«Quand tu iras en guerre contre tes ennemis, que l'Ét'ernel, ton D'ieu, les livrera en ton pouvoir,
et que tu leur feras des prisonniers; si tu remarques, dans cette prise, une femme de belle figure,
qu'elle te plaise, et que tu veuilles prendre pour épouse, tu l'emmèneras d'abord dans ta maison;
elle se rasera la tête et se laissera pousser les ongles, se dépouillera de son vêtement de captive,
demeurera dans ta maison et pleurera son père et sa mère, un mois entier. Alors seulement, tu
pourras t'approcher d'elle et avoir commerce avec elle, et elle deviendra ainsi ton épouse. S'il
arrive que tu n'aies plus de goût pour elle, tu la laisseras partir libre de sa personne, mais tu ne
pourras pas la vendre à prix d'argent, tu ne la traiteras plus comme esclave, après lui avoir fait
violence(1).»
La sidra
Ki Tètsè, s'ouvre sur le combat le plus épineux
que l'homme livre toute sa vie durant. C'est le combat contre le
yètsèr ha-râ, mauvais penchant.
«Bèn
Zoma disait(2) : Quel est le
véritable héros? C'est celui qui sait vaincre ses
passions ainsi qu'il est dit(3) :
«Celui
qui peut réprimer sa colère est plus fort qu'un héros,
et l'homme qui est maître de ses passions surpasse celui qui
s'empare des villes.»
On raconte qu'un
sage, ayant reçu un général vainqueur après
une rude bataille lui dit : Vous revenez d'une conquête
simple et facile, préparez-vous à la bataille la plus
difficile que vous ayez eu à faire! Et devant le grand étonnement
du général, le sage précise : Oui! le
plus dur est de gagner le combat contre soi-même!
Combattre le
yètsèr ha-râ n'est pas chose simple
puisqu'il s'arrange toujours à mettre l'homme en défaut
par ses ruses et ses stratagèmes.
Toutefois, la
sidra parle d'une situation extrême où l'homme
s'attend à ne subir nullement les attaques du yètsèr
ha-râ, étant en situation de danger, à
un moment aussi grave que celui d'une guerre. Et, pourtant le yètsèr
ha-râ y attend l'homme. Il prend les traits d'une femme
captive. Et, bien loin de voir l'homme se préoccuper de son
sort ainsi que de l'issue de la bataille, il surprend par l'intérêt
particulier que suscite en lui cette captive.
Le Midrache(4)
citant(5) :
«Quand
tu iras en guerre contre tes ennemis...» rapporte :
Nos Maîtres enseignent(6) :
«Car
une mitswa, bonne oeuvre, entraîne une autre, une
âvèra, péché, attire une autre.»
Il est dit(7) :
«Si
tu remarques, dans cette prise, une femme de belle figure... elle
se rasera la tête et se laissera pousser les ongles»
pour qu'elle ne trouve pas grâce à tes yeux. Qu'est-il
écrit par la suite(8)?
«Si
un homme possède deux femmes...» Deux femmes
à la maison, et la querelle s'y installe. Cela ne suffit
pas, car :
«l'une
qu'il aime, l'autre qu'il dédaigne...» ou bien
les deux seront dédaignées. Qu'est-il écrit
par la suite(9)? :
«Si
un homme a un fils libertin et rebelle, sourd à la voix de
son père comme à celle de sa mère,»
autrement dit, quiconque épouse une femme de belle figure
aura un fils libertin et rebelle. David, après avoir livré
bataille à Talmaï, roi de Guèchour, avait désiré
épouser sa fille, Maâkha. De cette union, est sorti
Ab'chalom qui voulut tuer son père après qu'il eût
pris ses concubines aux yeux de tout Israël, en plein jour.
A cause [d'Ab'chalom] plusieurs milliers d'Israël furent tués;
il provoque une division en Israël et furent tués Chimî
Bèn Guèra, Chèvâ Bèn Bikhri, Ahitofèl,
il tua Méfibochète, Iche Bochète et confia
la direction de la maison de Chaoul à Tsiva, [un serviteur].
Rabbi Yossi
enseigne dans une Béraïta(10) :
«Est-ce
parce que le fils libertin et rebelle a mangé une demi-litra, poids, de viande et bu un demi-log, ,
volume, de vin sec la Tora demande de le traîner devant le
Tribunal pour qu'il soit lapidé? Mais la Tora a pénétré
profondément dans le caractère d'un tel enfant :
il finirait par dissiper le patrimoine de son père avec les
dévoyés en compagnie desquels il a mangé et
bu. Cherchant en vain à assouvir ses passions comme par le
passé, il guetterait aux carrefours et volerait les passants.
