«Voyez, je vous propose en ce jour, d'une part, la bénédiction, la malédiction de l'autre : la
bénédiction, quand vous obéirez aux commandements de l'Ét'ernel, votre D'ieu, que je vous
impose aujourd'hui; et la malédiction, si vous n'obéissez pas aux commandements de l'Ét'ernel,
votre D'ieu, si vous quittez la voie que je vous trace aujourd'hui, pour suivre des dieux étrangers,
que vous ne connaissez point(1).»
Lorsque la sidra
Réè, parle de la possibilité de récompense
et châtiment, bénédiction et malédiction,
elle entend traiter surtout de la possibilité du choix, de
la liberté que l'homme a de déterminer la voie qu'il
veut suivre.
Mais pour qu'une
liberté soit possible, il est absolument nécessaire
de l'assortir d'un système qui prône récompense
et châtiment. Sachant ce qu'il encourt en cas de désobéissance
ou ce qu'il reçoit en cas d'obéissance, l'homme sera
en mesure de choisir en toute conscience et connaissance de cause.
La liberté,
la béhira, qu'a l'homme de choisir le bien
ou le mal est rattachée en vérité à
la connaissance du système de valeurs, mérite et démérite
que révèle l'existence de châtiment et récompense.
Le Midrache(2)
utilise une parabole pour introduire le problème que pose
la liberté ainsi que celui inhérent à l'existence
du système de châtiment et récompense. Voici
donc cette parabole :
«Un
homme se tenait à la croisée des chemins. Deux voies
s'ouvraient devant lui : la première plate et aisée
à son début pour se terminer sur des ronces et épines,
la seconde commençant par des ronces et épines mais
plate et aisée à la fin. Il avertissait ainsi les
passants : prenez plutôt celle qui commence par des ronces,
vous n'aurez à supporter que pour quelques pas. Ne prenez
pas l'autre car elle n'est praticable que pour quelques trois ou
quatre pas. Ainsi Mochè dit aux Bénè Yisraèl.
Il y a la voie des justes, tsaddiqim, et celle des impies,
réchaîm. Les réchaîm fleurissent et réussissent
tout au début mais à la fin ils connaissent décadence
et châtiment... En revanche, les tsaddiqim souffrent au début
pour qu'à la fin leurs mérites soient reconnus et
récompensés...»
Le Midrache(3)
rapporte(4) :
«Vois,
je vous donne» : observez-moi, moi, qui choisis
le bien, observez comment je suis différent de tout le monde.
Que l'on ne dise pas : pour bénir, Mochè use
de peu de bénédictions, mais pour maudire, il utilise
de nombreuses malédictions. Comment? Les malédictions
de Torat Kohanim(5), comptent
vingt neuf versets et les bénédictions en comptent
onze.
Rabbi Chémouèl
dit : Celui qui examine bien trouve que les bénédictions
dépassent les malédictions. Comment est-ce possible?
Les bénédictions s'ouvrent par la lettre alèf,
im bé-houqotaï, et s'achèvent
par la lettre taw, qomémiyout,
car les bénédictions s'appliquent de alèf,
première lettre de l'alphabet, jusqu'à taw, dernière
lettre de l'alphabet. En revanche, les malédictions commencent
par waw,, sixième lettre de l'alphabet,
wé-im lo ti-chméôu,
et se terminent par hè, cinquième
lettre de l'alphabet, bé-yad Mochè(6),
. Entre waw et hè,
rien ne les sépare.
Rabbi Léwi
dit : Ceci fait penser à ce roi qui, faisant entrer
son fils au palais, lui montre un plateau plein de tous les délices,
et lui fait visiter de même un palais en ruines. Le fils demande
au père : ce plateau est pour qui? Il répond :
il est destiné à celui qui me loue. Et le palais en
ruines? C'est, lui dit-il, pour quiconque [Israël] s'insurge
contre moi. Ainsi, le Saint béni soit-Il, énonce des
bénédictions et malédictions et Israël
ne voit que le petit nombre des bénédictions et le
grand nombre des malédictions?
Autre
explication.
Le Saint
béni soit-Il dit : Si vous obéissez à
Ma volonté, même si les bénédictions
sont peu nombreuses, je les multiplierai pour vous et vous ne serez
point affectés par les malédictions.
