui apparaît en premier, prémices,
halla, térouma, ils finissent par
se retrouver en D'ieu.
De plus, les
autres prélèvements, les diverses dîmes,
donnés au Léwi, à l'étranger, à
l'orphelin et à la veuve, montrent que D'ieu se soucie de
tous les déshérités et recommande à
l'homme d'en prendre parfaitement soin.
En guise de
récompense, le peuple d'Israël, s'étant conformé
aux prescriptions divines, pourrait invoquer la bénédiction
divine.
Le Midrache(2)
citant le texte(3) :
«Il
est ma force et ma gloire, l'Ét'ernel» dit :
La force n'est autre que la Tora tel qu'il est
dit(4) :
«Que
l'Ét'ernel donne la force à son peuple»,
et il est dit(5) :
«La
force du roi, c'est l'amour de la justice.»
Autre
explication.
Ma
force n'est autre que la royauté
tel qu'il est dit(6) :
«Seigneur,
le roi se réjouit de Ta puissance», et il est
dit :
«Que
l'Ét'ernel donne la force à son peuple»
Il est écrit, par ailleurs(7) :
«Et
Il donnera la puissance à son roi.»
Autre
explication.
Ma
force n'est autre que la puissance tel qu'il est dit(8) :
«Ét'ernel,
ô ma force, mon appui et mon refuge au jour du malheur!»,
et il est dit(9) :
«L'Ét'ernel
est ma force, mon bouclier; en Lui mon coeur s'est confié
et j'ai été secouru.»
Autre
explication.
Tu es le
soutien et l'appui pour tous les hommes. Mais, Tu l'es davantage
pour moi. Il a fait de moi Sa Gloire tel qu'il est dit(10) :
«Et
l'Ét'ernel t'a glorifié à son tour.»
Mais moi aussi j'ai fait de Lui ma gloire tel qu'il est écrit(11) :
«Tu
as glorifié aujourd'hui l'Ét'ernel.»
N'est-il pas vrai que tous les peuples ont chanté les louanges
de Celui qui, par Sa parole, a créé le monde? Néanmoins
mes louanges sont douces devant Lui tel qu'il est dit(12) :
«Du
Chantre aimable d'Israël.» Israël dit(13) :
«Ecoute,
Israël, l'Ét'ernel notre D'ieu, l'Ét'ernel est
Un!» L'esprit saint proclame du ciel(14) :
«Et
y a-t-il, comme ton peuple, comme Israël, une seule nation
sur la terre...?» Israël déclare(15) :
«Qui
t'égale parmi les forts, Ét'ernel?»
Et l'esprit saint répond du ciel(16) :
«Heureux
es-tu Israël! Qui est ton égal...?» Israël
proclame(17) :
«Comme
l'Ét'ernel, notre D'ieu est accessible pour nous toutes les
fois que nous L'invoquons,» et l'esprit saint de dire(18) :
«En
effet, où est le peuple assez grand pour avoir des divinités
accessibles?». Israël s'écrie(19) :
«Car
la parure de leur force, c'est Toi.» L'esprit saint
de répondre(20) :
«Tu
es Mon serviteur, Israël, c'est par toi que Je me couvre de
gloire.»
Autre
explication.
«Il
est ma force et ma gloire...» Ceci fait penser à
ce roi qui avait une perle unique. Le fils s'en vint la demander.
Donne-la moi! Il lui répond : elle n'est pas pour toi.
Mais après l'avoir tant supplié, le roi la lui remit.
Ainsi, Israël
ayant chanté des louanges «Il est ma force et
ma gloire», sollicite l'octroi de la Tora du Saint
béni soit-Il. Il dit : la Tora n'est pas à toi.
Elle appartient aux êtres célestes. Comme il Le supplie,
Il la leur accorde tel qu'il est dit : «L'Ét'ernel
donne la force à Son peuple.»
Ce midrache
établit, nous semble-t-il, la relation intime existant entre
D'ieu, Israël et la Tora. L'élection du peuple d'Israël
se situe à ce niveau.