La Tora s'exprime ainsi : qu'il meure innocent plutôt
que de mourir coupable! Car la mort des impies est aussi bonne pour
eux comme pour le monde.»
Après
le fils libertin et rebelle il est écrit(11) :
«Quand
un homme convaincu d'un crime qui mérite la mort aura été
exécuté...» Ainsi, parvenant à
éviter la mort [pour avoir été dévoyé
et rebelle], il n'échappe pas à l'autre [car il sera
condamné pour s'être attaqué aux passants].
D'où une transgression entraîne une autre(12).»
Ce midrache
surprend car il remet en question le principe même de la
liberté, ha-béhira, et celui
du repentir, Téchouva.
En effet, la
Tora se basant sur la psychologie d'un enfant dévoyé
et rebelle, lui ferme-t-elle toute possibilité de retour
et réparation. Bien plus, jamais la Tora n'a ordonné
de condamner un être humain innocent sur la base des actions
qui seront faites dans le futur. Pourquoi cette exception? Faut-il
également conclure à la certitude que cet enfant dans
le cas où, n'étant pas exécuté pour
avoir mangé un demi tartimar(13),
, de viande et un demi log(14),
de vin, qu'il finira par s'attaquer, voler et au besoin tuer les
passants pour assouvir ses passions?
En vérité
l'analyse de la Tora rend compte de la connaissance fine et profonde
de la nature humaine. Un homme qui tente de satisfaire ses besoins,
ses passions et ses tendances, ne fait en réalité
que les rendre plus exigeants et plus insatiables.
L'existence
d'un tel enfant aux appétits grands et démesurés
doivent tirer leur origine nécessairement du père
qui lui a donné naissance. Ainsi, le père n'arrive
pas à se retenir et contenir ses appétits en voyant
dans la captivité une femme de belle figure, Yéfate
toar, qu'il épouse, malgré les mesures édictées
par la Tora pour le décourager. Mais ce faisant, il doit
savoir qu'au bout du chemin, le fils qui naît de cette union
sera lui aussi un être dont les tendances ne seront que mauvaises.
Aussi dès
que l'enfant prend l'habitude de manger et boire des quantités
anormales pour son âge, sera-t-il incapable de contrôler
ses appétits et, par conséquent, amené à
commettre des actes autrement plus graves tels vol, violence, rapine
et meurtres.
La responsabilité
revient au père qui, n'ayant pas su s'arrêter à
temps et maîtriser son yètsèr ha-râ,
détermine en fait la conduite du fils. Il ne saurait choisir
librement le Bien ou le Mal, ni revenir à la voie droite
et bonne, car la Tora décrète que le fils d'un tel
père sera libertin et rebelle.
Aussi pour cette
raison la Tora décide pour le bien de cet enfant de faire
mourir jeune mais innocent plutôt que coupable, plus tard.
Cette âvèra
est donc différente de toutes les autres en ce sens que la
condamnation précède l'acte parce que justement il
est privé de la possibilité de la Téchouva.
Le Zohar rapporte(15) :
«Si
tu remarques, dans cette prise, une femme de belle figure...
Pourquoi le texte de l'enfant dévoyé et rebelle fait-il
à ce passage? Parce que quiconque épouse une telle
femme, finit par avoir d'elle un enfant dévoyé et
rebelle qu'il est difficile de rendre définitivement pur.»
Les actes des
parents ont un prolongement puisque cet enfant est dans l'impossibilité
de contrôler et maîtriser ses mauvaises tendances.
Le Zohar(16)
relate dans le même ordre d'idées ce cas :
«Rav
Yossèf arrive à Babèl. Voyant des jeunes gens,
non mariés, en compagnie de belles femmes sans succomber
au péché, il leur dit : N'avez-vous pas peur
du yètsèr ha-râ? Ils lui répondent :
Nous ne sommes pas affectés par la présence du mal.
Nous venons du Saint des Saints.»
Ces jeunes gens
apprennent à Rav Yossèf qu'ils sont le fruit de parents
dont les pensées sont toujours saintes, non mêlées
à de mauvaises pensées au moment de leur conception.
Le Talmoud(17)
enseigne à plusieurs reprises de purifier ses pensées
et les sanctifier au moment de l'union conjugale car les enfants
qui naîtraient d'une telle union seront saints.