Ceci fait
penser à un roi qui avait acquis un serviteur, sur l'acte
d'acquisition il avait écrit : Si tu fais ma volonté
et me sers convenablement, je te fournirai nourriture, boisson,
habits, comme le reste de mes serviteurs. Mais si tu désobéis
à ma volonté, je ne te fournirai ni nourriture ni
boissons. Je t'enchaînerai et t'enfermerai en prison. Le serviteur
prit son service et obéit beaucoup plus qu'il ne lui a été
demandé. Peu après, le serviteur cessa d'obéir
à la volonté de son maître. Celui-ci lui dit :
je me suis engagé [en cas de désobéissance]
à t'enchaîner et à te tuer. Par ta vie, j'agirai
par compromis vis-à-vis de toi.
Ainsi, le
Saint béni soit-Il préscrit à Israël(7) :
«Si
vous suivez Mes décrets», Je vous assigne ces
bénédictions, sinon ce sont les malédictions
qui vous atteindront, ainsi qu'il est dit(8) :
«Aucune
ne fit défaut de toutes les faveurs que l'Et'ernel avait
promises à la maison d'Israël : toutes s'accomplirent.»
Lorsqu'Israël avait fauté au temps de Yirmiyahou, le
Saint béni soit-Il leur dit : Je me suis engagé
à les frapper de malédictions. Mais Je sais qu'ils
n'ont pas suffisamment de force pour les supporter. C'est pourquoi
j'agis par compromis vis-à-vis d'eux.
Rabbi Abba
dit au nom de Rabbi Yirmiya(9) :
«L'Et'ernel
a fait ce qu'Il avait résolu; Il a accompli Son arrêt
qu'il avait rendu dès les temps antiques.»
Il a accompli, autrement dit, il a fait un compromis.
C'est pourquoi il est écrit : «voyez-moi».
Le Saint béni soit-Il dit : Dans ce monde, Je vous ai
préparé des bénédictions et malédictions,
le bien et le mal. Au monde futur, Je vous épargnerai les
malédictions et vous bénirai. Quiconque vous verrait
dira que vous êtes un peuple béni tel qu'il est dit(10) :
«Aussi
leur postérité sera remarquée parmi les nations
et leurs descendants parmi les peuples. Tous ceux qui les verront
les reconnaîtront pour une race que D'ieu a bénie.»
Ce midrache
vise, en effet, le fondement du principe de la liberté. Certes,
la liberté n'existe que s'il y a récompense et châtiment.
Mochè se pose en exemple vivant.
Il connaît
la félicité totale, réservée aux tsaddiqim
parfaits. Il ne saurait être autrement pour Mochè.
Au moment où il faute, le châtiment qui le frappe est
également exemplaire. Il suffit donc de penser à Mochè
pour se convaincre que récompense et châtiment sont
là pour sanctionner le comportement moral de l'homme, et
que la Providence divine existe.
Cependant, le
midrache nous surprend lorsqu'il affirme, comme le texte
de la Tora le laisse sous-entendre, que D'ieu rétribue en
bien ou en mal les actions de l'homme, alors que le prophète
Yirmiya proclame à Israël(11) :
«De la bouche du Très Haut n'émanent ni les
maux ni le bien.» Et Rabbi Èl'âzar dit à
propos de ce verset dans le midrache(12) :
«Lorsque
le Saint béni soit-Il dit à Sinaï(13) :
«Voyez
je vous propose en ce jour d'une part la vie, la mort de l'autre»,
au même moment Il dit :
«De
la bouche du Très Haut n'émanent ni les maux ni le
bien.» Mais le mal vient de lui-même, conséquence
du mauvais comportement de l'homme. Et le bien atteint l'auteur
du bien.»
D'ieu ne saurait
associer Son Nom au mal. Ainsi donc, D'ieu accorde le bien, non
le mal. Aussi faut-il comprendre que le mal affecte l'homme, coupable
du mauvais comportement parce qu'Il lui retire Sa protection. De
ce fait, livré à lui-même, l'homme devient vulnérable
à tous les maux.
C'est bien ce
qu'affirme David(14) : «Tu
dérobes Ta face, ils sont dans l'épouvante; Tu leur
retires le souffle, ils expirent et retombent dans leur poussière.»