Il est impossible
de penser que D'ieu ait choisi arbitrairement Israël pour être
ce que Rabbi Yéhouda ha-Léwi appelle «le
fruit des nations». Des relations d'amour et d'affection
ne se commandent pas. Ce sont, il est vrai, des sentiments par définition
spontanés.
Mais le midrache
relève plutôt une identité et une compatibilité
de nature entre les trois partenaires. En premier lieu, la Tora
constitue la force et la puissance de D'ieu. En
tant que force, la Tora est attribuée à
Israël qui y puise tout son pouvoir et toute sa puissance.
Mais la Tora elle-même fait la jonction entre Israël
et D'ieu. C'est en étant docile aux préceptes de la
Tora qu'Israël mérite d'appartenir à D'ieu. Ainsi
l'élection d'Israël est-elle, en fait, conditionnelle
à son attachement à la Tora.
L'élection
n'est pas seulement un privilège. Elle confère, certes,
une dignité aux Bénè Yisraèl.
Mais elle le contraint à une vie faite de responsabilités
et de devoirs tant au niveau individuel qu'au niveau collectif.
Cette force de la Tora unit Israël et lui assure l'existence
dans ce monde. D'ieu constitue l'appui et le soutien d'Israël
à travers l'étude et l'application de la Tora.
Le type de relations
que développe Israël avec D'ieu est basé sur
la proclamation d'unicité. Israël place
D'ieu au sommet de tout, atteste son unicité : «L'Ét'ernel,
notre D'ieu, l'Ét'ernel est Un.» L'unicité
de D'ieu est la pierre angulaire du Judaïsme.
Le monde entier
proclame cette unicité car si le Créateur n'était
pas unique, la nature elle-même aurait révélé,
non pas une harmonie, mais plutôt dysharmonie et désordre
puisque les volontés créatrices auraient poursuivi
nécessairement des objectifs différents(21).
Mais D'ieu étant
Un, tout dans la nature proclame Son règne et Sa puissance.
Israël est ce peuple qui, durant des siècles, avait
professé sa foi en D'ieu Un et Unique.
D'ieu proclamera
à son tour l'unicité d'Israël
parmi les nations. Cette proclamation est d'autant plus importante
car, venant de D'ieu, elle placera Israël au sommet des nations.
En quoi Israël
est-il unique pour D'ieu? Israël assume la responsabilité
d'étudier et exécuter les préceptes de la Tora.
Il fut, de toutes les nations, le seul à accepter de recevoir
la Tora.
Il n'est, certes,
pas facile de remplir cet engagement. Pourtant, malgré les
persécutions et malgré les épreuves, Israël
a toujours fait face à cette responsabilité. De plus,
Israël a de tout temps assumé le sacrifice suprême
pour l'amour de D'ieu.
Cette relation
d'unicité s'exprime autant pour D'ieu que pour Israël
par l'affirmation de l'admiration exclusive que l'un témoigne
à l'autre. D'ieu ne supporte aucune comparaison parmi les
forts, Il est à nul autre comparable. Israël ne ressemble
à nulle autre nation. La relation grandit à telle
enseigne que D'ieu devient d'accessibilité facile à
tout Israël.
Enfin, cette
relation, exclusive, est scellée par le don de la Tora. Certes,
la Tora est plus proche des êtres célestes, des anges.
Mais elle a besoin d'un support matériel et physique. La
Tora, sans le concours d'Israël, aurait été plus
potentielle que réelle. La réalité
exige de la soumettre au monde des humains. Cette perle précieuse
destinée aux Mal'akhim ne trouvera sa beauté
éclatante qu'une fois confiée aux Bénè
Yisraèl qui sont prêts à tout mettre en
oeuvre pour l'exécuter.
La puissance
de D'ieu, autrement dit la Tora donnée à Israël,
sera en définitive ce par quoi Israël glorifie D'ieu
afin qu'il soit celui par qui D'ieu se couvre de gloire.