Les pensées
des parents déterminent ainsi l'orientation morale des enfants.
Aussi, pour cette raison, quiconque prendrait pour épouse
la femme Yéfat Toar, rencontrée en captivité
s'expose-t-il à avoir un enfant dont la conduite le mènerait
à la mort, n'ayant pas la possibilité de réaliser
une téchouva. Le mauvais comportement de l'enfant
puise son origine dans la faute des parents.
Aussi pourrions-nous
avancer que la téchouva du fils dépend essentiellement
de celle du père. C'est pourquoi la Tora l'avertit(18) :
«S'il
arrive que tu n'aies plus de goût pour elle, tu la laisseras
partir libre de sa personne, mais tu ne pourras pas la vendre à
prix d'argent : tu ne la traiteras plus comme esclave, après
lui avoir fait violence.»
La Tora, dans
le but de tempérer ses désirs, l'incite à une
meilleure réflexion envisageant parmi toutes les conséquences
celle d'avoir un bèn sorèr ou-morè,
un fils dévoyé et rebelle. Pour arriver au
résultat souhaité, autrement dit, laisser partir
cette femme libre de sa personne, la Tora prévoit des
mesures pour le décourager.
Cependant le
Talmoud(19) rapporte :
«La
Tora fait ici une concession au mauvais penchant, yètsèr
ha-râ, car si le Saint béni soit-Il ne la lui permet,
il l'épousera malgré l'interdiction. Mais s'il l'épouse,
il finira par la prendre en haine, comme il est dit dans la suite(20) :
«Si
un homme possède deux femmes, l'une, qu'il aime, l'autre
qu'il dédaigne...» Et à la fin, elle
lui donnera un fils rebelle et révolté.»
Ce texte étonne.
De fait, il laisse entendre qu'épouser une telle femme est
une interdiction de la Tora. Mais comme la marge de manoeuvre est
étroite et que la liberté d'action est réduite,
la Tora la lui permet pour qu'il ne l'épouse pas dans l'interdit.
Mais il doit s'attendre à la prendre en haine et avoir un
fils rebelle et révolté.
La difficulté
que soulève une telle interprétation est évidente.
Pour quelle raison la Tora ne ferait-elle pas une telle concession
pour les autres interdits, tels : l'adultère, la femme
nidda, ayant ses menstrues, en somme toutes les liaisons
interdites? Le motif invoqué pour la femme Yéfat
Toar est aussi valable pour ces interdits!
De plus, la
Tora, agissant ainsi, serait forcée de le faire pour tout
le reste. Le processus serait sans fin. On ne saurait rendre responsable
la Tora de la conduite des impies, réchaîm,
puisqu'ils sont libres.
Par ailleurs,
Chaâr Bat Rabbim s'interroge : comment D'ieu peut-Il
permettre à cet homme de s'impurifier au contact d'une femme
païenne au moment même où il bénéficie
d'un grand miracle, celui d'être délivré. Il
eût été normal que l'homme s'abstienne d'un
tel acte en maîtrisant son yètsèr ha-râ.
La halakha,
la Loi, autorise, il est vrai, la consommation du porc
en champ de bataille, quand il n'y a rien d'autre à manger.
Enfin, ceux
qui participent au combat sont des justes parfaits puisque le Kohène
proclame avant de livrer bataille(21) :
«S'il
est un homme qui ait peur [de ses mauvaises actions] et dont le
coeur soit lâche, qu'il se retire et retourne chez lui, pour
que le coeur, de ses frères ne défaille point comme
le sien!»
Comment donc
penser qu'il ait pu succomber au yètsèr ha-râ?
La Tora connaît
la manière subtile dont le yètsèr ha-râ
investit l'homme pour le faire pécher. Toute l'activité
du yètsèr ha-râ consiste à tenter
l'homme par la transgression d'un interdit, l'amener à commettre
une âvèra. Quand la chose est permise, elle
perd tout attrait pour lui.
Le Talmoud(22)
affirme :
«Grand
est [le mérite] de celui concerné par la prescription
et y obéit plus que [le mérite] de celui qui n'est
point concerné par l'ordre et y obéit.»
La raison, disent
les commentateurs, réside dans l'opposition exercée
par le yètsèr ha-râ pour empêcher
l'obéissance de l'homme concerné par l'ordre. Aussi,
la Tora évite-t-elle d'interdire formellement la femme
Yéfat toar pour ne point donner prise au yètsèr
ha-râ sur cet homme, la âvèra des impudicités,
, étant à la fois grave et difficile à surmonter.