Le midrache
souligne précisément l'erreur que d'aucuns feraient
en concluant bien vite à l'existence du mal qui frappe plus
souvent que le bien, et au nombre des malédictions dépassant
les bénédictions. Le contraire est plus vrai et plus
exact.
Les bénédictions
sont plus nombreuses. Elles renferment toutes les formes de bonheur
et de félicités imaginables; elles vont de Alèf
jusqu'à Taw. En revanche, les malédictions,
peu nombreuses, vont en décroissant du Waw au Hè.
Mieux encore,
les paraboles du fils et du serviteur
citées à l'appui contribuent à montrer qu'en
vérité on détient soi-même la possibilité
de s'attirer le bien comme le mal.
Le midrache
joue sur les deux registres. Les Bénè Yisraèl
mériteraient, selon leur comportement moral, l'attribut de
fils ou de serviteur.
Quand bien même
la conduite des Bénè Yisraèl justifierait
pleinement le châtiment divin, D'ieu n'agit point avec rigueur.
Il est toujours prêt au compromis, à
mêler à la rigueur la clémence, afin qu'ils
puissent, dans le monde à venir, jouir de la félicité
et du bonheur, chose qui provoque l'admiration de tous les autres
peuples.
Voyez, je
vous propose en ce jour, d'une part, la bénédiction,
la malédiction de l'autre.
Voyez,
je vous propose en ce jour,
Réè,
vois.
Comment peut-on
employer le verbe voir quand il s'agit de bénédiction
et de malédiction. Le texte ne mentionne rien qui
puisse être sensible, tangible pour justifier l'emploi de
Réè.
Anokhi,
moi.
L'emploi de
anokhi est surprenant. Tout se passe comme si Mochè
se posait en exemple. La lecture du verset donnerait dans ce cas :
«Voyez, moi qui vous donne aujourd'hui bénédiction
et malédiction»
Comme l'intention
de Mochè est avant tout de les encourager à choisir
le Bien spirituel et la récompense de ôlam ha-ba,
monde futur, plutôt que le bien-être matériel
et le bonheur de ce monde, ôlam ha-zè,
la Tora, selon Or ha-Hayim, souligne davantage les preuves
auxquelles les Bénè Yisraèl seront
sensibles.
La première
est que la connaissance du bonheur de ôlam ha-ba
doit être basée sur une expérience concrète.
Pour la deuxième,
quand bien même la récompense du ôlam ha-ba
serait grande et importante, celui qui entend nous l'enseigner devrait
avoir une connaissance parfaite du bonheur matériel, ayant
accédé, lui-même, aux richesses de ce monde.
Sans doute,
peut-on toujours rétorquer à qui reprocherait la poursuite
de la richesse et des biens de ce monde qu'il n'aurait jamais parlé
de manière désinvolte et méprisante de ces
richesses s'il les avait jamais acquises.
De même,
tant que l'on parle de la récompense dans ôlam
ha-ba et qu'on la fonde sur la foi et la croyance, il y aurait
des difficultés pour qui veut l'enseigner, à se faire
entendre.
Aussi Mochè
leur demande-t-il pour éviter tout malentendu comme pour
être sûr que son enseignement sera suivi «de
prêter attention de voir son exemple»
pour être convaincu de la vérité de ses paroles.
En me voyant,
vous n'aurez aucun doute ni sur l'existence de la récompense
dans ôlam ha-ba ni sur l'attrait illusoire et faux
des richesses et bien-être de ce monde.
Mochè
par son expérience personnelle, puisqu'il a connu autant
les richesses de ce monde que la béatitude et la plénitude
du ôlam ha-ba, peut en parler sans s'exposer aux
reproches mentionnés.
Li-f'nèkhème,
devant vous.
Réè
étant au singulier, la suite aurait dû être au
singulier et par suite nous aurions eu lé-fanèkha,
devant toi, au lieu de li-f'nèkhème,
devant vous. Pourquoi donc ce passage du singulier au pluriel?
Réè
est au singulier parce que Mochè s'adresse surtout à
ceux qui, étant singuliers par leurs capacités intellectuelles
et leur conduite morale irréprochable, peuvent ressembler
à Anokhi, autrement dit prendre pour exemple
Mochè. Mais s'adressant au reste du peuple, ils
sont plus nombreux, le texte emploie li-f'nèkhème,
devant vous, au pluriel.
