«Maintenant donc, ô Israël! écoute les lois et les règles que je t'enseigne pour les pratiquer, afin
que vous viviez et que vous arriviez à posséder le pays que l'Ét'ernel, Dieu de vos pères, vous
donne. N'ajoutez rien à ce que je vous prescris et n'en retranchez rien, de manière à observer les
commandements de l'Ét'ernel, votre Dieu, tels que je vous les prescris. Ce sont vos propres yeux
qui ont vu ce que l'Ét'ernel a fait à l'occasion de Baâl Pèôr : quiconque s'était abandonné à Baâl
Pèôr, l'Ét'ernel, ton Dieu, l'a exterminé du milieu de toi. Et vous qui êtes restés fidèles à
l'Ét'ernel, votre Dieu, vous êtes tous vivants aujourd'hui(1)!»
Après
que Mochè eut imploré l'Ét'ernel de le laisser
entrer en Kénaâne pour y accomplir toutes les mitswot
reliées au pays, D'ieu oppose un refus catégorique.
Ce refus invoque
deux motifs précis. Mochè manque l'occasion de sanctifier
l'Ét'ernel. Au lieu de parler au rocher, pour répondre
au besoin d'eau des Bénè Yisraèl,
il le frappe. Mochè néglige ainsi de donner à
ce miracle tout son aspect surnaturel et divin.
Par ce miracle,
D'ieu aurait inspiré la foi absolue aux Bénè
Yisraèl, surtout pour cette génération
qui n'a eu des prodiges divins en Égypte et lors de la traversée
de la Mer Rouge que le récit des pères.
Devant la provocation
de Zimri Bèn Salou, prince de la tribu de Chimône,
qui vient le narguer affublé de la Midyanite Kozbi Bat Tsour,
Mochè se devait de réagir vigoureusement et de venger,
en présence de tout Israël, l'honneur bafoué
de D'ieu. Il ne le fit pas, manquant ainsi l'occasion de réparer
la faute précédente de Mériba.
Mochè
est condamné non seulement à rester dans le désert,
mais à être enseveli face à la divinité
de Pèôr pour expier les fautes de ceux qui
avaient succombé à cette idolâtrie, en faisant
taire toutes ses accusations.
Ce refus donne
à Mochè la mesure véritable de l'application
des mitswot. Quiconque désobéit se voit châtié
dans ce monde. Point n'est besoin d'attendre le monde futur pour
y subir tout son châtiment. N'ayant pas sanctifié D'ieu
devant les Bénè Yisraèl, Mochè
est privé du droit d'entrer en Èrèts Yisraèl.
Les Bénè Yisraèl, en revanche, bénéficient
de ce privilège. Aussi Mochè les exhorte-t-il à
obéir rigoureusement à la volonté divine et
à réaliser les mitswot.
Le Midrache(2),
abordant le verset(3) :
«Nous
demeurâmes ainsi dans la vallée, en face de Bèt
Péôr», rapporte : Mochè dit
[à Israël] : Quel interdit ai-je transgressé?
Pourtant, combien de prières invoquais-je sans recevoir en
retour de pardon! Combien de fautes avez-vous commises? Pourtant,
Il vous demande : Repentez-vous et Je vous pardonne!
Rabbi Yéhouda,
fils de Baba, dit : Par trois fois Israël commet une faute
grave. Le Saint béni soit-Il lui dit : repens-toi et
je te pardonne. Ainsi, il est dit(4) :
«On
appela ce lieu Massa, tentation, et Mériba, querelle, parce que(5)
«[le
peuple] querella Mochè en disant : «Donnez-nous
de l'eau que nous buvions!» Que dit le texte(6)? :
«Et
il dit : «Si tu écoutes la voix de l'Ét'ernel,
Ton D'ieu, si tu t'appliques à Lui plaire, si tu es docile
à Ses préceptes et fidèle à toutes Ses
lois, aucune des plaies dont J'ai frappé l'Égypte
ne t'atteindra, car Moi, l'Ét'ernel, Je te préserverai.»