En ce jour,
l'Ét'ernel, ton D'ieu, te recommande d'exécuter ces
diverses lois et ces statuts; tu t'appliqueras donc à les
observer de tout ton coeur et de toute ton âme.
En
ce jour,
Rambane situe
ce jour au moment où Mochè achève
de commenter les mitswot de la Tora et d'initier certaines
des mitswot que D'ieu avait recommandé d'instituer.
La Tora prend en ce jour sa forme définitive.
Pour Rabbènou
Béhayè, quarante années se sont écoulées
depuis que la Tora a été promulguée sur le
Mont Sinaï. Comment le texte précise-t-il «En
ce jour, l'Ét'ernel, ton D'ieu, te recommande d'exécuter
ces diverses lois et ces statuts»?
Mais, dit-il,
le Midrache(22) enseigne :
«[Les lois] devront être chères
à tes yeux comme si tu venais de les recevoir sur le Mont
Sinaï.»
Et à
propos du texte(23) :
«Que
je t'ordonne aujourd'hui», nos Maîtres expliquent(24) :
«Les lois seront à tes yeux, nouvelles
comme si tu venais de les recevoir au Sinaï.»
Qu'elles soient
considérées chères ou nouvelles,
la raison est que les générations passent et changent.
Le coeur de l'homme, autrement dit, son affection, est rattaché
à la vue pour tout ce qui concerne le sensible. Ainsi, tant
que la personne ou l'objet est proche de lui, accessible et visible,
l'homme s'en souvient. Mais, aussitôt loin des yeux, il est
vite oublié.
Les prodiges
et les miracles divins ne sont pas toujours présents afin
d'affermir dans les coeurs la foi en D'ieu. Le principe veut que,
même durant leur absence, la foi en D'ieu doit demeurer inébranlable
comme si ces prodiges s'étaient réalisés de
nos jours.
Ainsi, les paroles
de la Tora étant à nos yeux chères
et appréciées, il sera difficile, voire impossible,
de les transgresser.
Aussi, faut-il
également qu'elles soient considérées dans
toute leur nouveauté afin de garder présents
à l'esprit les prodiges divins lorsqu'ils sont cachés
à nos yeux. La révélation au Mont Sinaï
doit rester dans toute sa nouveauté.
Rabbènou
Béhayè met donc l'accent sur les deux principes
qui peuvent maintenir l'enthousiasme et l'ardeur dans l'exécution
des mitswot. Avec les sentiments d'appréciation
et de nouveauté, les mitswot gardent leur attrait
si bien que l'homme les considère comme étant inédites.
Le sentiment
d'appréciation et l'attachement aux mitswot s'émoussent
aussitôt que l'homme sent qu'elles perdent leur nouveauté
et leur attrait. L'inédit et la nouveauté contribuent
à exécuter les mitswot avec ardeur et amour.
À
observer de tout ton coeur et de toute ton âme.
Le texte souligne
bien que l'homme se doit d'assumer le sacrifice suprême pour
observer les mitswot en tout temps, comme au jour de la
Promulgation de la Tora. En ce jour en effet, Israël, devant
les miracles et les prodiges, devant le grand feu qui brûlait
au sommet de la montagne, avait accepté de sanctifier le
nom de D'ieu.
Or ha-Hayim,
citant Rachi qui reprend à son compte l'explication de la
Psiqta Zotèrta précisant «Chaque jour [les
mitswot] seront nouvelles à tes yeux comme si aujourd'hui
même tu en as reçu l'ordre», comprend bien
que la Tora, dans toute sa totalité, a été
promulguée sur le Mont Sinaï.
Cependant, si
certaines prescriptions pouvaient avoir cours aussitôt transmises
à Israël, d'autres, en revanche, devaient prendre effet
plus tard. Les prélèvements, les dîmes,
les prémices, voient leur exécution dépendre
de l'installation en Èrèts Yisraèl.