Elle la lui permet dans le cadre des conditions prescrites afin
que le yètsèr ha-râ exerce, au contraire,
ses tentations pour ne point l'épouser.
Mais, si la
Tora avait formellement interdit la femme Yéfat toar
il eut été impossible de vaincre le yètsèr
ha-râ.
Cependant le
Talmoud Yérouchalmi(23),
cherchant à établir une relation entre la fin de la
sidra Chofétim et le début de Ki Tètsè,
souligne qu'avant de sortir au combat, les Bénè
Yisraèl étaient jugés par le tribunal
céleste. N'étant point coupables d'avoir versé
du sang innocent, ils méritaient de vaincre leurs ennemis,
sinon le sang versé montait au ciel et réclamait vengeance.
Ainsi avons-nous
trouvé à propos de Ah'ab qui avait tué
Nabote pour lui prendre son vignoble. Au moment où il voulait
livrer combat à Ramat Guil'âd, le prophète
Mikhayéhou dit au roi(24) :
«Écoute
donc la parole de l'Ét'ernel, j'ai vu le Seigneur assis sur
son trône, tandis que toute l'armée céleste
se tenait debout près de Lui, à droite et à
gauche. Et l'Ét'ernel dit : Qui ira séduire Ah'ab,
afin qu'il monte contre Ramot Gil'âd, et y succombe?»
Le texte raconte
donc que l'esprit de Nabote avait suscité la condamnation
d'Ah'ab. C'est donc l'innocence du peuple d'Israël qui
détermine sa victoire. Il n'est point nécessaire de
livrer bataille puisque l'Ét'ernel le fera à la place
d'Israël. C'est bien ce que dit le texte(25) :
«Toi, cependant, tu dois faire disparaître du milieu
de toi le sang innocent, si tu veux faire ce qui est juste aux yeux
de l'Ét'ernel.»
La suite sera :
«Quand tu iras en guerre contre tes ennemis, l'Ét'ernel,
ton D'ieu, les livrera en ton pouvoir...»
Quand tu
iras en guerre contre tes ennemis, que l'Ét'ernel, ton D'ieu,
les livrera en ton pouvoir, et que tu leur feras des prisonniers.
Quand
tu iras en guerre contre tes ennemis,
Le texte eût
été plus correct s'il avait employé plutôt
quand tu feras la guerre, ou quand tu sortiras pour
combattre, ?
Si l'intention
du premier verset est de dire comment le peuple d'Israël doit
se comporter dans une guerre, la sidra chofétim
le précise si bien et tout ce passage semble superflu.
En vérité
l'intention de la Tora est de mettre l'accent sur le mauvais comportement
de cet homme qui en pleine guerre, au moment même où
il assiste à de nombreux miracles et bienfaits que l'Ét'ernel
réalise pour lui, s'intéresse à une femme captive
et suit ses passions dictées par le yètsèr
ha-râ plutôt que de suivre la Tora et D'ieu.
Aussi le premier
verset vient-il rappeler tous les bienfaits réalisés
par D'ieu pour lui faire prendre conscience de son manque de reconnaissance.
Le singulier se justifie. Le texte ne s'adresse qu'à cet
homme unique qui succombe aux attraits de la femme captive.
Ki
Tètsè, quand tu sortiras.
Pourquoi le
singulier est-il employé au lieu, plus logique et naturel,
du pluriel?
Parmi ses bienfaits,
le texte souligne que cette bataille n'a pas été celle
des Bénè Yisraèl. Ils n'ont eu qu'à
sortir non à combattre.
D'ieu Lui-même livre le combat.
Oyebèkha,
tes ennemis
Après
l'emploi du pluriel, le singulier de ou-netano, Il
te livrera, pose un problème. Pour quelle raison le
texte ne dit pas ou-netanam, au pluriel?
De toute évidence,
les ennemis à combattre sont nombreux. Mais, comme ce combat
est celui de D'ieu, il s'ensuit que tous ces ennemis, aussi nombreux
soient-ils, seront livrés comme une seule personne entre
les mains des Bénè Yisraèl.
Ainsi le passage
du pluriel de oyebèkha, tes ennemis, au
singulier de ou-netano, Il le livrera, se justifie-t-il.