Il est rapporté(7) :
«De
même à Tab'êra,à Massa, à Qibrote
ha-Taava, partout vous avez irrité le Seigneur.»
Aussitôt après, le texte dit(8) :
«Et
maintenant, ô Israël! Ce que l'Ét'ernel, Ton D'ieu,
te demande uniquement, c'est de révérer l'Ét'ernel,
Ton D'ieu, de suivre en tout Ses voies, de L'aimer, de Le servir
de tout ton coeur et de toute ton âme...» Après
«Nous demeurâmes ainsi dans la vallée en face
de Bèt Pèôr, », le texte dit :
«Maintenant
donc, ô Israël, écoute les lois et les règles
que je t'enseigne pour les pratiquer...»
Autre
explication.
«Nous
demeurâmes ainsi dans la vallée...»,
quelle a été la cause de notre séjour dans
la vallée? Vos mauvaises actions en adorant Pèôr.
Autre
explication.
[Mochè]
leur dit : Voyez la différence entre vous et moi. Combien
de prières, combien de sollicitations, combien de suppliques
ai-je adressées! Malgré cela, la décision fut
que je n'entre pas au pays. En revanche, vous, vous avez irrité
D'ieu pendant quarante ans tel qu'il est dit(9) :
«Pendant
quarante ans J'étais écoeuré de cette génération...».
Bien plus, les grands d'entre vous se prosternent devant Pèôr,
et la droite du Saint béni soit-Il est néanmoins tendue
pour recevoir les repentants, tel qu'il est dit :
«Maintenant
donc, ô Israël! écoute les lois!»
Vous êtes considérés comme de nouvelles [créatures],
il a déjà pardonné le passé!»
Ce midrache
est très surprenant! Suggère-t-il que D'ieu agisse
injustement à l'égard de Mochè? Est-il possible
que Mochè puisse prétendre n'avoir pas transgressé
d'interdit alors que la Tora souligne tout de même, pour le
cas des eaux de Mériba, que Mochè n'avait
pas accompli la mitswa de Qiddouche ha-Chèm,
', de sanctification du Nom de D'ieu?
Comment imaginer
que D'ieu ait été insensible à la téchouva,
au repentir de Mochè alors que pour les Bénè
Yisraèl D'ieu les incite, au contraire, à réaliser
leur repentir tant Il était prêt à leur pardonner!
Une différence
dans l'attitude de D'ieu s'établit, il est vrai, selon qu'il
s'agisse de Mochè ou des Bénè Yisraèl.
Mochè est l'homme de D'ieu. Il dirige le peuple d'Israël.
Tous ses faits et gestes sont scrutés et jugés dans
les moindres détails. Une maladresse de Mochè prend
des proportions très grandes aux yeux de D'ieu comme aux
yeux d'Israël qui peut facilement être amené à
s'en inspirer.
Mochè
avait l'occasion de réparer sa faute en sanctifiant D'ieu,
en présence de tout Israël. Il suffisait d'infliger
à Zimri et à Kozbi la mort qu'ils méritaient
pour avoir commis le péché d'impudicité entraînant
l'adoration de Pèôr. L'absence de toute réaction
de Mochè est punie sévèrement. Mochè
a tout l'air de dire qu'Israël, en dépit de son attachement
à Pèôr, a pu entrer en Israël
pendant que lui, malgré ses prières et ses suppliques,
s'est vu refuser ce droit.
D'ieu agit différemment
avec Israël. Chaque fois qu'il commet une faute, D'ieu est
prêt à lui pardonner. Il va jusqu'à susciter
l'intérêt pour le repentir afin de lui accorder Son
pardon. Les relations de D'ieu avec Israël sont celles d'un
père pour ses enfants.
Bien souvent,
un père se montre magnanime et patient à l'égard
de ses enfants mais non à l'égard de ses serviteurs.