Or ha-Hayim
ajoute qu'en fait c'est D'ieu qui, lors de la Révélation
sur le mont Sinaï, commence le Décalogue par Anokhi,
Je suis, propose devant vous bénédiction
et malédiction. Tous, aux yeux de D'ieu, sont égaux.
Cette notion d'égalité est soulignée par l'usage
du singulier à propos de Réè.
Mais Kéli
Yaqar et, plus tard, Hatam Sofèr expliquent ce glissement
du singulier au pluriel en se basant sur l'enseignement du Talmoud(15) :
«L'homme
devrait considérer le monde à moitié coupable
et à moitié innocent. Réalisant une mitswa,
une bonne oeuvre, il fait pencher vers l'innocence aussi bien
lui-même que le monde. S'il commet une transgression,
âvèra, il en résulte qu'il fait pencher
vers la culpabilité aussi bien lui-même que le monde.»
Aussi la Tora
rejette-t-elle entre les mains de l'individu son destin et celui
du monde. La responsabilité qui lui incombe ne met pas seulement
en jeu sa responsabilité mais elle engage en même temps
celle du monde entier.
Ainsi convient-il
de dire Réè au singulier car elle s'adresse
à un seul individu qui a entre ses mains le destin de la
société entière représentée ici
par li-f'nèkhème employé au pluriel.
D'une
part, la bénédiction, la malédiction de l'autre.
S'agit-il de
proposer le choix uniquement, auquel cas le texte dit : Bérakha
ou-qélala, bénédiction ou
bien malédiction? Ou alors suggère-t-il
l'éventualité que ce choix n'est jamais univoque,
autrement dit bénédiction et à
la fois malédiction?
En disant bénédiction
et malédiction, et non bénédiction
ou malédiction, le texte laisse entendre,
comme dans le cas du midrache rapporté plus haut,
que chaque voie comporte les deux possibilités bénédiction
et malédiction. Ainsi pour les réchaîm,
les impies, le début est bénédiction,
réussite pour réserver la malédiction pour
la fin.
En revanche,
les tsaddiqim, les justes, connaissent souffrances
et épreuves, au début, pour qu'à la fin, ils
reçoivent toute la récompense méritée.
La bénédiction,
quand vous obéirez aux commandements de l'Ét'ernel,
votre D'ieu, que je vous impose aujourd'hui.
La
bénédiction quand vous obéirez,
Pourquoi la
Tora ne dit-elle pas comme pour la malédiction Si vous
désobéissez.
De plus pour
la bénédiction il est dit seulement quand vous
obéirez sans préciser les prescriptions qu'il
faut réaliser pour la mériter.
Pour la récompense,
seule l'intention d'obéir suffit pour attirer
la récompense. Déjà en acceptant l'accomplissement
des mitswot, l'homme peut prétendre à la
bénédiction. D'ailleurs la véritable bénédiction
consiste en l'obéissance aux commandements. La récompense
d'une mitswaest la réalisation d'une autre mitswa.
Et la malédiction,
si vous n'obéissez pas aux commandements de l'Ét'ernel,
votre D'ieu, si vous quittez la voie que je vous trace aujourd'hui,
pour suivre des dieux étrangers, que vous ne connaissez point.
Et
la malédiction, si vous n'obéissez pas aux commandements
de l'Ét'ernel, votre D'ieu, si vous quittez la voie que je
vous trace aujourd'hui,
Pour la malédiction,
la Tora précise en quoi consiste la désobéissance.
Il s'agit de s'écarter de la voie tracée par D'ieu.
Pourquoi cette différence?
Quant au châtiment,
la malédiction, la désobéissance ne
suffit pas. Pour le mériter, il faudrait accompagner cette
désobéissance d'actes. Le texte souligne
en effet :
«Si
vous n'obéissez pas aux commandements, si vous quittez
la voie que je vous trace aujourd'hui, pour suivre
des dieux étrangers, que vous ne connaissez point.»
Ce commentaire
est conforme à l'enseignement du Talmoud(16) :
«Une
bonne pensée, le Saint béni soit-Il
l'associe à l'acte...Rav Assi ajoute :
si un homme avait pensé réaliser
une mitswa et qu'il en ait été empêché,
le texte le considère comme l'ayant faite.