Mochè
souligne que, pendant les quarante années passées
dans le désert, cette catégorie de mitswot
n'était réalisée qu'au niveau de l'étude,
de la théorie. Mais désormais, le peuple d'Israël,
se trouvant au seuil d'Èrèts Yisraèl,
est tenu d'exécuter, d'observer ces mitswot.
En disant «aujourd'hui»,
Mochè n'a nullement l'intention de définir précisément
le jour mais d'énoncer le temps
propice à l'exécution, car les Bénè
Yisraèl étaient sur le point de pénétrer
en Èrèts Yisraèl.
Pour Kéli
Yaqar, l'emploi du terme «aujourd'hui» fait référence
au jour où l'homme réalise pleinement que tout appartient
et dépend de D'ieu car, apportant les prémices, il
reconnaît sa dépendance totale de D'ieu. Ainsi sera-t-il
en mesure d'accomplir et d'exécuter toutes les mitswot
divines.
Sforno rattache
«ce jour» au jour où le peuple d'Israël
contracte l'alliance avec D'ieu. Les termes du contrat sont précis :
d'un côté, D'ieu ordonne d'exécuter Ses lois
et Ses statuts avec, en récompense, bonheur et prospérité.
De l'autre, Israël s'engage à les exécuter.
Cette exécution
se fera «de tout ton coeur», autrement dit, en
toute conscience afin que nul doute ne doit subsister face à
la volonté de D'ieu.
Elle se fera
également «de toute ton âme». Connaissant
la grandeur infinie de D'ieu qui ordonne ces mitswot, l'individu
ne se laissera pas égarer par son imagination et ses appétits.
Rav Alchèkh
propose l'explication suivante : Ce jour est le dernier
jour des quarante années du séjour d'Israël au
désert. Selon l'enseignement de nos Maîtres(25),
en ce jour Israël accède à la compréhension
parfaite de l'enseignement de Mochè.
Afin qu'Israël
ne prétende pas que cet enseignement émane de Mochè
et non de D'ieu, en dehors des deux premières paroles du
Décalogue, Mochè précise que ces lois et
ces statuts ont été ordonnés par l'Ét'ernel,
ton D'ieu. En effet, il s'avère nécessaire de
souligner que la Tora, dans sa totalité, provient de D'ieu
à un jour où Israël atteint sa maturité
pour l'enseignement divin.
L'exécution
se fera «de tout ton coeur», faisant appel aux
deux penchants, Yètsèr ha-râ et Yètsèr
ha-tov, ainsi que «de toute ton âme»,
autrement dit, même au prix de la vie.
Par ailleurs,
«En ce jour, l'Ét'ernel, ton D'ieu, te recommande
d'exécuter...» fait référence, pour
Rav Alchèkh, à l'affirmation de nos Maîtres
qu'à partir de ce jour, nul autre, même un prophète,
ne saurait prescrire de nouvelles dispositions dans la Tora. Et,
si jamais il y a oubli, comme pendant la période du deuil
de Mochè, la solution réside dans l'effort de se ressouvenir
de l'enseignement de Mochè.
Néanmoins,
pour éviter l'oubli, il convient de les observer. Comme le
verbe chamor, signifie conserver, garder,
il suffit de les conserver dans ton coeur.
Tu as glorifié
aujourd'hui l'Ét'ernel en promettant de L'adopter pour ton
D'ieu, de marcher dans Ses voies, d'observer Ses lois, Ses préceptes,
Ses statuts et d'écouter Sa parole.
Tu
as glorifié aujourd'hui l'Ét'ernel en promettant de
L'adopter pour ton D'ieu,
Pour Rachi,
hèèmarta, tu as glorifié,
et hèèmirékha, Il t'a glorifié,
constituent un cas rare et singulier dans la Tora. Cette forme du
verbe amor, dire, est sans équivalent.
Il s'agit, dit-il,
d'idée de distinction et élection.
Ainsi D'ieu distingue Israël des autres peuples comme Israël
choisit d'observer les mitswot de D'ieu.