Mochè est le serviteur de D'ieu. Une conduite sans reproche
est exigée. La rigueur sera de règle pour lui en toute
circonstance.
En revanche,
pour Israël c'est la clémence et la longanimité.
Si Israël a succombé à l'idolâtrie de Pèôr,
sa réparation consiste à montrer docilité et
obéissance à toutes les mitswot de D'ieu.
L'ardeur et l'amour dans l'accomplissement des mitswot
purifient le péché d'idolâtrie. C'est dans ce
sens que nos Maîtres affirment(10) :
«Quiconque respecte le Chabbat, même s'il a été
idolâtre comme au temps d'Ènoche, sa faute sera pardonnée.»
Le Chabbat équivaut à toutes les mitswot
de la Tora, son respect assure le pardon divin. Servir et aimer
D'ieu de tout son coeur contribue à procurer bonheur et protection.
Cependant, la
deuxième explication souligne, malgré les bonnes dispositions
de D'ieu pour Israël, la gravité du péché
d'idolâtrie. Le long séjour d'Israël dans la vallée
se justifie par les marques d'attachement qu'il témoigne
à Pèôr.
Déjà
pour le veau d'or, D'ieu avait difficilement accepté le repentir
d'Israël. La prière de Mochè avait apporté
un pardon temporaire. Ainsi en adorant Pèôr,
D'ieu ne fut-Il point prêt à pardonner. L'épidémie
et le fléau avaient décimé déjà
bon nombre parmi les Bénè Yisraèl.
Pinhas, avec son acte de vengeance et sa prière, apaisa
D'ieu. Mais Israël dut séjourner longtemps dans la
vallée, autrement dit, au plus bas niveau
de la perfection morale.
La réparation
d'une telle faute nécessite également un long séjour
dans la vallée, un séjour qui permet de gravir de
nouveau les degrés de la perfection pour mériter de
pénétrer en Israël.
Enfin, la troisième
explication est celle qui établit de manière précise
l'avantage de la prière et le repentir du peuple d'Israël.
D'ieu ne fait aucun cas des prières de Mochè. Celui-ci,
bien loin de se plaindre, exhorte au contraire les Bénè
Yisraèl à faire preuve d'attachement et d'amour
pour D'ieu. Cet amour trouvera sa parfaite expression en Èrèts
Yisraèl.
Sans doute,
le midrache suggère-t-il que le péché d'idolâtrie
ne connaîtra une réparation définitive qu'en
Èrèts Yisraèl. C'est là qu'Israël
s'élève à la connaissance parfaite de D'ieu
pour vivre dans Sa proximité. En vérité, pour
Mochè, vu sous cet angle, le séjour en Èrèts
Yisraèl n'est pas nécessaire. Nul autre mieux
que lui ne connut aussi bien D'ieu ni vécut dans Sa proximité.
Néanmoins,
le séjour en Israël, à lui seul, n'est pas suffisant.
Israël se doit d'obéir à tous les préceptes
divins afin que ses relations avec D'ieu évoluent dans l'harmonie
totale, harmonie qui trouve sa plus parfaite expression en Èrèts
Yisraèl.
Maintenant
donc, ô Israël! écoute les lois et les règles
que je t'enseigne pour les pratiquer, afin que vous viviez et que
vous arriviez à posséder le pays que l'Ét'ernel,
D'ieu de vos pères, vous donne.
Maintenant
donc, ô Israël! écoute les lois et les règles
que je t'enseigne pour les pratiquer,
Voyant qu'il
n'a aucune chance d'entrer en Èrèts Yisraèl,
malgré les 515 prières ferventes qu'il a adressées
à D'ieu, Mochè recommande à Israël d'étudier
la Tora en vue d'appliquer les mitswot.
Wé-âtta,
, et maintenant.