Une pensée mauvaise, en revanche, Il ne
l'associe à l'acte que lorsqu'il la réalise...»
Mais Rav Alchèkh,
analysant le texte, souligne que Mochè vise surtout à
imprégner le coeur des Bénè Yisraèl
de principes fondamentaux dont l'objectif est de les conduire à
servir D'ieu. Ces principes sont au nombre de cinq :
Il s'agit de
ne point commettre la grave erreur de penser que, tel un roi régnant
sur un grand peuple, D'ieu ne prête pas attention à
qui néglige de Lui obéir ou de Le servir, comptant
ainsi sur les autres pour accomplir l'ouvrage commandé.
D'ieu, ayant
donné sa Tora aux 600,000 Bénè Yisraèl,
ne saurait, selon cette théorie, s'assurer que tous, sans
exception, l'accomplissent.
La Tora a été
donnée, en revanche, à chacun en présence de
tous. Aussi tout Bèn Yisraèl se doit-il de
l'étudier personnellement et la mettre en pratique, et non
compter sur autrui.
De plus, il
ne faut point croire que tel un serviteur qui, servant son maître
de tout son coeur, n'a d'autre récompense que le prix de
son obéissance à la volonté du roi, ce qui
n'ajoute rien à la perfection et ne lui est d'aucune utilité
morale. Il en est ainsi pour le coupable qui, parce qu'il a été
châtié pour sa désobéissance, ne s'expose
pas à payer une amende.
Mais les Bénè
Yisraèl, en servant D'ieu, acquièrent une sainteté
plus élevée et ce, en plus de la récompense
qu'ils méritent. Chaque mitswa réalisée
lui procure un niveau plus élevé dans la perfection
comme l'or que l'on affine à plusieurs reprises, devenant
chaque fois plus pur. La mitswa constitue en soi la récompense.
Mais D'ieu accorde davantage, étant satisfait de constater
Sa volonté accomplie.
En cas de âvèra,
mauvaise action, le châtiment frappe pour avoir désobéi
à la volonté divine. En plus, des maux affectent le
coupable.
Mochè
signale que la bonté divine qui récompense
est bien plus importante que le châtiment(17).
L'homme devrait donc s'attacher à servir D'ieu.
L'homme, ne
parvenant pas à atteindre le bonheur souhaité, ne
doit pas pour autant refuser d'assumer les souffrances et le mal
qui le frappent. Car le bonheur final est la béatitude
du ôlam ha-ba, du monde futur.
Assumer le joug
des mitswot, quand bien même serait-il difficile
et pénible, ne constitue pas un obstacle insurmontable. La
difficulté consiste d'ailleurs à prendre l'habitude
de les accomplir. Par la suite, la réalisation des
mitswot devient simple et aisée.
Le Talmoud affirme(18) :
«Quiconque veut se purifier, on l'aide [du ciel].»
Le début appartient à l'homme, D'ieu aide par la suite.
Ce n'est point le cas pour les âvèrot car
«quiconque veut s'impurifier, on lui ouvre la voie.»
L'homme assume seul la âvèra du début
à la fin.
Il est possible
de vérifier ces cinq principes dans le texte. Ainsi, lors
du don de la Tora sur le Mont Sinaï, D'ieu procède à
la purification des Bénè Yisraèl de
telle sorte qu'ils étaient dignes tous de recevoir la prophétie
et d'être les interlocuteurs de D'ieu.
En donnant la
Tora, Il la transmet à chacun, mais en présence de
tous. Aussi, pour cette raison, le texte précise : Voyez
je vous propose, Réè utilisant à
la fois le singulier et le pluriel à propos de li-f'nèkhème,
Vois, je donne devant vous.
Pour le deuxième
principe, la Tora souligne bénédiction et malédiction.
La récompense de la mitswa ou le châtiment
de la âvèra ne sont point distincts de la
mitswa ou de la âvèra. La bénédiction
n'agit que si l'on obéit aux mitswot et la malédiction
si l'on désobéit.
Pour le troisième
principe, le texte dit ète ha-bérakha. La
bénédiction consiste à ne recevoir, dans
ce monde, que les fruits se rattachant à
la récompense pour en garder tout le capital
pour le monde futur. C'est l'emploi de ète, incluant
ces fruits pour dire que la récompense reste entière
pour le monde futur. Ce qui n'est point le cas pour le châtiment,
la qélala, la malédiction, ne produit
point de fruits. Le châtiment reste entier pour ôlam
ha-ba. C'est pourquoi ète, n'est point employé,
mais seulement Wéha-qélala, .