Wé-chabita
chibeyo, tu prendras son captif
Le texte ne
spécifie pas de quel captif il s'agit.
L'intention
du texte est de signaler qu'Israël prendra son captif,
autrement dit, les captifs que D'ieu Lui-même aura pris pour
Israël.
Il s'agit, une
fois de plus, des bienfaits de D'ieu que le texte souligne.
Toutefois nos
maîtres parlent plus du combat que l'homme livre au yètsèr
ha-râ.
Pour Rachi,
«l'objectif de la Tora est de combattre le yètsèr
ha-râ.» En effet si un homme se montre à
ce point vulnérable que lors d'une bataille, moment de grand
danger, il se laisse prendre par les charmes d'une «femme
captive» au lieu de rendre grâce au Créateur
de l'avoir délivré et laissé en vie, ce ne
saurait être que les résultats de la tentation insidieuse
du yètsèr ha-râ. Celui-ci pourrait,
à un moment aussi crucial, l'inciter à oublier les
bienfaits divins au point de voir dans cette captive sa
propriété. Ayant combattu, il s'est exposé
aux dangers de la guerre.
Cette légitimité
que laisse entrevoir le yètsèr ha-râ
n'est en fait qu'une apparence. Car si l'homme vient à réfléchir
il serait vite convaincu que D'ieu seul livre combat pour lui et,
à ce titre, la captive appartient à D'ieu.
Si tu remarques,
dans cette prise, une femme de belle figure, qu'elle te plaise,
et que tu veuilles prendre pour épouse, tu l'emmèneras
d'abord dans ta maison; elle se rasera la tête et se laissera
pousser les ongles, se dépouillera de son vêtement
de captive, demeurera dans ta maison et pleurera son père
et sa mère, un mois entier. Alors seulement, tu pourras t'approcher
d'elle et avoir commerce avec elle, et elle deviendra ainsi ton
épouse.
Wé-hachaqta
; hafats'ta, plaire
Deux termes
qui expriment la même réalité. Pourquoi ce changement?
Mais si la réflexion
s'avérait insuffisante, la Tora nous donne les moyens de
combattre le yètsèr ha-râ.
De toute évidence,
selon le Gaon de Vilna, cette femme lui plaît. Il lui trouve
toutes les qualités et les vertus morales que suggère
l'emploi du verbe hachoq bé, aimer
pour les qualités spirituelles et morales.
Cette expression
est utilisée à propos de l'amour de D'ieu à
l'égard d'Israël. Ainsi souligne le texte(26) :
«Si
l'Ét'ernel vous a préférés,
vous a distingués, ce n'est pas que vous soyez plus nombreux
que les autres peuples, car vous êtes le moindre de tous.»
L'expression
montre que l'attachement divin pour Israël est justifié
surtout par les vertus morales et non par sa valeur numérique.
Elle
se rasera la tête et se laissera pousser les ongles,
Pour quelle
raison la Tora exige-t-elle que cette femme, avant qu'il ne l'épouse,
devait satisfaire certaines conditions?
Mais pour vérifier
si les qualités et vertus de cette captive sont vraies ou
illusoires, pouvant être le fruit d'une imagination trop dépendante
des passions, la Tora lui recommande de l'amener chez lui et là,
rasée et se laissant pousser les ongles, elle abandonnera
ses plus beaux habits de captivité qu'elle avait porté
pour impressionner et faire sensation. Toutes ces mesures ont pour
but de la montrer sous son vrai jour. Sa laideur sera plus évidente.
Et
elle pleurera son père et sa mère, un mois entier.
Parmi ces conditions :
«elle pleurera son père et sa mère pendant
un mois». Comment peut-on exiger d'elle qu'elle pleure
quand elle n'en a pas envie?
Par ailleurs,
pleurant son père et sa mère, autrement dit,
ses divinités, selon Kéli Yaqar,
cette femme laisse apparaître sa véritable personnalité.
L'homme, se rendant à l'évidence, comprend que ces
vertus ne sont qu'apparentes. Si elle, femme, pleure et regrette
ses divinités antérieures, c'est qu'en réalité
l'attrait de la religion juive n'est ni sincère ni profond.
Placé
devant une telle situation, contraint de voir pendant un mois
cette captive sous son aspect véritable, dans toute sa laideur
tant morale que physique, l'homme n'a d'autre recours, si son attirance
a été provoquée par la tentation, qu'à
renoncer à son projet. Il aura vaincu ainsi le yètsèr
ha-râ.