Cette locution
marque l'opposition entre le traitement réservé à
Mochè et celui que connaît Israël. Aussi l'appel
au repentir est-il mieux indiqué à un moment où
tout le peuple est conscient de cette différence de traitement.
Rabbènou
Béhayè souligne l'intention du verset :
l'enseignement des mitswot n'est valable et complet que
s'il débouche sur la pratique. C'est seulement grâce
à la pratique des mitswot qu'Israël vivra et
se maintiendra dans le pays d'Israël.
Sforno tente
d'établir un lien logique entre les deux textes. Mochè
se voit privé de son droit d'entrer en Èrèts
Yisraèl pour avoir commis la faute des eaux de Mériba.
Israël est invité, fort de l'expérience de Mochè,
à pratiquer les mitswot pour ne pas tomber sous
le châtiment de l'exil. Cette pratique doit être de
telle sorte qu'il n'y ait rien à ajouter ni rien à
retrancher.
Or ha-Hayim
analyse les deux fautes de Mochè, toutes deux le privent
du droit d'entrer en Èrèts Yisraèl.
La première
fut d'avoir frappé le rocher, au lieu de lui parler. Cette
faute réside dans l'ardeur mise à
frapper, pensant ainsi accomplir la volonté divine.
La deuxième
consiste dans l'absence d'initiative devant la
faute de Zimri et Kozbi. Au lieu de se contenter, par son inertie,
à attendre l'intervention de Pinhas, Mochè
devait mettre toute son énergie à venger l'honneur
de D'ieu.
Aussi attire-t-il
l'attention d'Israël sur ses propres fautes, l'une relative
aux houqim, décrets, celui du rocher
donnant des eaux, et l'autre aux Michepatim, jugements,
concernant la vengeance de Zimri et Kozbi.
Il termine son
exhortation en disant :
Afin
que vous viviez et que vous arriviez à posséder le
pays que l'Ét'ernel, D'ieu de vos pères, vous donne.
Bien que Mochè
fut privé du privilège d'entrer et de séjourner
en Èrèts Yisraèl, il n'incite pas
moins Israël à la docilité et à l'obéissance
des mitswot, car ce n'est qu'en agissant ainsi qu'il méritera
d'hériter le pays promis aux Ancêtres.
N'ajoutez
rien à ce que je vous prescris et n'en retranchez rien, de
manière à observer les commandements de l'Ét'ernel,
votre Dieu, tels que je vous les prescris.
N'ajoutez
rien à ce que je vous prescris et n'en retranchez rien,
Néanmoins,
il attire leur attention sur un surcroît de zèle
qui pourrait les priver de vivre en Èrèts Yisraèl
comme ce fut le cas pour lui car, dans son emportement, il a frappé
le rocher, passant outre l'ordre divin.
De même,
un défaut d'ardeur, lorsqu'elle est nécessaire,
entraîne également le relâchement dans l'application
des mitswot qui débouche sur l'exil d'Israël.
En effet, l'absence de réaction appropriée à
propos de la faute de Zimri fut, pour Mochè, la cause de
l'interdit d'entrer en Èrèts Yisraèl.
N'en
retranchez rien,
Kéli
Yaqar s'interroge sur le sens qu'il faut donner à cette prescription
«n'en retranchez rien». De toute évidence,
on peut être enclin à ajouter, retrancher,
en revanche, n'est jamais possible. La mitswa n'est mitswa
que si elle est réalisée dans sa totalité.
Retrancher revient à ne pas accomplir tout simplement
cette mitswa.
Pourtant, Rachi
affirme :
«Vous
n'ajouterez pas. Par exemple, en mettant cinq paragraphes
dans les Tefilline, cinq espèces dans le Loulab,
cinq Tsitsit, franges. Il faut interpréter
de même «Vous ne retrancherez pas.»