En ce qui concerne
le quatrième principe, Mochè conseille à l'homme,
face à la rigueur divine qui l'affecte,
de ne point négliger l'accomplissement des mitswot.
Le texte souligne,
à juste raison, l'emploi de achèr, quand,
pour la bénédiction, non celui de im, si.
Ainsi la bénédiction quand vous
obéirez, mais à propos de la malédiction,
si vous désobéissez. Ceci
indique que Mochè conseille aux Bénè Yisraèl
le choix d'assumer les mitswotmême lorsque les conditions
matérielles ne s'y prêtent pas, n'ayant d'autre considération
que le bonheur futur.
Quant au cinquième
principe, Mochè assure que la bérakha,
la bénédiction, est consécutive à
l'obéissance elle-même. La disponibilité de
l'homme face aux mitswot mérite en soi la récompense,
le reste venant de l'aide divine.
En revanche,
pour la âvèra, la disponibilité n'est
retenue que si l'homme passe à l'acte. Aussi,
pour la mitswa, achèr ti-cheméôu,
quand vous obéirez, suffit. L'intention
d'obéir compte déjà comme un acte.
Tandis que pour la âvèra, la désobéissance
est aussitôt considérée comme étant un
acte. La suite du texte justifie cette proposition puisqu'il
précise si vous quittez la voie que je vous trace...
hayom,
, en ce jour.
Dans cette perspective,
l'emploi de l'expression en ce jour se justifie. Le texte
annonce que la bénédiction et la malédiction
ne seront proclamées que plus tard. Ainsi :
«Or,
quand l'Ét'ernel, ton D'ieu, t'aura installé dans
le pays où tu vas pour le conquérir, tu proclameras
la bénédiction sur le Mont Guérizim, la malédiction
sur le Mont Êbal.»
Le midrache(19)
confirme, en effet, que «le pain et le bâton sont
descendus entrelacés du ciel», pour dire que récompense
et châtiment sont reliés déjà aux mitswot
et âvèrot.
En réalisant
une mitswa, le jour-même, l'homme
s'attire la récompense de la mitswa. Il en sera
de même pour la âvèra.
Il existe donc
deux types de récompense et deux types de châtiment :
matériels et spirituels.
La récompense
et le châtiment matériels sont rattachés
à la réalisation. De toute évidence, la mitswa
fait appel, pour son accomplissement, au monde matériel,
au ôlam ha-zè. Il est naturel donc que la
rétribution, pour l'aspect matériel de la mitswa,
se produise dans l'immédiat, autrement dit,
en ce jour. Cet aspect, plus ou moins important, demeure
subordonné à l'intention véritable de l'auteur
de l'acte.
La récompense
et châtiment spirituels supposent l'existence du
ôlam ha-ba. La valeur de la mitswa est essentiellement
spirituelle. L'homme ne saurait recevoir de rétribution convenable,
pour cet aspect de la mitswa, que dans un monde où
règne le bonheur idéal, celui du ôlam ha-ba.
Aussi, pour
cette raison, le texte fait-il référence à
la possibilité de rétribution dans le monde futur,
en recommandant de proclamer, plus tard, bénédiction
et malédiction sur les monts Guérizim et Êbal!
1.
Dévarim 11, 2628.
2.
Yalqout Chimôni sur Réè
paragr. 875.
3.
Tanhouma sur Réè paragr.
4.
4.
Dévarim 11, 26.
5.
cf. Wayi-qra 26, 1446.
6.
N.B. Mochè s'écrit avec hè à
la fin.
7.
Wayi-qra 26, 3.
8.
Yéhochouâ 21, 45.
9.
Èkha 2, 17.
10.
Yéchâya 61, 9.
11.
Èkha 3, 18.
12.
Dévarim Rabba chap. 4, paragr. 3.
13.
Dévarim 30, 15.
14.
Téhillim 104, 29.
15.
Qiddouchine 39b, 40a.
16.
Qiddouchine 40a.
17.
cf. Sota 11a.
18.
Yoma 38b.
19.
Sifrè sur Dévarim 11, 12.