Dans le cas
contraire, ce n'est qu'après l'avoir mariée qu'il
se rendra compte de son erreur car la Tora lui prédit :
S'il arrive
que tu n'aies plus de goût pour elle, tu la laisseras partir
libre de sa personne, mais tu ne pourras pas la vendre à
prix d'argent, tu ne la traiteras plus comme esclave, après
lui avoir fait violence.
S'il
arrive que tu n'aies plus de hèfèts, de
goût, pour elle,
Hèfèts,
objet. Il s'agit donc de l'amour que l'on ressent pour
un objet. Le texte lui prédit, et ce serait une joie pour
lui de l'apprendre car wé-haya, annonce toujours
une joie, qu'il finira par reconnaître que cet attrait n'a
été qu'illusoire.
Une seconde
lecture du texte mettrait l'homme face à sa lutte quotidienne
contre le yètsèr ha-râ. Telle une belle
femme, soumise et captive, qui capte toute son attention, le yètsèr
ha-râ s'emploie à enchaîner l'homme par
ses pièges et ses ruses.
Cependant l'homme,
dans son combat contre le yètsèr ha-râ,
doit être prêt à affronter plusieurs ennemis.
De fait, malgré les tentations diverses et les apparences
différentes qu'il peut prendre, le yètsèr
ha-râ ne représente en réalité qu'un
seul et même ennemi. En résistant à ses tentations,
l'homme bénéficie de l'aide et l'appui de D'ieu.
Le texte précise,
en effet : Quand tu iras en guerre contre tes ennemis,
en apparence nombreux, l'intention ferme de les
combattre et de leur résister agira de telle sorte que l'Ét'ernel,
ton D'ieu, lelivre en ton pouvoir, il s'agit
bien d'un seul ennemi.
En plus de l'assurance
du concours et de l'appui divins pour le vaincre, la Tora annonce :
tu feras captifs ses prisonniers, autrement dit, de reprendre
au yètsèr ha-râ toutes les transgressions
qu'il aura faites en succombant à ses tentations.
En effet, nos
maîtres enseignent que l'homme qui, faisant un repentir sincère,
vainc le yètsèr ha-râ, voit aussitôt
tous les méfaits devenir des mérites. Aussi la Tora
promet-elle à celui qui combat le yètsèr
ha-râ de lui reprendre tous ses captifs, tous ses méfaits(27).
Ki Tètsè
est la péricope lue le premier Chabbat d'Èloul. C'est
le mois du repentir. Il est naturel qu'en ce mois l'homme réfléchisse
sérieusement à sa conduite durant toute l'année
afin de livrer une lutte acharnée contre le yètsèr
ha-râ.
Ce combat, nous
le savons, ne peut qu'être profitable à l'homme car,
en définitive, tout méfait, devenant un mérite,
par une téchouva sincère et réelle,
ouvre l'accès de l'harmonie et de la perfection morale.
1.
Dévarim 21, 1014.
2.
Avot 4, 1.
3.
Michelè 16, 32.
4.
Tanhouma sur Ki Tètsè
paragr. 1.
5.
Dévarim 21, 10.
6.
Avot 4, 2.
7.
id, 21, 11.
8.
ibid. 21, 15.
9.
Dévarim 21, 18.
10.
N.B. Il s'agit d'une Michena auxiliaire compilée par
Rabbi Hiya et Rabbi Ochâya après la rédaction
de la Michena par Rabbi Yéhouda ha-Nassi.
11.
Dévarim 21, 22.
12.
N.B. De la même manière, le Midrache
étudie l'enchaînement des mitswot que le texte,
Dévarim 22, 612, rapporte pour en déduire qu'une mitswa
entraîne l'autre.
13.
N.B. Il s'agit d'une pièce de monnaie et une unité
de poids. Un Tartimar pèse environ 180 grammes.
14.
N.B. Il s'agit d'une unité de mesure de volume. un Log
représente environ 344ml.
15.
Zohar Vol.2, 87b.
16.
id. Vol. 1, 112a.
17.
cf. Baba Batra 91b.
18.
Dévarim 21, 14.
19.
Qiddouchine 22b.
20.
Dévarim 21, 15.
21.
id. 20, 8.
22.
Âvoda Zara 3a.
23.
Chabbat chap. 2.
24.
Mélakhim 1. 22, 19-20.
25.
Dévarim 21, 9.
26.
Dévarim 7, 7.
27.
cf. Yoma 36b.