Rambane et Rabbènou
Béhayè expriment une opinion différente
de celle du Sifrè sur la sidra Réè,
Pour eux, la
Tora avec ses 613 prescriptions est un ensemble parfait. Et quiconque
institue une autre mitswa ou en retranche, s'attaque à
l'unité de la Tora. Ainsi Yarob'âm, inventant une fête
qui n'existe pas dans le calendrier juif, porte atteinte à
l'unité et la perfection de la Tora(11).
Le Talmoud(12)
rapporte à propos de la mitswa de la lecture
de la Méguila, :
«Cent
quatre vingts prophètes furent désignés [pour
diriger] Israël. Ils n'ont rien ajouté ni retranché
sur ce qui est écrit dans la Tora, la mitswa de la lecture
de la Méguila exceptée, ne fût-ce qu'une seule
lettre.»
Le Yérouchalmi(13)
rapporte :
«Quatre
vingt cinq Anciens, dont de nombreux prophètes, éprouvèrent
beaucoup de peine à propos [de la Méguila]. S'étant
dit, le texte enseigne(14) :
«Telles
sont les prescriptions que l'Ét'ernel a ordonnées
à Mochè.» Ces prescriptions furent enseignées
par Mochè. Ainsi dit Mochè : aucun prophète
n'a le droit de prescrire une nouvelle mitswa. Comment alors Mordékhaï
et Esther se sont-ils pris pour prescrire cette mitswa? Ils n'eurent
de cesse à en discuter jusqu'à ce que le Saint béni
soit-Il éclaire leurs yeux.»
Ainsi était-il
absolument interdit d'ajouter cette mitswa. Cependant,
les Maîtres du Talmoud décident parfois de dispositions
nouvelles. Il s'agit des interdits constituant une barrière
protectrice pour la Tora. Cela seul est permis.
Toutefois, pour
Kéli Yaqar, «ne rien retrancher» n'est
pas en soi une prescription. Ce serait plutôt la conséquence
de la prescription de «ne rien ajouter». Ainsi
se lirait donc le texte : «N'ajoutez rien à
ce que je prescris afin que vous n'en ayiez rien à retrancher.»
Ainsi s'exprime
le Talmoud(15) : «Ne
t'irrite pas et ne péche point. Ne t'énivre pas et
ne faute point.» Ce qui revient à dire : «Ne
t'irrite pas afin de ne point pécher. Ne t'énivre
pas afin de ne point fauter.»
Le Talmoud(16)
enseigne : «Quiconque ajoute, retranche.»
En effet, augmenter le nombre ne peut se faire qu'au détriment
de la qualité. Ainsi la perfection de la Tora ne se réalise-t-elle
que si elle est prise dans son intégralité, dans son
ensemble. Décider de placer cinq paragraphes dans les Téfilline
de la tête ne serait possible qu'en plaçant dans les
Téfilline de la main trois paragraphes au lieu de
quatre.
Ce sont
vos propres yeux qui ont vu ce que l'Ét'ernel a fait à
l'occasion de Baâl Pèôr : quiconque s'était
abandonné à Baâl Pèôr, l'Ét'ernel,
ton D'ieu, l'a exterminé du milieu de toi.
Quiconque
s'était abandonné à Baâl Pèôr,
l'Ét'ernel, ton D'ieu, l'a exterminé du milieu de
toi.
Chaâr
Bat Rabbim s'interroge sur la preuve avancée à partir
du traitement infligé à quiconque s'était
abandonné à Baâl Pèôr,
et qui s'appliquerait à quiconque ajoutera ou retranchera
aux prescriptions divines.
Rav Alchèkh
voit justement dans l'approche des Bénè Yisraèl
concernant Baâl Pèôr la preuve qu'il
ne faut point ajouter aux prescriptions divines.
En effet, la
Tora ordonnant(17) : «Ne
vous adressez point aux idoles...» interdit sous toutes
les formes de s'adresser aux idoles. Mais les Bénè
Yisraèl pensaient qu'en humiliant Pèôr
ils accomplissaient une mitswa. Cette prétendue
mitswa, ajoutée à l'interdiction
divine qui, bien que partant d'une bonne intention, fut considérée
comme une transgression entraînant l'anéantissement
de tous ceux qui s'étaient abandonnés à Baâl
Pèôr.