Mais pour Rambane,
hèèmarta signifie élever
et glorifier D'ieu, le placer au sommet de tout en acceptant
d'assumer toute la Tora avec tous ses préceptes et ce, en
promettant de L'adopter pour ton D'ieu, autrement dit, de ne
point Le changer par une autre divinité.
Par ailleurs,
pour Le glorifier, il est nécessaire de marcher dans
Ses voies, en exerçant la bonté, la droiture
et la bienfaisance, en plus d'observer Ses lois, autrement
dit, les décrets impénétrables pour la raison
humaine; Ses préceptes, les devoirs et les interdits;
Ses statuts, les jugements accessibles à la raison
humaine. Et enfin, d'écouter Sa parole qu'Il t'aura
adressée par Ses Prophètes.
Sforno, fidèle
à son explication, dit que le peuple d'Israël, en s'engageant
à contracter l'Alliance avec D'ieu qui l'oblige à
renoncer au bonheur matériel, élève si bien
D'ieu que rien d'autre ne compte en dehors de l'accomplissement
de la volonté divine.
Dans une telle
perspective, D'ieu est l'être Suprême auquel Israël
doit se soumettre. L'existence du monde et des êtres ne tient
que sur Son unique intervention. Il convient alors de ne servir
que D'ieu, de se comporter selon Ses voies et Lui obéir comme
un serviteur obéit à son maître.
Or ha-Hayim
s'interroge sur l'emploi de hayom, en ce jour.
S'agissant d'élever D'ieu n'est-il point naturel que ce soit
un devoir perpétuel?
Mais, s'appuyant
sur les paroles du Talmoud(26) :
«Celui qui demeure hors d'Èrèts Yisraèl
est considéré comme n'ayant pas de D'ieu»,
il propose qu'en ce jour le peuple d'Israël, bien que se trouvant
en territoire de Sihone conquis par Mochè et annexé
à Israël, est considéré comme étant
déjà établi en Èrèts Yisraèl
et, par suite, ayant accédé à la divinité
de D'ieu. En ce jour, Israël peut prétendre
appartenir à D'ieu. Il élève ainsi D'ieu puisqu'il
accepte Sa divinité.
Pour Rachebam,
le terme hèèmarta est la forme factitive
de amor, faire dire. Pour lui, Israël
agit de telle sorte que D'ieu accepte d'être D'ieu d'Israël
tout comme D'ieu agit de manière qu'Israël soit distingué
des autres peuples.
Kéli
Yaqar relie ce texte à l'offrande des prémices
et à la déclaration qui l'accompagne.
Le fait de proclamer :
«Je
viens reconnaître en ce jour, devant l'Ét'ernel, ton
D'ieu, que je suis installé dans le pays que l'Ét'ernel
avait juré à nos pères de nous donner»...,
suffit pour
montrer combien D'ieu est élevé et apprécié
puisque l'offrande des prémices constitue la preuve que D'ieu
est obéi et suivi en tout ce qu'il a ordonné.
En récompense,
Israël demande à D'ieu(27) :
«Jette
un regard du haut des cieux, ta sainte demeure, et bénis
ton peuple Israël et la terre que tu nous as donnée,
comme tu l'as juré à nos pères, ce pays ruisselant
de lait et de miel!»
Cet appel à
D'ieu est en fait la demande de nous distinguer des autres peuples.
Pour Mèâm
Loêz, il existe une tendance à nier que D'ieu exerce
Sa Providence particulière à tous les êtres
inférieurs et au monde matériel. Selon cette catégorie
de penseurs, il n'est pas de l'honneur de D'ieu de se soucier du
destin de chaque être.
Pour combattre
une telle tendance, le peuple d'Israël élève
D'ieu, Le place à des hauteurs inégalées, en
suivant Ses voies sans toutefois porter atteinte à Son respect.