Aussi, pour
cette raison, Mochè leur rappelle le châtiment infligé
à ceux qui avaient introduit une nouvelle notion dans la
manière de servir D'ieu. Ce châtiment est si réel
que leurs propres yeux l'ont vu, . Comme ils se sont rendu
compte de la récompense de ceux qui se sont contentés
de rester fidèles à D'ieu sans chercher à créer
une nouvelle disposition dans le système de la Tora.
Cependant, il
est difficile dans le contexte de la Tora que l'on puisse parler
de possibilité d'ajouter aux prescriptions divines. La logique
commande, au contraire, que les Bénè Yisraèl
se limitent aux 613 mitswot. Il y a tant de difficultés
à obéir à l'ensemble de ces mitswot
pour que l'on envisage d'ajouter. Dans cette perspective, c'est
le fait de retrancher qui pourrait freiner l'envie
d'ajouter.
Ainsi, si les
Bénè Yisraèl désiraient limiter
le nombre de prescriptions, il eût été facile
pour eux de déclarer qu'ils n'étaient prêts
à accepter qu'un nombre moins important afin que D'ieu les
limite au nombre de 613. Tel un peuple qui, bien que capable de
payer les impôts décidés par le roi, décide
de lui envoyer une délégation pour marchander au rabais
le montant. Ce faisant, le but est de montrer tant de difficultés
à payer la somme fixée pour finalement la maintenir
à ce montant et ne pas l'augmenter.
Mochè
se fait rassurant. Point n'est besoin de craindre une telle possibilité
car D'ieu n'a nullement l'intention d'ajouter d'autres mitswot.
Il revient, quant à Israël, de n'en rien retrancher.
En outre, le
châtiment infligé à quiconque s'est abandonné
à Baâl Pèôr constitue une preuve
suffisante à l'interdiction d'ajouter aux prescriptions divines.
En fait, pour des fautes beaucoup plus graves, le veau d'or et l'envoi
des Explorateurs, D'ieu ne réagit pas avec autant
de sévérité et de rigueur.
Par ailleurs,
le fait de penser qu'en humiliant Baâl Pèôr,
les Bénè Yisraèl trouveraient grâce
aux yeux de D'ieu, nécessitait un châtiment prompt
et rigoureux pour souligner l'interdit d'ajouter aux prescriptions
divines. Quant aux autres révoltes, D'ieu laisse, en revanche,
le temps nécessaire à leurs auteurs pour leur permettre
de réaliser leur repentir.
Pour Or ha-Hayim,
comme Rambane, la Tora attire l'attention d'Israël sur l'accomplissement
des mitswot. En effet, l'exemple de l'idolâtrie est-il
édifiant. Bien que coupable au niveau de la pensée,
l'idolâtre n'en est pas moins considéré comme
ayant commis un acte et, par conséquent,
puni avec toute la rigueur divine. Méditant cela, Israël
aura à coeur d'accomplir toutes les mitswot.
Et vous
qui êtes attachés à l'Ét'ernel, votre
D'ieu, vous êtes tous vivants aujourd'hui.
Et
vous qui êtes attachés à l'Ét'ernel,
votre D'ieu,
Le texte devait
s'écrire ainsi : Et vous tous qui êtes
restés fidèles à l'Ét'ernel,
non vous qui êtes attachés!
Il y a quatre
types de pensées inadéquates dans le domaine de la
foi.
En premier,
certains pensent que l'âme humaine ne peut s'attacher qu'aux
anges et non à D'ieu Lui-même. Deuxièmement,
ils pourraient concevoir la possibilité de s'attacher à
D'ieu mais après la mort.
La troisième
catégorie pense qu'un tel attachement à D'ieu n'est
possible que pour des Saints, des êtres exceptionnels qui
sont proches de D'ieu.
Enfin, ne peut
s'attacher à D'ieu que l'homme qui atteint la vieillesse,
à un moment où les appétits et les tendances
matériels se sont apaisés.
Mais en vérité,
toutes ces doctrines sont dans l'erreur. Car l'âme, étant
d'origine divine, est apte à s'attacher à D'ieu. Des
Justes, Hanokh, Mochè, Èlyahou, et tous les
prophètes se sont attachés à D'ieu de leur
vivant. Nombreux sont ceux qui, dans leur jeunesse, et non quelques
particuliers, vécurent en proximité de D'ieu.
Le texte souligne
bien : Vous qui êtes attachés
à D'ieu, non pas quelques exceptions, mais tous,
du plus petit au plus grand, non pas à la vieillesse ou après
la mort, mais vivants aujourd'hui.
Mochè
ayant parlé à D'ieu en présence de tout Israël
constitue en soi la preuve que l'on peut s'attacher à D'ieu
même de son vivant.
Or ha-Hayim
s'interroge sur l'emploi de wé, et, conjonction
de coordination dans «et vous qui êtes
attachés», ainsi que l'emploi de hè,
article défini dans ha-débèqim, attachés.
En vérité,
ils méritaient également, dit-il, de subir le même
châtiment que ceux qui se sont abandonnés à
Baâl Pèôr. Mais ce qui les sauve, c'est
bien le fait d'être attachés à D'ieu par l'acte
de repentir.
Le waw
pourrait également signifier que même tous ceux qui
se sont attachés à D'ieu, ne serait-ce qu'en pensée,
eurent le bonheur de vivre tout comme le châtiment avait frappé
ceux qui s'étaient laissés séduire par Baâl
Pèôr en pensée même s'ils ne l'avaient
pas adoré en acte.
L'emploi de
l'Ét'ernel votre Dieu se justifie pour Or ha-Hayim
par l'enseignement du Zohar(18).
Les prescriptions positives, mitswot âssè,
sont désignées par le Nom de l'Ét'ernel'.
Tandis que les interdits, mitswot lo ta-âssè,
sont désignés par D'ieu. Être attaché
à D'ieu nécessite d'accomplir toutes les prescriptions
âssè et lo ta-âssè,
symbolisées par la mention l'Ét'ernel votre D'ieu
afin de mériter la vie.
Il est cependant
difficile de demeurer attaché à D'ieu. Cela n'est
possible que si l'on se considère vivant aujourd'hui,
autrement dit comme si demain l'on devait mourir.
La Michena(19)
précise, en effet, au nom de Rabbi Èliêzèr :
«Repens-toi un jour avant ta mort.» Or, comme
l'homme ignore le jour de sa mort, chaque jour sera considéré
comme étant celui qui précède sa mort, et son
repentir sera permanent. Ce faisant, il aura passé sa vie
dans l'attachement total à D'ieu(20).
Ainsi donc l'attachement
à D'ieu, s'exprimant par l'accomplissement des mitswot,
ne saurait déboucher que sur la félicité, une
vie de bonheur dans les deux mondes.
1.
Dévarim 4, 1-4.
2.
Yalqout Chimôni paragr. 823.
3.
Dévarim 3, 29.
4.
Chémot 17, 7.
5.
id, 17, 2.
6.
ibid. 15, 26.
7.
Dévarim 9, 22.
8.
id. 10, 12.
9.
Téhillim 95, 10.
10.
Chabbat 118b.
11.
cf. Mélakhim 1. 12, 33.
12.
Méguila 14a.
13.
Méguila chap. 1, paragr. 7.
14.
Wayi-qra 27, 34.
15.
Bérakhot 29b.
16.
Sanhèdrine 29a.
17.
Wayi-qra 19, 4.
18.
cf. Vol 3. 238b.
19.
Avot 2, 10.
20.
cf. Chaâr Bat Rabbim.