Bien au contraire,
la grandeur divine est d'autant plus considérable qu'Il apporte
une attention particulière fût-ce à des êtres
inférieurs. Ainsi est-il dit(28) :
«Qui, comme l'Ét'ernel, notre D'ieu, réside
dans les hauteurs, abaisse ses regards sur le ciel et sur la terre?»
Parce qu'Israël
consent à promettre de L'adopter pour son D'ieu, qu'Il accepte
de prendre soin particulièrement d'Israël comme Il le
fait pour les anges.
Aussi, pour
cette raison, le texte poursuit :
Et l'Ét'ernel
t'a glorifié à Son tour en te conviant à être
Son peuple privilégié, comme Il te l'a annoncé,
et à garder tous Ses commandements.
Et
l'Ét'ernel t'a glorifié à Son tour en te conviant
à être Son peuple privilégié,
Or ha-Hayim
entend par peuple privilégié, âm
ségoula, un peuple jouissant de l'attachement particulier
de D'ieu, et ce, quand bien même un autre peuple serait capable,
par une conduite adéquate, de se rapprocher de la Chékhina.
Par ailleurs,
D'ieu ne changera pas Israël par un autre peuple même
s'il arrive qu'Israël irrite D'ieu.
Et
à garder tous Ses commandements.
D'ieu élève,
quant à Lui, Israël en lui accordant Ses commandements.
En effet, c'est une faveur et un privilège que de confier
Ses mitswot au peuple d'Israël et ce, afin de l'affiner
et de le purifier de toutes les impuretés morales.
Ce privilège
est d'autant plus grand que D'ieu confie à Israël non
une partie de Ses mitswot mais bien la totalité
de Ses commandements.
C'est justement
au moment où Israël est habilité à exécuter
toutes les prescriptions divines, puisque toutes celles dépendant
d'Èrèts Yisraèl sont accessibles,
que D'ieu lui accorde cette promotion.
Or ha-Hayim
trouve qu'aux six niveaux d'élévation qu'Israël
consent de gravir pour adopter D'ieu, répondent également
six niveaux de perfection accordés par D'ieu au peuple d'Israël.
Ainsi, dit-il,
en récompense pour L'avoir adopté pour D'ieu,
D'ieu adopte Israël comme peuple privilégié.
À
garder tous Ses commandements, en récompense pour avoir
suivi Ses voies.
Et que tu
deviennes la première de toutes les nations qu'Il a faites,
en gloire, en renommée
et en dignité, en récompense
pour avoir exécuté Ses lois,
Ses préceptes et Ses statuts.
Enfin que
tu sois un peuple consacré à l'Ét'ernel,
en récompense pour avoir obéi à Sa parole.
Ainsi l'élection
d'Israël est en fait conditionnée par le choix qu'adopte
Israël de s'attacher à D'ieu. Cette affection et cet
attachement réciproques définissent, en fait, les
limites de cette élection.
1.
Dévarim 26, 16-19.
2.
Yalqout Chimôni sur Chémot paragr.
244.
3.
Chémot 15, 2.
4.
Téhillim 29, 10.
5.
id. 99, 4.
6.
ibid. 21, 2.
7.
Chémouèl 1. 2, 10.
8.
Yirmiya 16, 19.
9.
Téhillim 28, 7.
10.
Dévarim 26, 18.
11.
id. 26, 17.
12.
Chémouèl 2. 23, 1.
13.
Dévarim 6, 4.
14.
Chémouèl 2. 7, 23.
15.
Chémot 15, 11.
16.
Dévarim 33, 29.
17.
id. 4, 7.
18.
ibid. 4, 7.
19.
Téhillim 89, 18.
20.
Yéchâya 49, 3.
21.
cf. Bahiya Ibn Paqoda, Devoirs des Coeurs, Chap. 1.
22.
Tanhouma sur Ki Tavo paragr. 1.
23.
Dévarim 6, 6.
24.
Psiqta Zotèrta sur le texte.
25.
Âvoda Zara 5b.
26.
Kétoubot 110b.
27.
Dévarim 26, 15.
28.
Téhillim 113, 56.